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LE CANARD ET LE DANDY JUGÉS PAR UN ODRS

Deux voyageurs rôdaienr sur les monts de Pyrène ; L'un était un dandy, qui, des bords de la Seine, Allait cherchant partout un pays où l'ennui

Ne Voyageât point avec lui.

L'autre était un canard, qui, des champs de Norvège, Pour des climats pins doox avait quitté la neige.

Celui-ci, par la faim pressé.

S'était pris dans no lacs par un chasseur dressé;

Et le dandy, l'ayant tiré de peine, Se Battait de le cuire à l'auberge prochaine,

Quand un ours, seigneur de ces monts.

Aborda nos deux vagabonds.

Le lieu de la rencontre était peu favorable.

L'homme avait sous ses pieds un atnme effroyable. Deux rochers sur les flancs, et l'ours avait cerné ' La gorge où par mégarde il s'était enfourné.

■ Çà? qui des deux vaut mieux que l'autre ?

Dit le sire au long poil; quel métier est le vôtre? Quel est le plus savant, le plus utile enfin? D^péchez-vous; je veux croquer l'autre, et j'ai faim. «

L'enfance du jeune homme, assez |>eu régulière. Avait fait constamment l'école buissonnière;

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6f LIVHE II.

Hais dans ta gymnastique it était maître es arts.

Et croyait, tont compté, valoir tous les canards. ■ Je suis, dit-il, un des premiers de France Pour U voltige, et l'escrime et la danse;

Le pins hardi nageur, l'écmyer le plus beau.

— C'est bien peu, reprit l'ours en léchant «on n J'ai su d'un mien cousin, qui dansait à Lulèce,

Qa'oD élevait un peu mieux la jeunesse.

Et toi, canard? — Moi, dit l'oiseau du Nord, Celui qui fit un roi de l'aigle me fil tort.

Comme l'aigle, je plane au séjour du tonnerre ; Comme lui, je nais, j'aime et produis sur la terre. Hais l'onde est à moi seul; l'aigle n'y viendra pas. Ha faim, même en gobant insectes et limas, Est un bÏHifail pour l'homme, et, quand il prend ma vie, Par mon dnvet encor sa coache est amollie.

Mais, seigneur, vous avez bon goût; Et ma chair toute crue est un pauvre ragoût.

— Je n'y toucherai pas, dît l'ours. Tût-elle cuîte. Va-t'en, je rends hommage à ton rare mérite.

Moi, ma compagne et mes petits,

Nous mangeroDS de ce beau fils ; Et ce hipède humain, en nous làisant du chyle, Aura fait nne fois quelque chose d'utile. >

UN CONGBBS d'oISEAVX.

Four terminer iiii débat important, De cent pays divers, et par troupes confuses, S'assemblaient eo congrès, sur les bords d'un étang. Des élourneaux, des bécasses, des buses, Kt des airs maint autre habitant, A l'ouverture du colloque, Le premier point fut de savoir Si d'un oiseaavenu des bords de rOrénoqne

Le plumage était blanc ou noir.

Un perroqaet, habile k tourner son langage, A plaider pour oa contre, et lonjours an profit De son orgueil ou de son appétit,

Soutint la blancheur du plumage; De mots ronflants fit uD graod étalage; Fut très-piquant, très-érndit; Et, charmé de son éloquence, L'auditoire entier applaudit, Eo criaat : • Il est blanc, c'est de toute évidence I

— C'est une erreur, répond u Je soutiens qu'il est noir. ■ Oo éconte, on s'étonne ; On crie : ■ Assez ; non, non : vive le perroqaet I • Mais l'orateur, dont rien ne trouble le caquet, Ciie Pline et Bufibn, et la Gbarw et BUclutooe,

Et de sa rhétorique épuisant l'arsenal.

De ses traits acérés accablaut saa rival,

Fait si bien que son auditoire, Passant à l'ergoteur qui parle le dernier, . Fait banqueroute au bknc et se met à crier : I Vive le sansonneti c'est clair; la plume est no

La parole, en effet, est un puissant levier;

Mais le jugement est fragile.

Sur maint exemple ici je pourrais m'appuyer; Depuis que l'homme juge, on en citerait mille; Et, ù par mes oiseaux vous n'êtes convertis.

Allez voir chaque jour une ^ène pareille, En certain lieu bien connu dans Paris; Mais je ne le dis qu'à l'oreille.

LE SERPENT, LE UÉRISSbN ET LA TORTUE.

