LE SBRIN MAL ÉLEVÉ
Un jeune et beau serin, doné pr la narnre
Du plus mélodieux gosier.
Était né sous le toit d'une taveroe obscnre, Où nuit et jour chantaient et buTaient sans mesure
Tous les ivrognes du quartier.
Dieu sait ce qu'il apprit à cette belle école. De quels jolis refrains il meubla son cerveau;
La Ça ira, la Carmagnole, Et tons les airs grivois que, depuis Ramponneau, Chantaient les Porcberons, ta guinguette et la geAle,
Un cocher de bonne maison, Mab qni dans ses loisirs fréquentait ce bouchon. Des talents dn serin, qu'il admirait sans cesse,
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Entretint un jour sa maîtresse.
Elle voulat l'avoir, le paya chèrement :
Et le voilà dans nn salon charmant, Sons les barreaux vernis d'une cage dorée, An milieu d'une grave et brillante soirée.
La surprise d'abord le tient silencieux ;
Mais à la fin d'une sonate.
Mon serein se réveille, il prélude, il éclate; Et par les sons les plus harmonieux,
Le drôle entonne nn air à boire, Le plus gaillard, le plus séditieux.
Le meilleur de son répertoire.
De jeunes étourdis, la Qenr de ce salon, Répondent à cet air par un rire homérique ; Et la dame étonnée exige qu'on explique
Les paroles de la |chanson.
C'était le difficile, et chacun se récuse, Hors un vieux libertin, il en est de bon ton. Qui, tout en se couvrant de mainte et mainte excuse, De ce rire fatal lui donne la raison ; « Quelle horreur ! dit la dame, et quelle irapertiDencel Qu'on apporte à mon chat cet oiseau mal appris. — Grâce, grâce, ont crié mes jeunes étonrdb.
Du criminel révoquez ta sentence.
C'est merveilleux, c'est un oiseau de prix.
C'est le plus beau gosier des bocages de France. •
Mais la dame en ces mots leur impose silence :
,,.,,.Goo;,le
f ABtR ïV.
>■ Apprenei de moi, jeunes (jen*.
Que l'homme honnête, l'homme sage, Ne doit <fue da mépris aux pins rares talents.
Quand on en Tait mauvais nsage. > L'arrêt est dnr, mais juste ; et je ne voudrais pas
Que cette prude un peu sauvage.
Près de certains palais voués au bavardage.
Se promenât avec ses chats.
LB CORBEAU ET l'hIRONDBLLB.
Un corbeau sur nn pré rencontre une hirondelle.
Qui vers les climats du midi
Se disposait à déployer son aile;
Et d'un air mécontent il l'apostrophe ainsi :
■ Qu'as-ln (ait pour être adorée
Du peuple de cette contiée?
J'entendais tout à l'heure nn méchant pastoureau Gémir de ton départ, de la prochaine absence. Tandis qu'en ce pays déplorant ma présence.
Il m'appelait maudit corbeau.
Qu'ai-je donc de si laid? ({u'as-lu donc de si beau ?
Nous avons le même plumage.
Ta chair est aussi noire et n'est bonne pour rien. Serait-ce que ton corps est moins gros que le mien? Aimerait-on enfin ton petit bavardage?
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fti LIVRE VU.
— Frère, tu n'as point deviné,
Répond la fille de Prugné.
Sais-lu pourquoi l'on me préfère?
Cnst qu'avec moi revient le doux printempa, Que tout semble renaître, et qu'à l'homme des chimps De ses rudes travaux j'annonce le claire.
Tandis que ton retour lui prédit les frimas,
Les ouragans, la neige, la froidure, Le cbàmage si dur à qui vit de ses bras ;
Et que les hommes n'aiment pas
Les oiseaux de mauvais augure, >
LA COHVEKTIOn DES PYRENEES.
Les loups, les ours,, les sangliers, Et maint autre habitant des bois et des terriers,
Mécontents de leurs destinées.
S'étaient, dans us vallon des Hantes-Pjrénées.
Réunis en convention,
Pour changer les lois surannées.
Que, depuis la création,
L'Éternel leur avait données.
D'une commune voix d'abord furent proscrits Les temps passés et surtout leurs amis.
I Que l'avenir en rien ne leur ressemble; Proclama le congrès avec le même ensemble.
Du nouvean, du nouveau, qu'on en fasse à tout prix.
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Le principe posé, vinrent les coDséquences.
