‹ Les fables complètesChapitre 44 sur 110 · B8 LOUPS AD BUTIN · texte numérisé non relu

B8 LOUPS AD BUTIN

Quatre ou cinq loups, que la famine Chassait de colline en colline, Avaient surpris un beau chevreau Qu'avait, au fond d'une ravine, Perdu le chef de son troupeau; Et mes gloutons, hurlant de joîe.

Allaient »e jeter sur leur proie.

Quand apparut, de son côté.

Un berger, de uhiens estorté.

Celaient des chiens de haute taille.

Armés d'un bon collier de fer.

Le chevreau pouvait coûier cher.

t N'importe, il faut livrer bataille.

Dirent entre eux messieurs les loups.

Nous avons le nombre pour nous; Et puis, la faim qui uons travaille He permet pas d'être prudent.

Autant mourir d'un coup de dent. >

Ayant donc concerté l'affaire.

Chacun se dispose à charger,

A terrasser son adversaire.

Trois vont aux chiens, deux au berger.

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La lotte est terrible et sanglante, La victoire longtemps Sotiante.

Ce sont des cris et des Tnreurs A faire trembler la contrée; Mais c'est enfin aux agresseurs Que la victoire est demeurée.

Le sort va parfois aux voleurs.

Chiens et bergers, mis en déroute, De la ferme ont repris la rnute, Et te chevreau reste aux vainqueurs.

Mais qui des cinq va s'en repaitre?

Chacun veut seul s'en rendre maître.

Tous font valoir les mêmes droits.

« Je l'ai gagné par mon coarage; Cest à moi qu'est dû l'avantage; Je veux tout, et point de partage, <> Ont-ib crié tous à la fois.

Là-dessus, nouvelle dispute.

On se repousse, on se culbute; Loups contre loups, tous contre tous Se portent de plus rades coups Qu'ils n'en portaient dans l'autre lutte.

Le sang ruisselle de leurs cous, De leurs museaux, de leurs poitrines, De leurs quartiers, de leurs ét-'hines; Et le chevreau, pendant ce temps, A prudemment gagné les champs.

Disant tout bas entre ses dents :

( Vivent les guerres intestines! •

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■ C'est très-bien, diront mes censeurs; Mais choisissez d'autres actenrs.

Ceux doDt vous êtes le confrère.

Les Immortels ont, sur ce point, Posé, dans lenr Dictionnaire, Que les loups ne se mangeaient point. > Qui dit proverbes, dit sornettes.

J'en fais un ponr les réfuter.

BufTon, qui connaissait les bétes, A dit en paroles très-nettes Ce que je viens de vous conter.

Les loups, unis pour la victoire, S'entr'égorgent pour le butin.

Et j'ai grand'peur que leur histoire Ne soit celle de mon prochain.

LE DINEUR ET 8A LSTRETTE.

Une levrette favorite Voyait dioer son maître, et, de l'air patelin Dont toute créature implore et sollicite.

Réclamait sa part du festin.

Le don ne tardait pas à suivre la requête.

Maint et maint osselet, mainte et mainte douceur

Passaient de la main du dSneur

Dans la gueule de la levrette.

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Qui lui payait chaque faveur Par des transports d'amour et de b<dhear.

SoD museau, sa qurue et sa patte S'agitaient à la Tois, le frôlaient, le flattaient. Rlle ne croyait pas, tant que les dom venaient. Qu'il fût possible d'être ingraip.

Les cadeaux pourtant prirent fin; Le maître fit le sourd, jugeant, dans sa pensée, Qne la solliciteuse éiait dûment pansée;

Hais la béie avait toujours faim.

Elle se mit d'abord à geindre, A lui presser le bras, à gronder, à se plaindre-, El puis haussa le ton de ses longs grogneraenls,

Aboya même avec colère,

Et finit par montrer les dents A qui n'écoutait plus sa nouvelle prière.

Des étemels coureurs de gr&ces et d'emplois

Telle est l'iniraitable exigence;

Et, soit dit sans irrévérence, C'est le péché des grands, et même un peu des rois. Eussiez-vous à leurs .voeux cédé vingt et vingt fois, Si vous y manquez une, adieu la souvenance Des services passés et des bienfaits rendus ;

l.a rancune d'un seul refus

Étouffe ta !•

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FABLE XH.

LE HIBOU KT l'olive.

Cn vieux hitioa, pai&ïble aiuichorèle, De la tunr d'un clocher avait fait sa reiraîte.

11 T dormait le jour duranl,

Cbassail, la nuit, pour sob osage ; logerait et chantait, si l'on pent Domoter chani

Ud cri monotone et sanvage.

Hais point ne s'informait si ce cri caverneiiï De terreur oa d'eaniii frappait le voisinage. Il était ^oisle, et partant fort heurenz.

Son péché le plus doux était la friandise, L'bnile offrait à son bec an ragoût sans égal ■ Et quand, pour se gorger de ce divin régal, H avait mis k sec les lampes de l'église.

En digérant ce mets déliàenx.

Mon ermite emplumé fatiguait sua génie A. deviner de quelle part des cieuz

Coulait puur lui cette iuubnfisie.

Un jour enfin, sur un pâle olivier

Par le soleil levant s'étant lais^é surprendre.

Il apprit par hasard ce qu'il brûlait d'apprendre.

En écoutant un valet de fermier.

Son aile en battit d'all^^esse.

> Quoi! c'est l'olive qui pi-oduît

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FABLE Xin.

Ce breuvage onctueux qui me met dans l'ivresse !

Si le jus est si bon , qae doit être le fruit ? Et qael plaisir de pouvoir, jour et nuit , M'en régaler sans mesure et sans cesse I »

Impatient d'assurer son bonheur,

Snrnne olive alors son bec se précipite.

Fatale expérience ! ii jette un cri d'horreur.

Et d'une aile tremblante il regagne son gîte.

Mais il fuit vainement. Sa curiosité

Pur l'amer chicotin est à jamais punie

Du fruit dont son palais conservait l'dcreté. L'arriére-goût avait gâté Le plus doux plaisir de sa vie.

Ne cherchez pas le mieux quand vous tenez le bien ,

Gens heiuïox ou qui croyez l'éire.

Que vous fait le pourquoi, la cause, le moyen? Craignez de découvrir, en voulant le connaître, Que le plus grand bonheur ne tient souvent à rien.

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