‹ Les fables complètesChapitre 59 sur 110 · LE POIRIER NÉGLIGÉ · texte numérisé non relu

LE POIRIER NÉGLIGÉ

Dans le fond. d'un jardin, sur le bord d'un vivier Qui lui prêtait la fraîcheur de son onde,

S'élevait en quenouille un vigoureux poirier.

Qui trente ans, des produits de sa sève féconde,

Avait de son patron enrichi le fruitier.

L'Age amena la décadence.

11 produisait avec moins d'abondance.

Ce n'étaient plus des fruits de premier choix.

Si pourtant la sei^tte eût rajeuni son bois.

Un pen de soin, un peu de vigilance Eût prolongé son utile existence.

Mais soit peur de vaquer a des soins superflus, Soit oubli, soit indifférence,

Mon ingrat jardinier ne s'en occupa plus.

Quinze on vingt ans après, pendant une tempête. Mon homme, passant près de l'eau, En courant après son chapeau.

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FABLE VU

Dont la bourrasque a déponiilé sa tèle, Glisse, perd l'équilibre; el, poussé par le vent,

Le corps et les bras en avant, Il cherche un niar, un tertre, un arbre qui l'arrête.

Le vieux poirier se trouve devant lui. Il l'atteint, s'y cramponne, il y cherche on appui ;

Mais son espérance est trahie.

Consumé par les vers, la monsse, la carie, Sons le poids de son corps le poirier plie et rompt ; Et mon homme, ronlant dans le vivier profond, Fiute d'autre secours y demeure sans vie.

Ma fable cette fois se passera très-bien De morale et de commentaire.

Je la dédie aux puissants de la terre.

Je tiens l'avis pour bon el le donne pour rien.

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