LA GRUE ET LA TAUPE
Une grue, arrivant des rochers de Thulé, Avait dans nos climats suspendu son voyaj-e ; El, lasse de croquer des grains d'orge ou de blé,
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Ifc4 UVRE IV.
Emit le long du marécage,
Fouillant de son bec effilé
Tontes les fentes du rivage.
Son regard, qai planait do haut de son long cou,
A quatre pas vit toat à coup paraître Un ver, qni, par instinct ou par calcul peut-être,
Rentra bien vite dans sou trou.
La grue en est friande ; et son bec et sa serre De l'insecte à l'envi détruisent la maison.
Elle déchire le gaztH),
Disperse et fait jaillir la terre , El se démène tant, que son bec à la fin
Arrive au fond du souterrain.
Mais que l'espoir, le bonheur et la joie Sont des biens décevants et prompts k s'envoler ! An moment oCi la grue allait saisir sa proie. Une taupe sans bruit venait de l'avaler.
Vous qni, dans vos désir» , tos projets et vos vues, Marchez à ciel ouvert par des routes battues. Hommes francs et loyaux, méfiez-vous toujours Des gens qui vont sous terre et par d'obscursdétours : L'intrigant est la taupe, et vous êtes des grues.
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FABLE XV
LA ROSE HOVSSEUSE.
Sur un rosier mousseux , dont la tète élégante Embaumait l'air da parfum de ses fleuri ,
Se distinguait, parmi ses sœurs, Li rose la plus belle et la plus éclatante, La Grèce en edt jadis, dans ses jours solennels,
De Vénus paré les autels.
• Les Gr jce» , disait-on , Tuffriraient k leur mère. Elle channe à la fois la vue et l'odorat.
Voyez qnel réseau délicat,
Snr le calice qui l'enserre,
Forme cette mousse légère !
Quel relief elle donne à son vif incarnat ! >
C'est ainsi qu'en passant on lui rendait hommage.
Hais cet éloge excitait le dépit D'un chétif arbrisseau dont le tronc décrépit Végétait dans le voisinage,
Et dont ta mousse étouffait le feuillage.
* Voyez , murmurait-il , voyez l'iniquité 1 C'est la mousse qui rend celte rose si belle ; Et l'on me jette à peine un regard de câté.
Moi qui suis tout couvert de ce qu'on vame en elle. »
Que répondre k cet arbrisseau?
Qu'il fanl en tout de l'art, tiu goût, de la mesur Tout ùed à la beauté , tonl lui sert de parure; Elle est de ses aiours le plus riche joyau ; De son reflet se parent tontes choses ; Hais, fût-il tout brillant de rubis et de roses, Le laid ne sera jamais beau.
LE TORBEnr ET LA DIGUE.
Un torrent, qui de ses ravages
Avait longtemps désolé ses rivages.
Se plaignait qu'une digue eât enchaîné ses flots.
Et l'apostrophait en ces mots :
' Pourquoi m'imposes-tn cette gène inntîle?
Si je fus autrefois dangereux, iudodle.
Pour mes débordements justement détesté, Je suis changé , tu vois ; je suis doux et tranquille ; Hends-moi toute ma liberté.
— Oui, répondit la digue avec plus de franchise; Oui, je vois dans (es mceurs un changement parfait.
Ton onde même fertilise
Les vallons qu'elle ravageait;
Mais, dans cette métamorphose.
Ne suis-jc pas pour quelque chose?*
L'argument était juste, et, pour le prouver mieux,
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Sar les pas de l'hiver survint un gros orage ;
Liiligiie fut rompue, et, s'
Le fier torrent reprit ses penchants Furieox.
Les campagnes épouvantées, Les arbres abattus , les terres emportées Dirent au laboureur, dont les cris déchirants Redemandaient aux flots ses moissons dévastées.
Qu'il faut des digues aux torrents.