LE LION, LE CHIEN ET LES REITARDB
D'un lion de l'Atlas, héritier de son père,
Oa célébrait l'avénemenE ; £t ses henreux sujets, comme font d'ordinaire
Tons les bons peuples de la terre.
Étaient dans le ravissement.
On distinguait surtout dans la suite royale, Des renards fort bruyants, qui lassaient les échos
De leurs vivats, de lenrs bravos.
1>ur fol enihoQsiasme était même un scandale.
Mais de leur bruyante gatté
Leur nouveau maître était flatté.
Il sonnait à leurs gambades,
Y voyait des preuves d'amour}
Et leur envoyait en retour
Les plos amicales oeillades.
Un chien suivait en paix, heureux à sa façon. De son conienlement faisait peu d'étalage, Et des renards parfois condamnait le tapage.
Mais il ne rencontrùt dans les yeux du lion Quedndépit et delarage.
Vous devinez que, grâce au bon plaisir.
Chaque jour des renards vit croître la fortune. Hais tout ce qui commence est sujet à finir;
kCoo'^Ic
Et les rois sont soumis à cette loi coinmnne.
Tahrége mon histoire et cours au dénoAment.
Par le plomb d'un chassear blessé mortellenient.
Mon lion à la nuit dut une benre de vie.
Et put dans les forëts.cacher son agonie.
Qui le suivit? les renards? non, vraiment ; Ils allaient étourdir d« leur bruyant hommige Le futur possesseur àa royal héritage :
C'était le pauvre chien qu'à son dernier moment Le lion rougissait d'avoir pu méconnaître.
• Pardonne, disait-il, à ton injuste œdtre.
Je te jure, si j'en reviens.
Que tn seras comblé de faveurs et de biens. ■ L'aurait-il fait s'il eût vécu? peut-être :
Mais le hoQ cbien n'y pensait pas, 11 répondait en léchant la blessure.
L'amitié, qu'on affiche avec tant de fracas '
Pour les grands et les potentats,
!4'est ni bien franche ni bien sAre.
LBS DEUX POULETS.
Deux poulets dans un champ paissaient de compagnie ;
L'un ^tait blanc, l'autre était gris.
Le blanc trouvait partout au gré de son envie
Des grains de mil, de chénevîs.
D,niz=rtNGoOylt'
Le gris ne trouvait rien, grattait ea vain la terre, Rien ne s'offrait à lai poor remplir son gosier.
C'était pîiié, le pauvre hère
Ne becquetait que du gravier.
Pendant ce temps vint un orage.
Ils s'enruirent tous deux pour chercher nn abri. AncuD grêlon da blanc n'effleura le plumage; De la queue an poitrail le gris en fut metirtri.
Un grand fossé lenr barrait le passage.
Ils durent le franchir, ce n'était pas nouveau. Leur aile était mouillée, ils tombèrent dans l'eau, Mais le blanc par des joncs fut sauvé du naufraget Le gris y trouva son tombeau.
Était-il maladroit? non, c'était le caprice Du sort qui mène ainsi les choses d'ici-bas.
Le blanc était heureux, le gris ne l'était pas. Le monde en ses arrêts n'a pas d'antre justice.
L£ CHIEN SB TXRRS-HXirVB BT I.B ROQUET.
Un chien de Terre-Neuve à la forte encolure, Hais que, malgré sa taille, à toute heure on citait
Pour sa débonnaire nature, S'était pris d'amitié pour un jeune rotfuet.
D,niz=rtNGoO«^lc
Ils étaient commensaux «3e la mënoe caiHoe;
Mangeaient à la même terrine, Et le même chenil tons denz les abritait.
Un caprice de gourmandise
Vint troubler leurs félicités.
Panni les rogatons à leur faim présentés
Se trouvait une friandise, Et sans trop 7 songer, le gros chien l'avait prise. Le roquet se fâcha, grogna, montra les dents. Sauta même au maseau de son grand camarade.
Qui, surpris, indigné, d'une telle incartade, Fond sur lui, le terrasse, et, les regards ardents.
Ouvrant une gueule effroyable.
De ses crocs acérés menace le coupable.
Mais le voyant si faible et surtout si tremblant. Soit pitié, soit mépris, il redent sa colère.
Et ramenant ses pattes en arrière.
Le fait rouler dans l'àtre et s'éloigne en grognant. Notre pauvre roquet, henreux d'en être quitte ,
Rougit bientôt de sa conduite.
n suivit à pas lents son ami courroucé.
Le regard suppliant, le corps tout ramassé.
Cherchant à ranimer un reste de tendresse ,
Il risqua même une caresse.
Et trois ou quatre fois il se vit repoussé.
Le chenil fraternel, la terrine commune, Tout lui fut interdit, tout jusqu'à la maison.
De mon gros chien l'intraiuble rancune n'y voyait qu'nn ingrat indigne de pardon.
Son terrible regard le tenait à distance.
Cela dura longtemps j le roquet en perdit
Et le sommeil et l'appétit.
Autour de la maison rôdait en silence.
Accablé de son repentir, Jurant cent et cent fois de n'y plus revenir. Si son ami jamais oubliait cette offense.
C'est un fardeau lourd a traîner
Que le souvenir d'une faute.
Mais il est pour les grands une vertu plus haute, C'est de croire au remords et de lui pardonner. C'est ce que fit mon chien, je le dis à sa gloire. Je n'aurais sans cela pu me déterminer
A vous raconter son histoire.
