‹ Les fables complètesChapitre 70 sur 110 · TIMON ST LES ATHÉNIENS · texte numérisé non relu

TIMON ST LES ATHÉNIENS

l^on le misanthrope au lanj^age acéré.

Parcourant d'un pied désœuvré La capitale de l'Attique, Arriva par ha&ard sur la place publique,

Ofi s'entassait tout un peuple affairé.

Timon jette à ce peuple un regard sardouique, S'arrête en ricanant; et se croisant les bras, Donne en ces mois l'essor à sa verve canstique ;

* Vons êtes tous des sols, des fous, des scélérats. De mauvais citoyens, dont, en bonoe {lolJc»,

On devrait pur^r les États; Et qui vons pendrait tous ne ferait que justice. •

A ce sarcasme inattendu.

Malgré le renom bien connu

De ce modèle d'insolence, Le peuple se retourne; et des cris de vengeance Partent de tous côtés contre le malâtru.

Mais Timon, sans cbanger de naaiDtien ni de plaee, Narguant ce peuple et sa menace :

• Quand je dis tons, j'ai tort, fit-il d'un ton plus doux,

Il est parmi vons un digne homme.

Grand citoyen, bon père, bon époux. Pas n'est besoin que je le nomme ;

iz=rtNGoo«^lc

FABLE XX

A oe portrait vous le coimaîtrez tous.

Mais tout le reste en bloc ne vaut pas quatre sous. ■

Le correctif apaisa le tapage.

Personne ne se fâcha plus.

Chacun se prit en soi pour l'heureux persouDage Dont le rude censeur célébrait les vertus j Et TimoD, poursuivant sa course vagabonde.

Aux vices, dont sa dureté

Avait affublé tout le mnnde,

Joignit tout bas la vanité.

LES DEUX OORS.

Deux ours savants, natifs de Circassie, Couraient les villes de l'Asie, Paradant sous le fouet d'un jongleur ambulant.

Quand un beanjour, l'orgueil aidant.

L'ambition leur vint comme une frénésie.

Les savants sont sujets à pareil accident.

Ce n'était point la soif qu'a toute créature De suivre ses penchants, ses godts et son plaisir. De vivre à sa façon, d'aller et de venir.

D'aimer comme l'on peut, de choisir sa pâture.

On n'entend plus ainsi la liberté.

C'est peu de faire en tout sa douce volonté;

iz=rtNGoi.)«^lc

Il faut qn'aux autres on l'impose.

Dominer un État, un peuple, une cité, Une s«ct«, un parti, soit même un comité,

Régner enfin sur quelque chose.

Tel ctaii de mes ours le vceu bien établi; Et, servant malgré lui leur humeur vagabonile, Le bateleur eut un moment d'oubli.

Qui n'a pas les siens dans ce mande?

Bref, pendant nu repas du soir.

Qu'ils prenaient sous la voûte à moitié découverte

Des mines d'un vieux manoir.

Mes ours démuselés, voyant la porte ouverte,

Une nuit sombre, un ciet tout noir.

Leur maître dormant comme un loir, Gagnent les champs et vont â l'aventurï Se perdre au plus épais d'une forêt obscure; Si bien qu'en ses détours fourvoyés, égarés, Par deux chemins divers nos amis séparés Galopent devant eux, et tant que la nuit dure.

L'un d'eux arrive enfin avec l'aube du jour Dans un immense carrefour, Où s'agitait tout un peuple de bêtes, HnrlaDt contre un lion leur monarque et seigneur. Et défiant par leurs cris de fureur La plus bruyante des tempêtes, Qiiel coup de dé pour un ambitieux!

Un complot, une émeute, un monarque à détruire' Quel fortuné ha!aril ! dans quel joyeux délire

iz=rtNGoi.)«^lc

FABLE XX. 231

Il se mêle anx séditieux l Il n'a jamais connu le tyran ni ses crimes.

N'importe I il est, il fiit au rang de ses victimes ; Il le charge des noms les pins injurieux.

Je ne vous dirai point les mots qu'il amalgame ; Depuis longtemps tous les savez par cœur.

Mais il entraîne, il séduit, il enflamme; On l'exalte, on le suit comme un libérateur.

Le roi lion, surpris dans sa tanière, Contre les conjurés s'est en vain défendu.

On l'accable, on l'égorgé, il gît sur la poussière^

Et mon Démosthëne velu.

Ayant adroitemeni bardé sa philippique

Des droits du peuple et des devoirs des mis.

