‹ Les fables complètesChapitre 95 sur 110 · S UVRE IX · texte numérisé non relu

S UVRE IX

Les malins disaient pour amant Un beau lion, un jeune homme charmant; Plaisir était son nom de gaerre.

La joie et le boaheur remplissaient leurs hivers.

C'étaient le jour, la nuit, dès bals et des concerts.

Puis les courses de mai, les primeurs du théâtre.

Elle 7 montait parfois ; et son monde idolâtre

Loi prodiguait les fleurs, les bravos et les vers.

On la trouvait partout où la foule se presse. Où l'on va pour se faire voir, Pour s'amnser, pour s'émouvoir,

Où du soir au matin on fait chère et liesse.

Elle courait l'été de cbAteanx en ubâteaox.

Toujours choyée et toujours bien venue.

Aux daases du village elle était asûdue, Chassait comme Diane k lasser les cbevanx.

Plaisir la promenait ainsi de iëte en fête.

Prévenait son moindre désir.

Hors les moments de sa toilette.

Elle n'avait ni repos ni loisir.

Mais à ce doux métier les mois et les années

S'écoulaient comme des journées.

Le temps s'enfuyait à grands pas;

La belle ne s'en doutait pas. Elle l'apprit un jour de son miroir perfide.

L'aspect d'un cheveu blanc et même d'une ride

Porta le trouble dans ses sens.

D,niz=rtNGoOylt'

FABLE X,l. 333

■ Ta me fais, cher ami, vieillir nn peu trop vite.

BaleDlis la marche du temps,

S 'écriai t-elle, ou je te quitte. > Sitôt dit, sitôt Tait. Un nouveau directeur Comme de son e^rit s'empara de son cceur.

Il avait l'art, il lai fit la promesse De modérer dii temps la fatale vitesse ; De le faire marcher comme marchaient jadis

Les diligences du pays.

C'était un homme grave an visage sévère, A U lèvre boudeuse, à la parole austère.

Soir et matin il lui parlait raison.

Lui contait les prix Honthion,

La chrotiiqae parlementaire,

La menait parfois au sermon, Aux concours mensuels de l'école primaire.

Lui lisait le journal, lequel? je n'en sais rien, On des romans nouveaux, mais on n'en faisait guère;

Les éditeurs ne les payaient pas bien.

H l'o«upait enfin des sobs de son ménage.

De son mari, de ses enfants.

Le temps ne marchait plus, se tratna>t à pas lenis ; Les jours étaient des mois ; les mois étaient des ans.

£n trois saisons elle perdit courage ; Et, baillant largement au nez du personnage,

L'apostrophant du nom d'ennui ,

Rompant tout à coup avec iuï, Elle alla retrouver l'ami de son jeune ige.

A quarante ans, hélas ! la mort vint l'y saisir,

D,niz=rtNGoi.)«^lc

Hais quand de ses amis la donleur impiûssante De celle mort précoce accusait le pbisir, Elle leur répondait à son dernier soupir :

• L'euDui m'eût fait mourir à trente. * La sagesse eât mieux dit, en tout conoliam :

Le plaisir, les devoirs, les fêles, les affaires. Mais la sagesse est rare et les vertus légères.

Et le plaisir bien attrayant.

FABLE XU.

LA POIRE DANS UN PLAT d'oR.

Au milieu d'un dessert artîstement mouté.

Sur un plat d'or une poire étalée , El par l'amphitrion à dessein isolée.

Faisait admirer sa beauté.

Da verger de son maître elle était la merveille ; Et chacun s'écriait, eu voyant sa grosseur ,

Sou coloris et sa fraîcheur, Qu'aucun poirier jamais n'avait fait sa pareille.

Hais dès qu'on l'eut ouverte, 6 surprisel ô stupeur ! Le dégoût, te mépris saiùrent les convives.

Un effroyable ver avait tout dévasté ;

Et sous les couleurs les plus vives.

Ce frait superbe était gâté.

Méfions-nous de l'apparence,

FABLE Xm.

Dn faste, de l'éclat, de la magnificence.

Qui suit les favoris de ce monde imposteur.

Arant de les loner, sachons s'ils en sont dignes, S'ib ont mérité leurs insignes, Et s'ils n'ont pas de ver an coeur.

FABLE xm.

LES ENFANTS KT l"aQOH.OH.

Un jonr que le foagneux, le terrible Aqnilon S'engoaffraît en hurlant dans nn étroit vallon. Une troupe d'enfantï sortis de leur école.

