‹ Les fables complètesChapitre 58 sur 110 · GPTTBMBBR6 ET SA.TAN · texte numérisé non relu

GPTTBMBBR6 ET SA.TAN

Qnand Gattemberg eut de l'imprimerie

Trouve le merveilleux secret.

Tons jugez à quel point son orgueil se mirait

Dans cette œuvre de son génie.

L'avenir de l'hnmanité S'offrait i ses regards comme nne éternité De savoir, de bonheur, de justice, de gloire.

Il entendait le choeur des nations, Snr l'hydre des erreurs, des superstitions.

Par des chants éLemels célébrer sa victoire.

■ J'ai sanvé, criait-il, des ravages du temps. Ces livres qu'aux auteurs de Rome et de la Grèce

SoulBa la divine sagesse, De la pensée humaine immortels monuments.

Ils vivront désormais autant que notre race; Et ce qu'à l'avenir produira son cerveau

D'utile, de grand et de beau,

Durera tant que dans l'espace Resplendira du jour le céleste flambeau.

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198 LIVRK VI.

De la terre à jamais l'ignorance est bannie.

Plus de guerre, de tyrannie.

Vertu, morale, vérité, Du monde rajeuni voilà la trinîté.

Les peuples, éclairés par des flots de lumières,

Ne feront qu'un peuple de frères, A l'ombre de la paix et de la liberté. ■

A cet élan d'entbousiasme.

Répond, comme nn aigre sarcasme.

Un éclat de rire effrayant; Et devant Guttemberg se dresse une figure Au teint de Caraïbe, à la haute stature.

Au poil roussdtre, au regard flamboyant.

De sa lèvre railleuse, empreinte d'ironie, Sort une voix stridente au timbre assourdissant, Qui dit à. Guttemberg : « Satan te remercie'.

Oui, par toi seront abattus

Vieilles erreurs et vieux abns.

Mais tu ne changes rien h la nature bnmaine.

Sa sottise et sa vanité.

Ses passions et sa crédulité Ne mourront qu'avec l'homme, et c'est là mon iomsn"'lie bien que -tu feras ne durera qu'un temps. Les peuples abusés salAront comme apdtres

Les plus efirontés charlatans.

Ces abus, ces erreurs vont faire place à d'autres : L'esprit de servitude au mépris du devoir,

Le despotisme à la licence,

Et l'ignorance au faux savoir.

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De ton art doit enfin surgir uoe puissance Qui, rompant toos les Treins et se jouant dei lois.

Des croyances, des renommées.

Forçant les boulevards, enronçant les années, Brisera dans sa marche ei tes dieax et les rois.

La vérité, la vertu, la justice, Dont le règne est par toi promis aux nadons.

Seront, au gré de son caprice, Les jouets des partis et des opinions.

A la force brutale elle rendra la terre; A moi, tous les pouvoirs que m'a ravis an Dieu. Merci, c'est me servir que d'y souffler la guerre.

Iilerci, poursuis ton œuvre, adieu. >

11 dit et disparidt, et Gnttemberg frissonne; Mais par un noble orgueil promptement rassuré : ■ Je n'en crois pas, dit-il, le mensonge en personne. L'esprit du mal a peur que mon art le détrône. > Et l'art de Gnttemberg aux humains fut livré. Fit-il mal? fit-il bien? Le temps a ses mystères; Hais ce que l'homme invente, imparfait comme lui, A dn bon, du mauvais; ce n'est pas d'aujourd'hui Que SaUn est mêlé dans toutes nos affaires, Gultembei^ est venu, nous n'y pouvons plus rien. Le monde périra plutôt que son ouvrage.

Réprimons-en l'abus, s'il en est un moyen ; Nous n'en détruirons pas l'usage.

LE BWUF GRIS.

Pendant qne le bœaf gras et son brillani cortège

Paradaient snr le boulevard,

Ua jeune échappé du collège.

Que par la main conduisait nn vieillard, Lui disait : ■ Grand papa, pourquoi cette allégresse,

Et cette foule qui se presse.

Qui remplit les airs de ses cris.

Ce boeur qui sur ses pas attire tout Paris,

Cette pompe qui l'environne,

£t ces fleurs dont on lecoumruie?

D'un hommage public sont-ce là les témoins?

D'oil vient qu'à ce point on l'admire ;

Qu'il est l'objet de tant de soins?

Et dans cet appareil où va-t-on le conduire? •

A cet enfant, dont les discours Isai rappelaient ses premiers jours, L'aieul répond d'abord par un triste sourire. C'était nn vieux tribun, qui, jeté par le sort

Dans nos désordres politiques.

Avait, en défendant les libertés publiques, Dans ce peuple jadis excité ce transport;

Et qui plus lard, au déclin de l'Empire, L'avait vu, travaillé par un autre délire.

Demander à grands cris son exil et sa mort.

• ^ens, (tit-i) à l'enfani, joignons-noDS k l'escorte

De ce noaveau triomphateur. > Et, perdus dans les flots d'un peuple admirateur, D'un immense édifice ils atteignent la porte.

• Quel palais, dit l'enfant, vient de le recevoir? Comment le nomme-l-on, mon père? — Un abattoir. Ce penpie, qu'à présent an autre espoir anime, Attendra que le bœuf tombe sous le couteau.

11 applaudissait la victime; Il applaudira le bourreau. *

Ainsi flotte toujours, au gré de la fortune, La popularité que donne lu tribune.

Ses plus grands favoris ne font souvent qu'un saut Du piédestal à l'échafaud.

LES nE'JX PRES.

