‹ Les fables complètesChapitre 98 sur 110 · LE LION ET LS LÉOPAHD · texte numérisé non relu

LE LION ET LS LÉOPAHD

Un lion, souveraÎD d'nn canion de IJbye;

Ent im matin la fantaisie De conrir le pays pour se désennuyer ; Et, eiÙTÎ de sa cour, prit un étroit sentier,

Dont il ignorait l'étendue.

Les sombres détours et l'issue.

Il a*ait pour ministre un jeune léopard,

Qui, plein de tendresse et de zèle, L'atertissait de tout en serviteur fidèle.

> Cher sire, lui dit-il, en le prenant à part. Cette forêt n'est pas très-sûre. Je crains que sou» sa voûte obscure, Elle ne cache un traquenard.

Vous anriez tort d'en courir l'aventure.

— Tu n'es qu'un poltron, dit le roi.

La peur te dicte ce langage.

Te crois-tu plus sage que moi?

— Non, sire, mais.. . . — Je ferai ce voyage. Je le veux; si tu crains, reste, j'irai sans toi. > Le léopard suivit son maître sans rien dire.

En le quittant il eût cru le trahir;

Mais à cent pas de là se devait accomplir

Ce qu'il venait de lui prédire.

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Dans un large fossé sur son cherain ouvert.

Et de branchages rcconvert, Le sire alla tomber la tête la première.

Le léopard, qui, pour le retenir, L'avait avec ses dents saisi par la crinière,

Après lui se vît engloutir.

" Cher œaitre, criait-il, pourquoi ne pas me croire? — Traître, répond alors le lion courroucé, Tu connaissais trop bien ce malheureux fossé, . Pour n'être pas l'auteur d'une trame aussi noire. > Le reproche est étrange et sent la déraison.

Hais on a tu des rois de cette espèce.

Us accusaient de trahison

Ceux qui leur prêchaient la sagesse;

Et quand de leur aveuglement Sur leurs troues brisés on déplorait les suites. Ils s'en prenaient dans leur ressenti nient

A ceux qui les avaient prédîtes.

Ll LEZARD GRIS BT LE CHATEAU.

Un château tombait en ruine.

Et par ses craquements surpris, épouvantés, Les maîtres, les valets fuyaient de tous côtés. Les chats même, les chats désertaient la cuisÎDe.

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Un d'eux, qui sur son toit jette un dernier regard, Avise contre un mur un paisible lézard Qui chauffait au soleil sa grise et longue échine ; ■ Allons, dit-il, allons, il faut jouer des pieds. Viens tite, vois-tu pas quel danger te menace. » Et par les cris du chat avertis, effrayés.

Deux lézardeanx déjà s'élançaient sur sa trace. Mais le père lézard, plus calme et plus instruit, Les retient, les rassure, et gagnant la crevasse. Qui dam les mauvais temps leur servait de réduit, « Restez-ici, dit-il, bornez-vous à les plaindre.

Leur malheur ne peut vous atteindre ; 11 leur faut la pâtée ou des os à ronger.

Un fover pour l'hiver, un chenil où loger.

Us dépendent d'uD maître et sont forcés de suivre

Le cuisinier qui les fait vivre.

Tout vous offre en ces Heux des vivres, des abris. *

La nature y pourvoit comme une bonne mère.

Laissez crouler ces murs, vous n'y ponvez rien faire. Nous paissions autour d'eux, paissons sur leurs débris. ■

Pendant qu'il les prêchait, dans des flots de poussière, Avec un grand fracas s'abîma le château, Et te danger passé, quittant sa Iczardière, Mon repdie en passant avale un vermisseau ; Sur les murs écroulés monte de pierre en pierre , Et tendant comme avant son échine au soleil.

Reprend son calme et son sommeil.

Est-ce égoïsme? non : est-ce philos<^hie?

Je le crois, car en6a ce qu'il a lui snfEl.

n plaint les malheureux, tl mécoanaic l'envie.

Les voisins des châteaux n'ont pas tous cet esprit.

Hais le moriel qui de rien ne s'étonne.

Qui cherche et trouve à point son modeste repas, Qui, sans rien envier, n'a besoin de personne, Est le pins fortuné des êtres d'ici-bas.

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t KPKRVIEHS, LFS FAUCONS ET LES R&MIERS.

Vers le Cantal ou la l^zère.

Le nom du pays n'y fait guère.

Les éperviers et les faucons Se faisaient une rude guerre; Et les autres obeaux, qui peuplaient ces canlons. Des deux partis et de leurs crimes Étaient les premières victimes.

Un beau matin sur un camp de ramiers.

S'abattirent deux éperviers. ■ Qu'on nous donne à dîner, > dirent^lls; et de suite

Avant qu'on eût délibéré, Deux ramiers, égorgés par leur bec acéré Avaient payé leur fatale visite.

K Ce n'est pas tout, direni-ils en partant, Les faucons vont venir en demander autant.

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Ne leur accordez rien, ce soDt nos adversaires.

Si TOUS leur donnez à manger, Vons serez à nos yeux des traîtres, des faux frères ; Et de vos trahisons nous saurons uous veuger. *

Survinrent les faucons ; mais comment s'en défendre? Les ramiers, on le sait, ne sont pas des héros.

A la force il fallut se rendre ; Et se laisser manger la plume sur le dos.

Et quand dans le pays les éperviers feutrèrent, Sur leur faiblesse en vain les ramiers s'excusèrent;

Il n'eu demeura que les os.

Tel est le triste sort des hommes pacifiques, Qui, par les factions se laissant exploiter.

Dans nos querelles domestiques, N'ont jamais su s'entendre et se compter.

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