Sur l'homide gazon d'une forêt obscure, Vti serpent déroulait ses anneaux tortueux,

Quêtant, cherchant à l'aventure

Quelle innocente créature Il ferait expirer sous son dard venimeux; Quand aux bords d'un marais se présente j sa vue Un hérisson suivi d'une tortue,

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FABLE XIV. e

Animanx d'humeur douce et d'hoonétes penchinis, £t partant fort sujets à subir les injures,

Les violences, les morsures, Des envieux, des foris et des méchaiils,

Comme sont messieurs les serpents.

Dn mal qu'il a rêvé savourant l'espérance, De joie en les voyant le reptile a sifQé ;

Et le cou de venin {jonflé, Sur la tortue avec rage il s'élance.

Hais, par un instinct merveilleux, La tortue a déjà, sons son toit écailleux, Abrité prudemment ses pattes et sa tète; Et, de vains coups de dents assaillant ce rempart.

L'impuissante et maligne béte Use contre l'écaillé et ses crocs et son dard.

Le serpent s'est lassé d'une lutte inutile,

Et sur le hérisson sa fureur se rabat;

Mais il n'a point trouvé, dans ce nouveau combat,

Une victoire plus facile :

I^ hérisson s'est ramassé, Et n'offre qu'un ballon de pointes hérissé

A l'aridité du reptile.

Le premier coup de dent est aussi le dernier. Le serpent jette un cri d'angoisse et d'épouïante, Recule, et, s'échappant à travers un hallier, La langue déchirée et la gueule sanglante, Vacacber son dépit en son impur terrier.

De la tortue alors le museau se bai>arde ;

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66 IJVRE 11.

Son oeil furtif de tous côtés regarde.

« Eh', dit-elle, es-ta mort, mon panvre compagnon? Le méchant n'a pas même entamé ma cnirasse....

— J'ai fait mieux, dit le hérisson ; J'ai chJtié le dr6!e, et sans celte leçon 1! n'aurait pas quitté la place. >

Ce double exemple est un fort bon avis La patience et la philosophie

Sont des recettes d'un grand prix Pour braver les traits de l'envie, Les assauts de la haine et de la calomnie.

Mais que font aux méchants vos innocents mépris. Vos vertus même?... hélas I ce sOnt peines perdues. Voulez- vous être en paix avec vos ennemis?

Soyez plutôt hérissons que tortues.

LA MACHINE i

Sur un cfaemin de fer, dont la double nervure, Aux miracles de l'art soumettant la nature.

Courait en noirs filets sur les monts nivelés, Les fleuves asservis et les vallons comblés, La machine de Watt, en sifflant élancée, Dit bruit de ses pistons frappant l'air agité. Volait, rasant le sol, par la vapeur poussée;

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FABLE XV

El défiant, doDS sa rapidité.

L'attelage divin par Homère clunté.

Comme une comète enfiammée, Elle jetait ans aquilons En épais et nuirs tourbillons Sa cbevehire de fumée.

Trente wagons, chargés d'hommes et d'animaux, Étaient dans son essor entraînés sur sa trace. On eut dit un village, habitants et troupeaux, Qu'un ouragan fougueux emportait dans l'espace; Et de cette merveille avides spectalenrs,

Tous les peuples du voisinage

Couraient saluer son passage

De'leurs transports admirateurs.

Tout à coup la machine, échappant de sa voie, A travers les rochers court, écbte et se broie. Kje fracas des wagons par les wagons heurtés, Les cris des voyageurs l'un sur l'autre jetés. Font succéder l'horreur à la publique juie.

Ce train si pompeux, si bruyant, Où l'hcmime avec orgueil contemplait sa puissance,

N'est plus qu'une mine immense D'hoounes et de débris péle-mèle effrayant.

£t d'où vient ce malheur, cette prompte déroute? D'un tout petit caillou qu'a jeté sur la route

La main débile d'un nnfant.

O vous que, dans ce temps si fertile en naufrages,

D,niz=rtNGoOylt'

68 UVRE n.

De la fortODe encore enivient les faveurs,

Conquéranb de tous les étages, Grands auteurs dont l'esprit se perd dans les nuages Où vous ont élevés des compères menteurs,

Vous tous qui d'un char de victoire Crottez le pauvre monde, et vous laites accroire

Que le jour ne luit que pour vous, Brillants aventuriers, illustres casse-cous,

Triomphez, roules votre gloire ;

Mais gare les petits cailloux ' 1

LA CHUTE n'nN GLAND.

Au pied d'un chêne et sur un vert gazon, Se reposait une belette; Quand on gland, détaché {>ar le froid aquilon, Vint tombera plomb sur sa tète.

