‹ Les fables complètesChapitre 57 sur 110 · LE COQ ET LE FAUCON · texte numérisé non relu

LE COQ ET LE FAUCON

• Amis, disait un coq, par la terreur pressé, A la gent porte-crête autour de lui groupée.

Un faucon, qui par moi se prétend offensé.

S'est logé près d'ici dans une aire escarpée. Et de sa haine hier ses cris m'ont menacé.

Seul contre sa fureur je ne puis me défendre; Hais si vous me prêtez un fraternel appui, Si nous savons bien nous entendre.

Je l'attends de pied ferme et ne crains rien de lui.

— Compte sar nous, répond la cohorte eniplamée

Des dindons, des canards, des poules, des chapons)

Qu'il vienne deux on trois faucons.

Que pourront-ils contre une armée?

Sommes-Dons pas tes compagnons, Tes parents, tes amis, tes frères, tes maîtresses?

En vÎDI-II dix, nous les battions.

Ne doute pas de nos promesses. *

11 n'en vint qu'un, et ce fut bien assez.

Le co<], dont ces transports redoublaient le courage, Défendit en héros sa crête et son plnma^je.

Mais il combattit seul. Ses amis dispersés, Moins touchés de son sort que du soin de leur vie, A l'aspect du faucon faussèrent compagnie.

Il fat battu, mis à mort, emporté.

Obtint à peine une louange, Uu regret des amis qui l'avaient excité ; Et les plus vils de la phalange Blâmèrent sa témérité.

Un etinemi c'est trop, mille amis ce n'est guère. Dit un proverbe turc dont j'ignore le père.

C'est une triste vérité.

Qu'en un danger commun un homme se dévoue.

On palra sa verta par un lâche abandon ; Et malheur à lui s'il échoue .' Dans un siècle d'or et de boue Les Curtius ne sont plus de saison.

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l'aigle et

Heureux, cher Villemain, qui, fuyant les graudeurs, Se livre tout entier aux charmes de l'étude I Le pouvoir est toujours mêlé d'inquiétude,

Quand pour l'ami des lettres, des neufs scenrs,

Le travail et la solitude N'ont que des plaisirs purs, d'iDeffables douceurs.

Bénis donc l'heureuse disgrâce Qui te rend à toi-tnéme, à tes premiers travaux.

Préfère â la grandeur qui passe La gloire qui du temps brave les vains assauts.

Crois-en mon amitié fidèle.

Et ce qu'en pareil cas dit au roi des oiseaux

Un petil-fils de Philomèle.

kax sons mélodieux, que dans l'air embaumé lançait d'un rossignol l'harmonieux ramage.

Sur un ormeau de son riant bocage Un aigle s'abattit, et son oeil entlammé Eat bientôt découvert à travers le feuillage Le chantre qui l'avait charmé.

■ Que fais-tu là, dit-il, digne rival d'Orphée? Pourquoi donc te cacher dans cet obscur séjour?

Viens, suis-moi dans l'espace, et parais an grand jour. Daos l'ombre de ces bois u gloire est étouffée. »

A ce discours mon rossignol fut pris.

De plus gros ont celte faiblesse.

Le voilà donc fuyant, dans une folle ivresse, De son bosquet natal les ombrages fleuris, Oubliant par orgueil sa nature timide, Fier de suivre en son vol l'oiseau de JiipiJer, Défiant le soleil ; et d'un élan rapide U se perd triomphant dans les champs de l'élher.

Mais il arrive à peine au séjour des orages,

Qu'autour de lui de toutes parts, Les vents ont refoulé les humides brouillards, Dans les airs assombris entassé les nuages ; Et mêlant ses éclats à leurs mugissements, La foudre épouvantait de ses longs roulements

L'hôte paisible des bocages.

■ Que ce spectacle est beau! s'écriait l'aigle altier. Chante des éléments la fureur et la guerre.

(^pose au fracas du tonnerre Les merveilleux accords de ton brillant gosier. • A Ini complaire en vain aion rossignol s'apprête. Il ne retrouve plus que des sons languissants. Sa voix n'a pins d'éclat, et ses faibles accents Se perdent dans le bruit de l'horrible tempête.

Il le regrette ah.re, il le cherche des yeux,

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Ce paysage aimé, ce bosqaet solitaire.

Qu'il faisait retentir des accords gracieux

De sa voix flexible et légère, Oj s'écoulaient pour lui des jours délicieux. 11 croit le reconnaître au travers de la oue. Comme au fond d'un abîme, apparaît à sa vue La terre, cet objet de ses vœux les plus chers ; Et se précipitant du haut de l'emparée :

■ Adieu, s'écriait-il, superbe roi des airs; Ces bruits, ces tremblements de la voûte éthérée Pour mes pareils et moi sont de tristes concerts. -

Il regagne à ces mots sa joyeuse retraite; Retrouve ses bocages verts, Sa voix, ses chants si purs, j'allais dire ses lers. J'oubliais mon héros pour songer au poète, Qui vons raconte ses travers.

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FABLE PREMIÈRE

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