‹ Les fables complètesChapitre 36 sur 110 · LB PUITS DE LIL VEBITE · texte numérisé non relu

LB PUITS DE LIL VEBITE

Trois philosophes grecs expliquaient de leur mieux De ce vaste nnîvers la sublime harmonie; Et, suivaDt tous les us de la philosophie.

Ils ne s'accordaient pas entre eux.

Suivis d'une foule inquiète.

Qui de ce long débat espérait voir la fin, Ils s'étaient rencontrés au pied du mont Hymète; Et tout en disputant ils gagnaient du chemin,

Lorsque arrivés sur l'orifice D'un trou, que surmontait un portique vodté,

Ils virent sur le frontispice.

Écrit en lettres d'or : Puits db la Vzritë.

■ Bravol cria la foule, et trêve de qoerelle;

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FABLE XIX. H3

Nom saurons bien cinî n'a pas tort. »

Et l'on conTint, par un soudain accord, Qu'on enverrait auprès de l 'immortelle Celui des trois que nommerait le sort.

Un disciple de Pythagore Fut choisi, descendit, et presque an même instant

Reparut d'un air triomphant, Criant à ses rivaux qui disputaient encore :

• Le monde est formé d'eau, de feu, de terre et d'air. De ces quatre éléments la matière est l'essence. Ils nagent dans les flots d'un océan d'éther. L'éther, c'est l'nuité, l'&nie, l'intelligence. Réservoir étemel de ces esprits vitaux, Animant tour à tour les bétes et les hommes, [somtnes. Nous changeons tous de corps, et tous, tant que nous Nous renaîtrons serpents, grenouilles on corbeaux.

— Ta mens! a répondu l'élève de Leucippe; Car en j^ilosophie on admet en principe Qu'une grande insolence annonce un grand esprit. Td mens, et ton sptème aura peu de débit.

Je tiens de la déesse un monde plus solide.

Ce sont, depuis le roc jusqu'à l'être pensant, Des atomes sans fin qui nagent dans le vide; Qui, s'attirant, se groupant, s'agençant.

Ont formé le soleil, la terre, les planètes.

Et forment tous les jours les hommes et les bêles. »

Un long éclat de rire interrompt l'orateur.

C'était un fils d'Auaxagore,

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lU LIVRE m.

Qui dn puits à son tour retnonuit ea vainqueur.

Debout sur la margelle, il proteste, il pérore :

Il dit qoe le soleil est un bloc de fer cliand ;

Qne la mer fut à sec et la terre inondée.

Que de l'humidité, par le chaud fécondée.

Naquit le premier homme et le premier crapand.

Hais le peuple à ce coup s'indigne et les outrage.

■ La vérité n'a qu'un langage.

Dit-il, et, sur les trois docteurs,

Il est au moins deux imposteurs. ■ Dans le pnits tous les trois on les force à descendre. Mais quel tapage alorsl quels cris étourdissants!

Ds font du bmit comme trois cents;

La Vérité ne sait anquet entendre.

Elle fuit; et depuis, nous avons beau rève^.

Ergoter, diipuier, pâlir snr ces pr<^lèmes,

Entasser, renverser systèmes sur systèmes,

On ne sait plus où la trouver.

FABLE XX

LE JANITS AUTUH&TE.

Un artiste avait exposé Un automate à deux visages, Qui, snr deux pieds humains habilement posé, Du fameux Vancanson surpassait l.es ouvrages.

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FABLE XX. lis

Le portrait que d'abord il offrait à nos yeux ÀTait un air capable et même impérieux.

Sou corps se cambrait en arrière; Et des éclairs d'orgueil, des regards déda^eux

Hayonnaient sur sa tète altiére.

À. ses doigts reuTcrsés pendait un bulletin,

Non de ceux oà la renommée

Nous racontait chaque matin

Les exploits de la grande armée; Hais nu de ces papiers, tels que pour deux cents francs

Tout Français a le privilège

De déposer tous tes cinq ans

Dans la boite de sou collège.

Pr«iait-on ce papier, sans bruit et sans effort.