Deux prés étaient voisins; l'un, dans un beau vallon, Que des feux du midi garantissait l'ombrage De cent arbres divers de forme et de feniltage,

Dans son épais et vert gazon, Offrait dans tous les temps un riche pAtnrage. U, sur les bords fleuris de vingt et viagt ruisseaux, Qui croisaient sur ce pré leurs méandres limpides.

S'ébattaient de joyeux troupeaux;

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El l'herbe, que bi'outaient ces heureux commensaux,

Semblait sous leurs langues avides Renaître chaque jour pour leurs besoios nouveaux.

L'antre, snr la colline à grand'peîne arrosée Par de maigres ruisseaux que tarissuit l'été, D'ombrage et de fraîcheur moins richement doté, Ne devait qu'au printemps, à sa tiède rosée.

Quelques jours de verdure et de feriilité.

Sur sa pelouse alors, durant ses jours prospères, La génisse et l'agneau jouaient avec leurs mères; Mais quand snr sou gazon jusqu'au germe brouté Passait le sonfSe ardent du lion de Héniée,

TJul troupeau n'était plus tenté Par cette herbe flétrie en chaume transformée; Et tous l'abandonnaient à sa stérilité.

Tel est, mes chers amis, des amis de ce monde Le portrait plus vrai que flatteur.

Ils abondent où tout abonde; Hais la misère leur fait peur.

LE CHÊNE GONHDtriL.

Un chêne dont le front, chargé d'épais rameaux. Bravait depuis longtemps les célestes c

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Fable iv. 203

Abritait de son vaste ombrage La grande place d'un village.

Les vieillards, à ses pieds tranquillement assis,

Y venaient de leur âge oublier les misères.

Louer les temps passés, comme avaient fait leurs pères, Comme auraient fait lenrs petits-fils. Les jeunes f:ens en plus grand nombre, Après le travail des six jours,

Y cherchaient le l'epos et la fraîcheur de l'ombre.

On les plaisirs, la danse et les amours ; Et l'enfance vive et folâtre.

Au sortir de l'école, en faisait le théâtre De ses ébats et de ses tours.

Hais aucun ne songeait au chêne séculaire

Qui leur prétait ce doux abri; Quand l'été desséchait son feuillage Bétri, Hol n'y venait porter une onde salutaire.

Le fer du bâcheron n'en retrant hait jamais La naousse, le bois mort, la plante parasite ; Et par nos lois en vain la chenille proscrite Des feuilles du printemps le dépouillait en paix. Ce n'était point assez de tant d'îndiBerence : Les dénicheurs d'oiseaux, les pierres, les bâtons, Les tireurs d'arbalète ei les jeux de l'enfance Déchiraient ses rameaux, meurtrissaient ses bourgeons.

Un jour advint que le vieux chêne Ne sentit plus la fécondante haleine Du printemps par qui tout renaît,

SOb LIVRE VI.

Et quand son triste front, sans verUure et sans sève,

Abatta par la hache et couché sur U grève,

N'eut laissé qu'nn grand vide aux lieux qu'il abritait.

Tous se mirent alors à pleurer son absence,

A louer la ningnificence

De son feuillage et de sou port, Du bien qu'autour de lui répandait sa présence, De l'abri protecteur dont les privait le sort.

Ainsi des gens de bien, que vivants on oublie.

Que souvent même on injurie, Le trépas fait soudain éclater les vertus ; Et, pour sentir le prix des biens de cette vie, L'homme a souvent besoin de les avoir perdus.

LE ZÈBRE ET l'aME.

Un joli zèbre, indigène Africain, Au port leste et fringant, à la robe dorée

De noirs chevrons élégamment barrée.

Était d'un bateleur l'unique gagne-pain.

Mené de Kermesse en Kermesse, Par sa grâce et sa gentillesse.

Cet animal, fort rare en nos pays.

Dans l'escarcelle du pauvre homme Faisait, en sous gros ou petits,

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t>leuvoir soir «t matio une assez forte somme. Bref, sa compagoe et lai vivaient tant bien que mal. Sans compter ua baudet qui portait le bagage, Quand le zèbre mourut, et de ce con]> fatal Fut d'abord atlerré notre ambulant ménage.

La femme cependant observa bel et bien

Que les pleurs vieillissaient et ne réparaient rien.

Fresque toujours la femme aux malheurs domestiques

Oppose plus de fermeté, Et partant plus d'esprit, d'estocs et de rubiiques Que le chef prétendu de la communauté.

■ Allons, dit-elle, allons; • et des pieds à la tète,

A l'aide de son vieux couteau ,

Elle écorcbe la pauvre bcte ; Puis ses adroites mains eu rajustent la peau •

Sur le corps du baudet, lequel par aventure Avait du trépassé la taille ei l'encolure ; Et donnant k la mort un heureux démenti,

Notre peccata travesti Fut dès le lendemain, sans façon ni scrupule.

Offert à la foule crédule;

Et le public comme devant, Battit des mains et donna son argent.

C'est que la renommée avail parlé du zèbre;

El qu'en dépit d'un vieux dicton

L'habit fait tout comme le nom.

Que la presse vous guindé au rang d'homme célèbre. Vous vendez à |irix d'or, si vous éies auteur,

D,niz=rtNGoOy[c

206 LIVRK VI.

Vos méiDoires de blaochissenr.

Des chariataos toajonrs le public fut la proie; Et, depais qu'aux talents sont dus tous les honneurs, Combien d'Anes z<;brés d'or, d'argent ou de soie.

On a pris pour de grands seigneurs!

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