De l'horreur des tyrans et du règoe des lois,

La reconnaissance publique A la place du mort l'élit tout d'une voix.

Id paix huit jours entiers règne dans ion empire.

Mais on répand bientôt qu'un gros de mécontents

Dans la forêt se rassemble et conspire.

< Aux armes! ■ dit le nouveau sire, Qui veut garder son trône et sait le prix du temps. ' Aux armes I > il commande et l'on marche aux rebelles;

Ou les disperse, on les détruit ; El par deux sangliers à sa cause fidèles Le chef de la révolte à ses pieds est conduit. < O ciell dit le captif, c'est toi, mon camaradel >

Mais le factieux couronné

He reconnaît plus son Pylade

D,niz=rtNGoO«^lc

S3f LIVRE VI.

Dans le factieux enchaîné.

( Tuez cet ours, dit-il, ce n'est (|u'un misérable, Un brouillon qui se plaît à troubler les États,

A conspirer contre les potentats. > Le captif vent répondre ; liélas l te panvre diable Meurt sans avoir compris qu'un crime impardonnable Est d'avoir écboné quand l'autre a réussi.

C'est triste, c'est honteux, impie, abominable; Mais voilà trois mille ans que dans ce monde-ci

Les choses se passent ainsi Quand il s'amendera, je brûlerai ma fable.

l'essibu mal graissk.

D'une voiture de routage.

L'essieu criait et ses cris incessants

Agaçaient les nerfs des passants ;

Rt tous tes chiens du voisinage Répondaient par des cris encor plus agaçants.

Vous savez bien que c'est l'usage Des animaux jappants et même des partants.

Un charron, dont ta route efSeurait la boutique,

Et qa'ennuyait celte musique.

Prit un pot de vieux oing, arrêta te roulier, Graissa l'essieu qui faisait ce tapage ;

Et l'essieu, cessant de crier.

Poursuivit en paix son voyage.

iz=rtNGoi.)«^lc

Que de criards devant moi sont passés.

Qu'un peu de graisse aurait fait taire!

Hais le pays n'en produit point assez ; Et la paix j serait trop chère.

LES DRDX VOYAGEURS.

Un jeune homme au pied teste, à la tète bouillante,

A l'âme avide, impatiente^ Gravissait une cAte assez rude à monter.

Un bean vieillard, au front calme et sévère,

A la démarche libre et fière.

Sans effort et sans haleter, Suivait la même route; et, malgré son grand âge. En souplesse, en vigueur semblait le disputer

A SOD compagnon de voyage.

Cependant le jeune homme, en sa fougueuse ardeur.

De ce vieillard accuse la lenteur.

Tantôt il le devance, et l'appelle et le presse. Tantôt par l'épaule et le* reins n le saisît, le pousse des deux mains, Criant : • Allons, point de mollesse.

Marchons ; avant d'atteindre au sommet du coteau nous serons tous deux au tombeau, Et j'aurai perdu ma jeunesse. »

iz^mnCoOi^Ic

Le vieillard ne s'en émeut pas.

Au jeune impadem il aurait trop à dire.

Il lai jette ud malin soui-ire,

Et va toujours du même pas.

Cependant de la côte ils atteignent le faîte. Quelque temps sur la plaine iU cheminent tous tleu^^ F.t tout en cheminant ils gagnent l'autre crête Du mont, qni désormais s'abaisse devant eux- La pente en avançant est toujours pins rapide;

Et dans nn nébuleux lointain On entrevoit comme un gouffre liquide :

Où semble finir le chemin.

Le plos jeune à présent a moins d'impatienre. Sur cette pente il voudrait retenir

Le vieillard qui toujours avance.

Dont naguère sa voix gourniandait l'indolence,

Qui maintenant semble courir.

Au-devant du vieillard le voilà qui se jette.

« Arrête, lui dit-il, arrête.

Respirons un moment; pourquoi tant se hâter?

— Qu'es-tu, dit le vieillard, pour vouloir m'arréterî

Ne vois-lu pas que c'est folie?

La route où nous marchons n'est antre que la vie.

Tu pressais mon pas à vingt ans, Et veux le ralentir quand ta tète est blanchie. Mon pas ne change point comme ta fantaisie.

Adieu, mortel, je suis le Temps. >

D,niz=rtNGoi.)«^lc

LIVKE SEPTIÈME.

FABLE PREIfllERE.

Page 1