FABLE XX
LE SINGE DE I-'aNTIOTA
Un singe avait pour maître nn savant antiquaire,
Qui, de tous les coins de la terre.
Avait dans son musée à grands frais amassé
Des reUqnes du temps passé, Des défroques des rois, des vases, des armures,
D,niz=rtNGoO«^lc
346 UVKE IX.
Des cercueils de Memphis, dts bronzes, des tableaux. Et parmi ces trésors de diverses natures.
Ou vantait surtout les coiffures Dont s'étaient abrités vingt illustres cerveaux.
Sar les pas de son maître entré dans ce mnsée. Mon singe prit un casque à visière brisée, Qu'au grand jour de Ravenne avait porté Bayard. Et le voilà faisant le diable à quatre, Jurant, sacrant, n'aspirant qu'à se battre, Criant -. meurs, pille, tue, et frappant au hasard . Le savant s'ennuya bientôt de ce tapage.
Et, du casque fatal lui déponillant le front. D'un tricorne à grands bords coiffa le rodomont. Mon singe prend alors l'air d'nn saint personnage, Le cou tors, l'œil baissé, le regard patelin ; Mais à l'aspect d'un portrait de Calvin, Il recule d'horreur, pousse des cris de rage. Appelle des archers, des bourreaux, et pourquoi? C'est que le vieux tricorne était an héritage Du jésuite Tellier, confesseur du grand roi.
Aux cris de l'antiquaire, il le jette à la hâte.
Mais il prend par malheur la toque d'avocat.
Que portait à Clermont le célèbre Domat,
Et parle, parle, parle à se rompre la rate.
Puis croyant la remettre en son premier état,
Il ceint au lien de toque un bramet écarlate.
Le maladroit ! C'était le bonnet de Harat.
Dans les rois et les grands il ne voit qne des traiires,
D,niz=rtNGoOylt'
Dévoue à l'écharaad les riches et les prêtres. ' Cne à l'aristocrate, an suspect, au brigaDd, Au réfractaire, à l'émigrant.
HoD savant cette fois eu perdît patience.
Saisit un bonnet de coton.
Pris sur Jacques Bonhomme, au pied de sa potence En couvrit du braillard la nnqne et le menton ; Et le singe endormi fut réduit au silence.
Tons qu'ont endoctrinés ou Gall ou Lavater, Qui jugez les humains de ce siècle de fer
Par le cr&ne et par la 6gnre , Qui rejetez nos mceurs et nos défanls Sur l'éducation, l'exemple on la nature,
Tos jugements portent à faux.
Tout dépend de notre coiffure.
LA GUSPB ET 1^
Dans un lac par les vents une guêpe emportée - Se noyait, quand du sein des flots, Une grenouille remontée,
La sauva du naufrage en lui prêtant son dos.
La guêpe en peu de temps ayant séché ses ailes.
S'envola dans les airs, mais avant son départ,
iz=rtNGoi.)«^lc
Au dos de la grenouille elle enfouça son dard.
Les méchânis sont toujours à leurs instincts fidèles.
Punissez, pardonnez, vous n'y gagnerez rien.
Au bien-être de tous, leur bonheur est contraire, Et si parfois quelque regret l'altère,
C'est moins un retour vers le bien,
Que l'impuissance de mal faire.
FABLE PREMIERE
LE CHIEN QUI CHERCHE tlN AHl.
Un chien courant, à qui pendant ^x mois,
Un décret venait d'interdire Le passe-temps des chiens, des oisifs et des rois, Le barbare plaisir de troubler, de détrnire Les h6tes des forêts, des étangs et des Itoisi
Fnt bientôt las de ne rien faire.
Et pressé par l'ennui, se mit à faire choix
D'un ami qui pût le distraire.
Un basset son voisin fut choisi le premier ; Hais son ventre rampant, ses jambes mal tournées, Lui déplurent si fort, qu'en moins de deux journées, 11 le quitta pour prendre un lévrier.
Celui-ci dura davantage.
Il était leste, gai, comme on l'est au jeune âge; Mais il était gourmand, sans égard pour antrui; Et les meilleurs morceaux éiaienl toujours pour lui.
Ce défaut causa sa disgrâce :
Et d'autres tour à tour vinrent prendre sa place.
iz^mnCoOi^Ic
De belles qualités chacnn était pourvu;
Mais nul n'était exempt de vice ou de foiblesse.
Le braque éuit trop étourdi;
Et l'épagneul trop réfléchi ;
Le roquet querellait sans cesse; Et dans soo fol espoir toujours déconcerté.
Mou chien, ne Sachant plus oil placer sa tendresse, Regagnait son chenil, le cœur fort attristé, Quand un dogue à son tour s'offrit sur son passage.
Mais c'était un rustre, un sauvage.
Disant aux gens leur fait sans nul ménagement. ■ Gardez votre amitié, lui dit-il brusquement.
Vous êtes par trop difficile.
S'il TOUS faut un ami qui soit parfait en tout, Parconrei l'univers de l'un à l'autre bout; . Vous ferez, monseigneur, un voyage inutile. >
Le dogue avait cent fois raison.
Et mon chien méritait cette verte leçon.
Cet argument est sans répUque.
Si, pour tous les besoins que le ciel nouâ a faits
Nous ne voulions que des êtres parfaits, Nous n'aurions eu ce monde ami ni domestique.
FABLE ÏI.