LES CHEVAUX DE SEHTORICS
Do jonr où du public l'iadalgente faveur M'enhardit à ^aner le fabuleux domaine Que, d'Ésope et de Phèdre invincible vainqueur,
Moissonnait, en maître et seigneur,
L'inimitable La Fontaine,
Combien de fois , ami lecteur, n'ai-je pas reculé devant un tel labeur?
Point ne voulais d'un trop mince bagage.
Hais d'ui présent cjui fAt digne de toi ;
Et, m'arrétant souvent dans ce pénible ouvrage,
Je ne complais pas sans effroi Les geri>ea qui manquaient encore à mon glanage.
Uq trait ingénieux , niuvement conté
Parle vieux chroniqueur qui, dans leur nudité,
Nous peignit avec tant de grâce
Les héros de l'antiquité.
De ma muse vingt fois a ranimé l'andace.
iz^rt^Googlc
Permets donc qu'à ce livre il serve de préface, Tel qu'à Sertorîus Plutarque l'a prêté.
Ce héros, de Sylla fuyant la tyrannie.
Suivi par Hétellus dans les champs Lusitains,
Loin de marcher sur les Romains, A fuir toute bataille épuisait son génie.
Content de piller leurs convois , De miner par la faim leurs phalanges gnti'rières.
De harceler leui-s flancs et leurs derrières, De troubler leur repos , de les mettre aux abois.
Mais ses soldats, la$fés eux-mêmes.
Traitant de lâchetés ses heureux stratagèmes, Sertorius un jour rassemble les mutins ; Et, sans leur reprocher leur désobéissance.
Il ordonne qu'en leur présence Soient amenés deux chevaux à tous crins.
L'un n'offrait qu'une peau sur un maître squelette : ■ Prends sa qaene à deux mains , et vois à l'arracher, '
Dit-il au plus robuste archer .
Qu'eût produit la terre de Crète, L'archer jette son arc et son carquois à bas, Érale avec oi^tieil les muscles de ses bras, Be la qnene à ses poings enroule la crinière, Se pose, s'affermit sur ses pieds et ses reins. Et , ramenant son corps et sa tète en arriére ,
Secoue et tire des deux mains.
Hais vainement il se démène et sue ;
Sa force est impuissante et sa peine perdue.
FABLK I. 121
H y renonce, et, <xinfus et surpris^ Fait de ses compagnons les brocards et les ris.
cAlon toDT mainteaaat, dit le grand capitaine En poDssant nn soldat qui dépassait à peine
La hantenr de son boaclier ; Tu vas le mesurer contre l'autre coursier. »
Les ris à cet appel éclatent de plus belle.
Ce n'était plus contre une haridelle Qu'allait lutter le malheureux ; Mais on fier andalous , dont la croupe luisante , Les vigoureux jarrets, l'encolure puissante Présageaient au pygmée un échec plus honteux.
Il hésitait, comme vous pouvez croire ; Mais le héros poursuit : s Prends cette queue , allons ! Tire un crin après l'autre, et bientôt nous verrons A qui restera la victoire. >
Elle reste en effet an nouveau champion.
La queue, en un moment de ses crins dé]>ouillée.
N'offre plus qu'un triste nioi);non
A celte foule émerveillée ;
Et, cette fable en action Aamcuant au héros tous le* cœurs de l'armée,
Le vieux Hétellus, confondu.
Pièce i pièce eut bientôt perdu
Ses soldats el sa renommée.
Et moi , lecteur, de ce récit le lirais nn autre profit.
Quand, mesaraDt la tâche à ma muse imposée,
Je sentais ma constance et ma veine épuisée,
Fret à m' enfuit' comme l'archer.
Je pensais au soldat, je reprenais halàne ;
Et me remettant à marcher, D'un apologue à l'autre entretenant ma veine, J'avançais vers le but que je viens de toucher.
Ainsi, quelque projet qu'ait formé ta prudence,
Que t'impose la gloire on U nécessité.
Si loin que soit le but, n'en sois pas rebuté.
Ck>mmence, marche, avance, avance ; Chaque jour, chaque pas rapproche la distance. Ne quitte pas snrtout, sans les avoir tous lus,
Les vers que ce livre recueille ; Imite jusqu'au bout, en prenant feuille à feuille.
Le soldat de Sertorius.