LE CHAT PHILANTHROPE
L'hamanilé du chat n'est pas un fait coimnan ; Hais la philanthropie a fait lani de conquêtes.
Qu'elle a bien pu gagner les bêtes ; Et sur mille matous il peut s'en trouver un Digne de figurer par sa bonne nature Dans un congrès de paix , un club de charité,
Un comice d'agriculture,
Ou dans un antre comité De tempérance et de frateroité.
Le chat dont je conte l'histoire, S'étant pris pour les rats d'un amour violent, Ëât craint de leur donner le moindre coup de dent. Il s'en faisait scrupule , il y mettait sa gloire ; Et ne concevait pas dans son zèle fervent.
Que dans nn temps de progrès, de lumières, On u'ettt pas interdit par de sévères lois
L'arsenic et les souricières ; Et que les rats enfin, sesbien-aimés, ses frères.
Fussent proscrits comme des rois.
Mes rats, de ses pareils connaissant le manège,
Dans ses façons d'agir virent d'abord nn piège.
Il avait beau se mettre en frais ;
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FABLE XIV, A vingt pas de la grîfie on se crayait irop près. Un jour enifin, séduit par de tendres ceillades,
Provoqué par ses camarades , Se risqua bravement no rat des plus hardis,
Un gamin de Ratopolis.
Cet âge est très-friand de périls, d'escalades,
Et trop souvent de barricades.
Il se bat ]es flancs, prend l'essor, Fait quatre bonds, et s'arrête et regarde,
Tourne , retourne , avance eacor ; Et sur le dos du chat à la fin se hasarde.
Hinet fait patte de velours ; Prend raton , te caresse ; et notre téméraire n'ent d'autre ennui que de subir un cours De politique humanitaire.
Il revient enchanté de cet accueil flatteur; De ses amis dissipe la terreur.
11 en part deux, il en part quatre.
Les voilà tous bientôt à jouer et s'ébattre
Avec le meilleur des matous.
Qui se laissant rouler, mordre, pincer et battre,
Était le plus heureux de tous.
Qu'arriva-t-il de ces façons nouvelles?
C'est qu'à leur sature fidèles , Les rats lui pelèrent le dos , Lui crevèrent les deux prunelles ; Et le rongèrent jusqu'aux os.
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fiSO LIVRE TI.
J'honore la bonté, la pitié, la clémence.
Qa'un sage à ses dépens les pratique , c'est bien ; Mais avec les méchands on perd son indulgence. Comme l'humanilé , l'État n'y gagne rien.
& ma fable pourtant il faut un corollaire.
Un faomme aime le sang et se plaît à mal foire.
De son pays il devient le fléau;
Il brûle, il pille, égorge père et mère.
La justice le prend et le livre au bourreau.
>i Tout beau, dit la philanthropie, Vons n'avez pas le droit d'attenter à sa vie. Dieu l'a créé, IMeu seul peut le rendre au néant. >
C'est à merveille, abattez la potence.
Et qu'au bagne de Brest il fasse pénitence,
' Au bagne l va crier un second prédicant ; C'citaviliruH homme et dégrader son être.
Le supplice était moins cruel.
11 se repentira peut-être ; El vous l'aurez flétri d'un opprobre éieniel ! »
Allons, supprimons les galères; Et créons à grands frais des pénitentiaires.
Un troisième survient; de prison en prison,
Il promène sa bienfaisance, ffien ; mais il blâme tout , tout lui fait répugnance. Le vivre, le coucher, rien n'est sain, rien n'est bon. Allons, qu'au prisonnier le geôlier porte envie. Lui donne du pain blanc et mange du pain bis.
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FABLE XV
Qdc, s'il a froid l'hiver, l'État le gratifie D'un édredoD et d'an tapis.
Est-ce tout? pas encor; un quatrième arrive.
Il a l'ceil larmoyant, la parole plaintive j
Cesl le ministre du pardon.
U avise un captif à figure moutonne , Qui , resté seul cinq ans , n'a pu tuer personne : c Grâce , dit-il ; voyez , le remords , la raison Ont assoupli, dompté son naturel farouche.
Il est dans sa cellule entré comme un Cartouche;
Elle rend au monde nn Caion. •
Devant le sermonneur ta justice s'incline.
Mon Caton prend la clef des champs ; Rencontre an coin d'un bois deux honnêtes marchands,
Les dépouille et les assassine.
Philanthropes niais, changez donc de clients. Si TOUS avez de l'or, parcourez les chaumières ; Chasses-en le pain noir, les haillons, les grabats : Da laboureur paisible allégez les misères ; Hais ne vous mêlez point de régler les États.
Ce ne sont point là vos affaires.
FABLE XV