Eut l'étrange dessein et l'espérance folle,

Cet ftge a si pen de raison, De dompter la fureur de cet enfant d'Éole,

Les voilà donc criant, jetant à pleines mains Les mottes, les cailloux, le sable des chemins, hes fenilles dont l'automne avait couvert la terre,

Et leurs casquettes pleines d'eau Qu'ils puisaient à l'envi dans le prochain ruisseau. L'Aquilon se jouait de leur vaine colère ; Lenr rejetait au nei feuilles, sables, cailloux , Lenr aveuglait les jeux, leer inondait la face;

Mais ce troupeau de jennes fous

N'en perdait l'espoir ni l'audace.

Sur une seule ligne ils se rangèrent tons,

D,niz=rtNGoO«^lc

S'avancèrent de froni bras dessus, bras dessous, Criant au vent : recule ; et culbutés en masse, Rappelés sous leurs toits par la nuit et la faim,

Lui firent encor la menace

De revenir le lendemain.

Ils vinrent en effet et tous ceux du village ;

Mais la tempête avait cessé.

Le veat ne sonfBait plus, et n'avait pas laissé

Un vestige de son passage.

La vogue d'une opiiùon.

D'un livre, d'an auteur, d'un héros de tribune

Ont parfois la même fortune

De ce vent da septentrion.

L'arrêter dans son cours serait chose insensée :

Mais qnand cette vogue est passée.

On se demande bien souvent Ce qu'était ce héros, cel auteur, cet ouvrage;

Qui faisaient un si beau tapage,

Ce qu'Us étaient ? ce qu'est le vent,

Et l'on n'en sait pas davantage.

LB POURCEAU DE PTBBHOn ET LE CHEVAL DE BATAILLE.

Le sceptique Pyrrhon, qu'emportait sur les flots Un vaisseau toormenté par un affreux orage,

iz=rtNGooylt'

GonrmatuiUit mus pitié les pauvres matelots Que mettait en émoi la crainte du oanfrage ; Et, montrant un pourceau, qui, sans peur ni chagrin.

Dévorait en paix sa pitance, Leur disait d'imiter cette noble assurance,

Qui faisait honte au genre humain.

J'en demande pardon à la philosophie ;

PyrriioD disait une ftnerie.

Les philosophes grecs sont parfois dans ce cas : Mépriser un danger que l'on ne connaît pas.

N'est pas un acte de courage.

Celui qui le connaît et qui l'ose affronter

A seul des droits à notre hommage , Et le noble animal que je vais vous citer

Est celui qu'il faut imiter.

Près d'un cheval tué par la mitraille, Un de ses compagnons, le harnais sur le dos.

Pendant une grande bataille,

Prenait un moment de repos.

« N(^le victime de la guerre,

Pauvre ami, disait-il à ce corps sans chaleur,

Je t'ai vu ce malin plein de vie et d'ardeur.

Et te voilà gisant snr cette froide terre ; >

Et tout à coup se repliant en soi,

< Dans une heure, un instant peut-être.

Pauvre ami, pensait-il, je serai comme toi. >

Il se rappelle alors les lieux qui l'ont vu naitre,

D,niz=rtNGoO«^lc

Les prés fleuris qa'aatrefois il bronUit; £t rétable qui t'abnUit De l'orage et de la froidure, Et la mère qoi l'allaitait, Et la cavale aimée et qui sur la verdnre.

Dans son jeune igeavec lui s'ébattait; Et sans doute il tes regrettait.

Hais le son du clairon a frappé son oreille.

Son front s'est relevé, son ardeur se réveille. Des accents belliqueux lui font tout ooblier. Au milieu de la foule au carnage animée , Parmi les feux croisés de l'une et l'autre armée ,

Il emporte son cavalier,

nien ne l'arrête ni l'étonné, Ni le cris des blessés, les plaintes des mourants.

Ni le salpêtre qui détonne,

Mi le sang qui coule à torrents;

Il ne songe qu'à la victoire.

Et û devant ses yeux la mort venait s'offrir, H oe songerait plus qu'à tomber avec gloire.

Le pourceau de Fyrrhon n'aurait songé qu'à fuir-.

Et sans égard pour son système.

Le sceptique aurait fait de même.

FABLE XV

l'huilier CA88B.

Renversé par un chat dn haut d'une ubiette, Un huilier fut mis ea morceaux:

Et l'huile et le vinaigre, en deux petits ruisseaux,

S'échappèrent soudain de la donble barette.

En un clin d'œil de tons côtés sortis,

Mouches, pucerons et fourmis

Couvrirent par milliers la moindre goutte d'huile.

En moins d'une minute on les comptait par mille;

Et ceux que le vinaigre atteignait par hasard. Se mettaient bien vile à l'écart.

Chefs de corps, d'ateUer, de famille, ou d'empire, Vonlei-vous des amis, retenez ma leçon.

Vous voyez ce qui les attire.

Ne vous trompez pas de flacon.

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