Par un invisible ressort.

L'automate changeait, et tournant sur lui-même,

N'oBrant plus qu'une face blême.

Le dos en arcade plié, La bouche en cœur, le front humilié, Il semblait, s'escusant de la liberté grande, D'une timide main risquer une demande.

• Ah I parbleu ! dit un spectateur.

Ce Janus est uo électeur, n vote d'une face, et de l'autre il postule.

— Eh ! pourquoi donc sur nous jeter ce lidicnleT

Lui répond un gros patenté.

L'artiste, par un sot scrupule.

N'a pmut osé placer dans la main du premier

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116 UVRE m.

Une boole ui lira d'an papier j

Mais c'est u dépatë dont la double figure

— >oa, MMi! rrienniDonsienr que fNqne cette injure; De ce donble TÏsage an. ministre esl l'objet.

L'an sollicite son budget; L'antre da parlement pronooce la rlàtore. ■

L'artiste à ce débat acooort ^toa^anté :

Ses natîls n'ont jamris fait de la politïqae.

On expose sa mécanïqae

Aux rigueoK de l'aotorité.

C'est l'homme de partout qa'il a prétendu faire.

Humble et rampant s'il a besoin d'autrui.

Dur et superbe alors qu'on a besoin de lui.

Et iiK», ine« ch«^ lecteurs, rapporteorde l'affaire. Je ne conclus à neo ; vous seuls en jugerez.

Des faits que je tous ai narrés Voos avec tu le triple commentaire;

Prenea celui que tous voudres.

LE CHENK BT 6iS COMMKnSAUX.

Un cbène, vieux comme la France, Uais jeune de vigueur, de force et d'élégance, Était d'un beau jardin l'ornement le plus beau; Battu cent et cent fuis des vents et de l'orage.

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Il les bravait encore, et de soa vas[e ombrage Abritait dans lenrs jeux les filles du hameau. L'art ajuatait encore à sa noble parnre.

Par l'homme ou par les vents à ses pieds apportés, Des arbustes , divers de forme et de verdnre.

De vingt ornements empruntés

Nnançaient les mâles beautés

Dont l'avait doté la nature.

De son tronc colossal gracieux vêtement ,

Le lierre, aimable parasite, De la base aa sommet l'embrassait mollement.

Le cohxa, la clématite, La vigne, au bras du lierre enlaçant leurs rameaux. Du chêne, en serpentant, atteignaient les rameaux, Et, conrant à travers l'aérien dédale, Belombant en festons, remontant en spirale.

Croisant de tous câtés leurs flexibles rameaux. Débordaient ou pendaient en touffes diaprées, Ea guirlandes de pampre ou de grappes durées ;

Et la gourde dn pèlerin , Jetant sa br^e feuille au milieu de ces grimpes,

Figurait les glands et les houppes

De cet immense baldaqnin.

Sur ce ddme de fleurs , de fruits et de feuillage ,

Le promeneur aimait k reposer ses yeux.

Hais tous ces arbrisseaux, dont l'heureux assemblage

Formait ce tout harmonieux, Se plaignaient l'un de l'autre, et du mince partage

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JJ8 LIVRR III.

Que faisaità chacun l'injustice des cieux.

Le cobxa reprochait à la gonnle Sa Teuille trop épaisse el sa coque trop lourde ; La vigne à tons les denx réclamait te soleil , Qu'ils volaient, disail-elle, à ses grappes verineilles;

La clématite étouffait sous les treilles ; La (gourde lui jetait nn reproche pareil ; Le lierre s'indignait que, sans home et sans gène, Chacun , pour s'élever, vint s'accrocher à lui. c Eh I qae dirai-je , moi , leur répondit le chêne , Moi qui vous sers à tous de lien et d'appui ? Dieu nous donne en commun la lumière et l'espace, Oiacnn a droit d'y prendre place;

Et, faillie on fort, tout voisin est fâcheux. A l'iniérét de tous sacrifions les nàtres.

Supportons-nous les uns les autres; Le monde n'en ira que mieux. »

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