Elle s'éveille, et, tremblante d'effroi, lie ce iieu dangereux s'enfuit à perdre haleine. Criant au rat des champs qu'elle regarde à pane a Là-bas, là-bas vient de tomber sur moi La branche énorme d'nn gros chêne. ■

B Diti, j« me wtta'a biffu gardé de ^re un objet de plaiunleiie ■i-cident auui époniiau table. Hait elle ébiil cddduc in public lempa niaiii telle funtate journée, et je n'ai pia cm de»oir I»

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Le rat n'ent garde d'aller voir.

Il dit à deox lapins brootant sur k colline

Qu'un gros chêne venait de choir

Sur la belette sa voisine;

Les lapins, en le racontant, Y mélenl des éclairs et le feu du tonnerre ;

Un écureuil, qui les entend,

y joint un tremblement de terre.

Bref, les faits, les détails, l'un par l'autre appuyés, S*étaii-nt le lendemain si Inen multipliés.

Qu'à trente milles à la ronde

Tons les animaux effrayés Dans la chute d'un gland voyaient la fin du monde.

L'animal raisonnable a-t-il plus de raison, Moins de crédulité? L'histoire dit que non.

II a même de pins la malice et l'envie.

S'occupe -t- on d'un accident fatal, D'no crime on d'une calomnie ; Par nature, à plaisir, il grossira le ma).

Mais citez un beau irait, osez louer la gloire D'un homme de mérite ou d'un homme de bien ; .

Il la rabaisse, il refuse d'y croire; Et mieux vaudrait qu'il n'en dit rien.

FABLE XVU.

LA QDEUB DES BINGG9.

Dans SimiopnlU, des singes capitale,

Par une mort prompte et fatale, Venaient d'être emportés les deux boafibns du

C'était, chez la gent grimacière. Un poste de faveur, un éminent emploi.

Une Ta^n de ministère.

Trois partis le briguaient, et le peuple en émo Attendait le succès de cette grande aSaire, Les pongos, les loris, les magots, les gibbons. Présentaient deux jockos dont ils vantaient d'i

Et la souplesse et la science.

La plus forte de leurs raisons, C'est qu'ils étaient sans qneue, et que cette

Cet excédant de poil et d'os.

Ce vain prolongement de Tépine du dos Attestait une étroite et lourde intelligence.

Les guenons et les sapajons.

Les talapnins et les malbrouks.

Singes à longue queue, affirmaient au contraire Que pour avoir du goût, de l'esprit, du talent,

Une qneue était nécessaire.

Que même le mérite était à l'avenant De cet hicrementum de la moelle épinière;

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Et denx makis, dont cette raction Appuyait la candidature.

Proclamaient hantement que, sans cette parure, Un singe n'était pins qu'un chétif embryon, 3 erreur de nature.

Un troisième parti Inriait des quatre mains

Pour deux mandrils à face bleue.

C'étaient les papions, maimons et babouins. Ils ne contestaient pas le besoin d'une queue ; Mais la leur était courte, et leur avis était Qae des excès en tout il fallait se défendre ; Qa'en un juste milieu le sage se tenait;

Et les mandrils étaient, à les entendre.

Les candidats qu'il fallait prendre.

Le roi, qu'embarrassaient leurs contraires avis,

Les prit l'un après l'autre, et, comme le pays,

Reconnnt qu'une fois investis de leurs places.

Les mandrils, jockos et makis

Faisaient tons les mêmes grimaces.

Tels sont, du pôle arctique aux champs des Patagons,

Les parus et les coteries.

S'agîl-il d'un fauteuil dans nos Académies,

De ministres ou de bouffons.

Chacun pousse les siens, sifBe ses adversaires,

Promet beancoup et tient foit peu.

Le train du monde n'est qu'un jeu

De charlatans et de compères.

Ce qu'on appelle queue i Simiopolis,

Ils le nomment ici programmes ou systèmes;

Mitis leurs grimaces sont les mÊmes, Et les plus amusants ne sont point à Paris.

l'ourson et la bklettb.

Un ourson, grand joueur comme tons les enfants, S'était pris d'amitié pour gentille belette.

Jouer ensemble était pour les deux une fête De tous les jours et de tous les instants.

Elle mordait l'ourson à la jambe, à la tète ; Il semblait désarmé de griffes et de dénis, Il grandit sans changer d'humeur et de manie. On voit chez les humains peu de ces bétes-là. Mais il devint pins lourd ; et sur sa pauvre amie, Dnjonr, sans le vouloir, dans sa grosse Tolie,

Si lourdement il retomba, Qne sons sa large patte elle resta sans vie.

Joner avec les grands aux petits fait envie; Mais le jeu n'est pas sûr, ctoyez-en mes conseils ; He jouez qu'avec vos pareils.

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