‹ Les fables complètesChapitre 42 sur 110 · LB MARCHAND ET LES SINGES · texte numérisé non relu

LB MARCHAND ET LES SINGES

Aux jours de notre enfance, hélas! trop passagère, Quand finissaient pour nous le soleil et le jeu, Pdf des contes plaisants, ma bonne et tendre mère,

En tricotant au coin du feu, D'une longue veillée aimait à nous distraire; Et vers cet heureux temps par mon cœur ramené.

Four en consacrer la mémoire, D'un marchand africain par des singes berué,

Je vous raconterai l'histoire.

De bonnets tnrcs ambulant colporteur.

Ce marchand pour Tunis s' étant mis en voyage, Vers l'heure de la sieste, accablé de chaleur.

S'arrêta sous le vaste ombrage D'uD chêne, dont la brise agitait le feuillage^ Et, dans l'air embrasé répandant sa fraîcheur,

D,niz=rtNGoOg[t'

Le soufQe de k mer motleiuent balancée.

Dans un somraeil réparateur

Floujjea du pauvre voyageur

Les yeux, le corps et la pensée.

Hais sur sa boutique d'osier,

Sa seule et modeste fortune, Viot foudre en gambadant une troupe importf^e

De notre peuple grimacier.

Toaie la pacotille à l'instant fut pillée.

Chaque singe à l'eavi se coiffa d'un boun«t, S'élança snr le chêne, et du Ironc au sommet, Noucbalamment couclics sous la verte fenitlée,

Prenant lenr main pour oreiller, A l'esemjile du maître ils semblaient sommeiller.

Celni-ci se réveille, ouvre l'œil et s'effraye De voir ces étranges chalands,

Qui, sans façon coiffés à ses dépens, Lui faisaient pressentir nne mauvaise paye.

Il se lève, et soudain, d'un même mouvement.

Sur lenr siège pelé les singes se replacent.

Il leur montre les poings, tous les poings le menacent.

Ou aurait pris ce peuple imitateur Pour un détachement d'école mutuelle, S'e&erçant, au signal d'un grave moniteur,

Dans la gymnastique nouvelle.

Notre bomme se dépite, et dans son désespoir

Il saiùt à deux mains sa calotle, et la jette.

bonheur ! chaque singe a décoiffé sa tète ;

Et tous les bonnets vtenoeDt choir

Dinlz-MNGoOglc

Adx pieds du malheareux, qaî n'eût osé |»cvoir Le retour de pareille fêle.

Aussi de quelle ardear on le vmt se Uter

A ramasser sa pacotille I Il s'y prend à deaz mains, l'enta&se sans compter, La couvre de ses yeux où te plaisir pétille, A ses volenrs enfin fait un salut joveax; Et de l'homme des bms la burlesque famille Par des ricanements répond à ses adieux.

Je m'amusais aussi de ce conte pour rire,

Sans y voir rien de plus, comme tous les enfants.

Mais j'ai vu pendant cinquante ans Un peuple, dont le nom est inuljle k dire.

Changer neuf ou dix fois de rôle et de bonnet,

A la Toix de qui le menait ;

Et je dis que ma bonne mère.

Sans le savoir prophétisait déjà

Les sottises qu'il allait faire,

Sans compter celles qu'il fera.

IId pacifique et patient blaireau, A force de soin et de peine,

iz^mnCoOi^Ic

S'était creusé, dans les flancs d'un cotean, /Une demeure souterraine.

Il y vivait ea paix à l'abri des Trimas, Coulent de son destin, chose rare ici-bas;

Et ne quittant son terrier solitaire Que ponr chercher à paître et nourrir ses petits, II pensait leur léguer son paisible, logis,

D'un long travail digne et juste salaire.

Mais il avait compté sans lin voisin fâcheux,

Un renard fort peu scrupuleux.

Qui n'avait point d'asile où braver la froidure ;

Et les renards, de leur nature.

Du bien d'autrui sont assez désireux.

Du manoir qu'il trouve à sa guise,

Celui-ci vent faire le sien;

Et, soit violence on surprise.

Pour en chasser le maître il ne ménage tien.

Le blaireau dans les champs veut-il se mettre en quête? Le renard, qui, bloiti dans un épais halljer.

Matin et soir est en vedette.

Se glisse à pas de lonp dans le sombre terrier ; Et, contre un ennemi qui pensait la surprendre, La pauvre mère est réduite à défendre

Et sa famille et son foyer.

Le blaireau revient-il à leurs cris de détresse? Le renard se retourne, il l'attaque, il le mord; Et si l'infortoné, i|u'il tourmente sans cesse,

Demeure tapi dans son fort.

13b UVRE IV.

Il le bloque, il le brave, il l'accable d'injnres; Des cris de sa fureur fait glapir les échos,

Et l'iorecte de ses ordures.

Le blaireau ne connaît ni sommeil ai repos.

It se résigne, il cède au méchant qui le presse, D'un séjour empesté s'éloigne avec douleur.

Et va creoser plus loin, par on nonveau labeur,

Un asile pour sa vieillesse;

Et son heureux persécutenr Envahit sans remords le terrier qu'il délaisse.

Blaireaux qui me lisez, retenez ma leçon ; Tous les renards ont la même recette.

Leurs querelles sans fin, leurs plaintes sans raisoi Jusqu'aux ordures qu'on vous jette.

Tout revient à ce vieux dicton :

Va-t'en de là que je m'y mette.

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