Du Douveau, c'est bien dit; maïs il faut en Irouver. Donc DOS grands novateurs se mirent à rêver.
Et tinrent nuit et jour de bruyantes séances. EDfin, après avmr longuement dis|)Uté
Sur les droits de la gent velue,
Sur sa grandeur, sa dignité.
Après d'autres débats sans but, sans gravité,
Des discours à perte de vne.
Le code suivant fui voté
Par la quadrupède cohue.
• Primo ; tout ce qui vit ayant droit d'être heureux, Fàt-on joueur, prodigue, ivrogne ou paresseux, Nons voulons qu'à jainaîs, sur les deux hémisphères,
Les animaux vivent en frères j Et leur interdisons de se manger entre eux.
Secundo : Dès janvier de l'an cinquante-deux, Devra marcher debout, sur ses pieds de derrière.
Notre famille tout entière.
Tertio ; tout ourson, marcassin, louveteau, Tout autre rejeton des races animales
t4altra sans queue et sans museau
Et sans oreilles verticales ; Et, comme Dieu lui-même est l'auteur de ces lois,
Sons peine enfin de forfaiture,
Défense est faite à la nature
De nous former comme autrefois. ■
Ce grand oeuvre achevé, l'allégresse fut grande.
L'air mugit de bravos mille fois répétés.
On dépécha de tous càtés
Des messagers de propagaadej
Et le code pyrénéen Fut applaudi, reçu, de la Crète à l'Islande, Par tous tes animaux dn monde enropéen.
Par les petits surtout, 11 fallait le» eatendre Dans leurs élans de joie et de félicité.
Les petits se font toujours prendre
A l'appât de l'égalité.
Mais qu'en arriva-t-il? l'indocile nature.
Se moquant de leurs lois, de leur illusion,
Fit, comme on dit ailleurs, de la réaction.
Nul animal ne changea de figure.
Aucun instinct, aucune passion,
Rien ne fut corrigé : tout prit la même allure.
Frère loup, comme avant, mangea frère mouton. De sœur morue et de frère saumon Frère requin fit toujours sa pâture.
Les grands réformateurs n'avaient dans leurs décrets
Oublié que les mœurs, les vœux, les caractères, Les besoins et les intérêts
De ceux dont pB<- malheur ils réglaient les affaires; El du Caucase au pays des ours blancs. De Gibraltar aux rochers des Sarmates,
Furent bernés, honnis, traités de charlatans Mes Lycurgues à quatre pattes.
On se battit un peu, mais tout reprit son cours Le bon sens ti'iomphe toujours.
D,niz=rtNGoi.)«^lc
Croire à l'impossible estsotdsel Le promettre est infâme et souvent dangereux. Mais de quel nom faut-il que je baptise Les bipèdes qui font les deux?
l'enfant et le guéridon.
it à travers les menbles d'un salon, Ud enfant étourdi, comute on l'est k cet âge.
Quoiqu'il eût l'âge de raboa, Au niveau de son nez rencontre un gaéridon, S'j heurte, jette nn cri de douleur et de rage ; Et, le traitaut de gueux, de méchant polisson. L'accusant seul de !>on imprévoyance, A coups de pieds et de bAton, Sur le meuble innocent décbalne sa vengeance.
On accourt, on s'informe; et de ce grand courroux
Croyant justifier l'absurde violence.
Il conte son malheur et redouble ses coups.
■ A qui la faute? dit la mère.
Ne le voyais-tu pas? t'est-il venu heurter? A ce choc violent se pouvait-il soustraire?
Avait-il une voix, des bras pourt'écarterî »
C'était parler en femme raisonnable^ Hais voulant du bambin ramasser le bonnet,
Elle a contra une chaise engourdi son i>oîgne(, Et se relève en la donnant au diable.
C'est que grands et petits nous nous ressemblons tous. Comme des imprudeuts nous allons devant nous ; Et si mal nous en vient, nul de nous n'est coupable. Demandez à l'auteur qui se casse le nez,
Aux cavaliers désarçonnés,
Au valet qui brise uue aiguière,
Aux entrepreneurs rainés, Au promeneur qui rencontre une pierre.
Aux ministres déchus, aux princes détrônés,
Au tribun qui les a minés, Et qui sans le vouloir les a jetés par terre. S'accusent-ils? jamais, c'est la faute du sort.
C'est ci, c'est ça, c'est Paul, c'est Pierre. Tout le monde eo est cause, eux seuls n'ont jamais tort.
FABLE VU