LA TAUPE ET LE FLEURISTE
Une taupe, aux ongles d'airain, S'était dans un parterre avec la nuit ghssée,
Et, sous la terre crevassée.
En sillons tortueux y marquait son chemin.
Quel réveil pour le maître ! et quels cris de détresse A cet aspect fatal s'échappent de son cceur !
Ses fieurs faisaient tout son bonheur.
11 saisit en pestant la bêche vengeresse ;
Et, pour punir l'animal destructeur, l.e corps penché, l'œil fixe et l'oreille tendue. Immobile, il attend que la terre remue Et dénonce la béte à sa juste iiireur.
La laïqte, qui d'abord, pas ses cris arrêtée,
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Aïait interrompu son irayail souterrain,
Le fait longtemps attendre ; mais enfin Mon guetteur patient voit la terre a^^tée, El la bêche à son tour s'agite dans sa main.
revers ! Pour punir cette bête odieuse.
Il faut anéantir une fleur précieuse.
Une tulipe, achetée â grands frais; Et mon fleuriste est Hollandais.
• Attendons I > se dit-il ; mais la taupe maligne Replonge ; et de sa route, en habile mineur, Ne donnant plus le moindre signe, Pour désoler notre amateur.
Va, sons une tulipe et pitis rare et plus chère, SoaleTcr tout à coup une autre taupinière.
Nouveau retard et nouvelle douleur.
Bref trois fob et vingt fois ce jeu-là recommence; Et quand notre fleuriste a perdn patience, Quand, n'examinant plus quelle âeur il détruit. De la bëte maudite il a tiré vengeance, Il ne peut réparer le mal qu'elle a produit.
Il raffermit en vain ses fleurs déracinées; Tout se flétrit, tout meurt sur ses planches fanées ; De ses ménagements il déplore le fruit.
Ainsi dans un État, une armée, un collège. Se glissent les erreurs, les vices, les abus.
Quelque intérêt qui les protège.
Sachez les réprimer dès qu'ils sont reconnus. Bois, peuples, arrêtez le mal dans son principe,
168 LIVRE m.
N'imitez pas mon flenriste éploi S'il eAt sacrifié sa première tulipe.
Il eftt sauvé tout son carré.
FABLE XVH.
LA FORTOKB ET LE HENOIAKT.
Nons sommes toujours prêts à blâmer la Fortune, C'est l'étemel refrain, c'est la plainte commune De ijni n'a sous les cienx ni biens ni dignités. Mais tel, qui de ses voeux l'accable et l'itnportiine. Est souvent seul l'auteur de ses adversités.
La Fortune est volage, et l'erreur du vulgaire
Est de la croire sédentaire Dans les palais des grands et même chez les rois. Elle parcourt le monde, et s'arrête parfois
A la porte d'une chaumière.
Profitez de l'heureux instant, Du regard que snr vous elle jette en passant. Soyez prêt à saisir l'occasion propice.
Un jour peut vous payer de vingt ans de chagrin. Votre avenir souvent dépend d'un seul caprice. :z pas au lendemain.
Ans portes d'une grande ville, Une vieille masure était le triste asile
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Détruis infortunés accablés il« besoins.
Enfants d'un« commune mère,
Pour s'arracher à la misère, Ils nnissaient-en vain leurs projets ei leurs soins. L'événemoit toujours trompait leurs espérances. Jamais ne prospéraient leurs vœux ni leurs labeurs ;
Et, chaque jour, leurs doléances  l'injuste Fortune imputaient leurs malheurs.
La déesse à la fin j>laignit ces pauvres hères.
Jeta snr leur masure un regard de bonté;
Et, voulant les servir dans leurs moindres affaires,
Lenr consacra tout un été.
Un été, c'est beaucoup, quand ou a de l'adresse.
La Fortune tint sa promesse :
Auinm de leurs projets ne fut plus traversé -, Et nos trob indigents, plongés dans l'allégresse. Ne formaient plus un vceu qui ne fût exaucé.
L'un choisit le commerce, et, sans rien y comprendi e, Ne fit pas un marcbé sans d'énormes rapports. Il n'avait, comme on dit, qu'à se baisser et prendre. Et chez lui de Crésus roulèrent les trésors.
Dans les bureaux d'an ministère L'antre fut introduit ; et, dans un autre temps,
Avec sa tète et ses talents.
Il eût vieilli dans la foule vulgaire De ces commis obscurs, copistes routiniers,
Qui dépensent leur vie entière A dresser des brevets, à ranger des papiers.
liO UVRH III.
Et serait mort «unninêraire,
Eotre UD pnpître et des dossiers.
Hais, grice k la Fortune, on le croit un gnmd sire.
Il obtient tout ce qa'il désire.
Tout lui vient en donoant; les pliices, les hoDDenrs,
Maison des champs, maison de ville, Carruâses, cobinier;, terres, cadeaux, flattears, Dédicaces enfin, tout arrive à la file ; Et, d'encor en encor, notre heureux imbécile
Est mis au rang des Honselgneurs.
Qu'a fait, pendant ce temps, le dernier des trois frère Il a courn les bois, les coteaux, les vallons,
Et pris dans ses toiles légères
Des mouches et des papillons.
C'était une merveille ; et, dans cet exercice, J'ignore quel grand maître avait guidé son bras ; Hais il faut convenir qu'il n'était pas novice ,
Il ea prenait à chaque pas ;
Et, soit complaisance ou m^ice, La Fortune à se* vœnx ne les épargnait pas.
L'été finit pourtant. La déesse ii
Va «ur d'autres humains répandre ses faveurs.
L'aîné garde son or, le second ses honneurs.
Et le troisième se lamente.
Mais pourquoi se plaint-il de son funeste sort. Que la Forttine ainsi le laisse à la besace?
La Fortnne n'avait pas tort,
El j'en reviens à ma préface.
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FABLE XVUI,