UNE SOI BÉE CHEZ LA
Dame perruche un soir recevait compagnie; Le cercle était nombreux., quoique à ses visiteurs Elle eût promis un concert d'amateurs,
Dont Dieu vous garde pour la vie I Un brau chardonneret devaii y déployer
Les merveilles de son gosier.
Celait un protégé de madame la pie, Jeune provincial débarqué fraîchement,
Et que déjà la calomnie A la vieille bavarde adjugeait pour amant.
Après un air chanté par la fauvette, Et la romance du serin, Le chardonneret vint enfin.
Ce n'éuit pas trop mal ; une voix franche et nette,
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148 UVH£ IV.
De la méthode , un pen de goût ; Un amateur comme on en voit partotU.
Dame perruche entonna la louange.
Et tont le cercle ea jeta largement.
A madame la pie on en fit compliment.
■ Charmant I divin ] s'écriait la mésange En minaodant et eoqnetant.
— Oui, di&aille pinson, il chante ccnn me un ange. Soa triomphe est certain ; tout le inonde en voudra.
S'il vent entrer à l'Opéra , Au prix oix sont les voix, je lui prédis d'avance Qu'on le paîra plus cher qu'un maréchal de France. •
Notre chardonneret, enivré, transporté, Se prosterne en avant, s'iticlîne de eàté ;
Et de penr d'évnller l'envie.
Comprimant dans son cœur ses bonds de vanité , Rassemble dans son ceil , de plaisir humecté ,
Tout ce qu'il a de modestie.
Il craint enfin d'étoufier de bonheur.
Prend congé de son auditoire, S'échappe avec la pie et, savourant sa gloire,
Se pavane en triomphateur.
Mais que le pauvre sot aurait baissé la tète. S'il avait entendu les brocards et les ris
Dont la perruche et ses amis
Avaient salué sa retraite !
c Qnelle voix ! disait-on ; quel pitoyable accent I
Et cela se croit du talent !
Avez-vous vu sa bonhomie?
Comme il croyait à notre enchanlement !
Oh ! c'est un renfort excellent Pour les orgues de Barbarie. ■
$ouYen«s-voDS de mon chardonneret, Poètes de salon, et tous, grands virtnoses, Qd sur quelques bravos rêvez d'apoihéoses.
Mais à cet accident quel homme n'est sujet?
Si de nous, devant nous, le monde dit merveille,
Four bien savoir ce qu'il en est, Il iàudrait en sortant y laisser une oreille.
FABLE XVm.
LBS ROSIBKS ET I.ES ÉGLANTIERS.
Des rosiers taillés en buissons.
Fiers de leur vieille forme et de leur vieille race, Depuis cent ans et plus, de drageons en drageons.
Fleurissaient à la même place.
Purs des insultes du greffoir,
Aucun d'eux n'eût osé prévoir Que jamais aux rameaux d'une tige étrangère Leur souche aurait transmis sa sève nourricière. Hùs le Temps en avant poussait tous les métiers, Et le Progrès, ce Dieu par qui l'on déraisonne, Gagnant les serviteurs de Flore et de Pomone, Il advint on beau jour qu'auprès de mes rosiers,
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Dans ce jardin, oit d'âge en âge, Ils avaient régné sans partage, On transplanta des églantiers.
Grande fut leur surprise et surtout tenr colère. .
« Des sauvageons dans un parterre !
Se dirent-ils entre eux; les rangs sont cotifoodos. Qu'ils restent dans les bois ; sied-il à notre terre
De produire des gratle-cnls? »
Le printemps répondit à cet amer langage.
Des arbustes qu'aux bois renvoyaient leurs dédains, La greffe avait changé ta natnre sauvage.
Ils avaient des rosiers revêtu le feuillage, Et des plus belles fleurs ils paraient nos jardins.
Il talittt bien alors 7 souffrir leur présence. Le premier engouaient alla même plus loin.
On eut pour les nouveaux plus d'estime et de soin.
C'est ainsi qu'on en use en France;
Et fier de cette préférence.
Plus d'un églantier parvenu Déjà des vieux rosiers affectant l'importance, Leur rendait le mépris qu'il en avait reçu.
Il avait tort, les autres l'avaient en ; Pour un travers commun ayons de l'indulgence.
Voyons ; avec l'orgueil ne pourrait-on traiter?
Les vieux rosiers encor donnent de belles roses ;
Dans nos jardins ils ont droit de rester.
Les fleurs plus récemment écloses,
Haiiresses du terrain, oe [leuveai le quitter.
Vieilles souches, tiges nouvelles, iglanrïers et rosiers, sojei bitD avertis Que l'éclat de vos fleurs fait seul tout votre prix. Le public aujourd'hui n'entend plus vos querelles. Fleurissez à l'envi du mieux que vous pourrez; Et ceux qui produiront les roses les plus belles Seront les mieux reçus et les plus honorés.
l'oRBIEÀII et les ROXCIS.
Les vents dons un hallier portèrent une graine;
Il en naqnit un jeune ormeau.
C'était d'abord un germe d'arbrisseau, Qu'un regard d'aigle eàt découvert à peine.
Des ronces, enlaçant leurs sarments épineux, L'étouffaient à l'envi sons l'épaisse crinière.
Sous la voûte inhospitalière.
Que formaient en rampant leur feuillage et leurs noeuds; Le pressaient de leurs dards; et leur ligue ennemie, Au Dieu qui verse à tous la lumière et la vie Fermant du nouveau-né le ténébreux berceau,
Espérait, dans a jalousie,
Qu'il y trouverait un tombeau.
Il en fut autrement. A travers cette voûte,
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ISt LIVRE IV.
Le jeune ormeaD, se frayant une route.
Apparut enfin an grand jour.
Poussa, devint nn arbre au vigoureux fenillage.
De ses rameaux, de son ombrage.
Fit admirer le spacieux contour.
Fut enfin rbonneur du bocage.
Alors, pour grandir avec lui, Les ronces l'entouraient de leurs-tiges grimpantes ;
Et ces rivales suppliantes
Semblaient mendier son appui. .
* Qu'est-ce donc, mes bonnes voisines?
Leur dit l'ormeau devenu grand.
Vous me caressez maintenant, N'ayant pu m'étoufier sous vos faisceaux d'épines!
— Bons '. vous étouffer, monseigneur!
Lui répondit la plus diserte; Nous I méditer, conjurer votre perte I
Quelle injustice ! quelle erreur I Du froid hiver pour vous nous craignions l'inclénience, Nous craignions de l'été la mortelle chaleur;
Et notre ombrage protecteur
En a préservé votre enfance. >
Les hommes n'auraient pas mieax dit ; Il est dur avec eux d'être faible et petit :
Chactm vous froisse et vous opprime.
Grandissez, vous serez Batte
Par ceux qui de leur lâcheté
N'auront pu vous rendre victime.
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FABLE XX