LE COQ ET LE RENARD (II
Le gopil passa desouz un roche, si garda aiiioiit e vist un columbe seer en haut, vers ki le gopil dit : « Moût plus beal vous serreit ici aval entre les bestes giwer en la lande, qe de seer amont entre les freides pierres. — « Veire, » fet l'autre « vous ne estez pas touz mes frères, ne jeo ne m'affye pas en vous. — Si poez » dit le gopil « tut sûrement : les lettres sont venuz de la court le roy qe touz serroms de un acord, e nul nefra grevance a autre desornemès. » A ceo vyntun chivaler od quatre levererzsuantz. « A Dieu ! » fit le gopil al columbe, « jeo prent mon congé de vous, beal cosyn, jeo ne ose plus demorir. — Si frez, » dit-il, » ils sont nos frères ; pensez de ce final acord fet entre nos bestez. — Nanil » dit le gopil, « jeo ne sui pas certeyn qe les chienz ont veu les lettres, quar ils sont envions ».
(Nicole Bozon, Colites moralises, 84, A. T.)
Cette fable comme on le voit, ne diffère guère dans l'ensemble de celle de La Fontaine :
Le renard par bois errant
Va querant Pour sa dent tendre pasture, Et si loin en la lin va,
Qu'il trouva Le coq par mésaventure.
Le coq de grand peur qu'il a S'envola
Riir une ente h;mto et belle Disant que maistrc renard
N'a pas l'art De monter dessus icelle.
Le renard qui l'entendit
Lui a dit Pour mieux couvrir sa l'allace :
« Dieu te garde, ami très cher !
ïe chercher Suis venu en ceste place.
Pour te raconter un cas
Dont tu n'as Encore la connoissance; C'est que tous les animaux,
Laids et beaux Ont fait entre eux alliance.
Toute guerre cessera ;
Ne sera Plus entre eux fraude maline ; Seurement pourra aller
Et parler Avecque moi la geline.
De bestes un million
Le lion Mené ja par la campagne ; La brebis avec le loup
A ce coup Sans nul danger s'accompagne.
Tu pourras voir ici bas
Grand esbats Desmener chascune beste ; Descendre donc il te faut
De la haut Pour solemniser la feste. »
Or fut le coq bien subtil :
« J'ai, dit-il, Grande joi' d'une paix telle, Et je te remerci' bien
Du grand bien D'une si bonne nouvelle. »
Cela dit, vient commencer
A hausser Son col et sa creste rouge, Et son regard il espard
Mainte part, Sans que de son lieu ne bouge.
Puis dit : « j'entends par les bois
Les abbois De trois chiens qui cherchent proie.
Ho ! compère, je les voi
Près de toi ; Va avec eux par la voie.
— Oli ! non ; car ceux-ci n'ont pas
kScou le cas Tout ainsi comme il se passe Dit le renard ; je m'en vas
Tout la bas De peur que n'aye la chasse.
Ainsi fut, par un plus tin,
Mise a fm Du subtil renard la ruse.
Qui ne veut estre deceu
A son sceu, D'un tel engin faut qu'il use.
(François Habert, 1520-1569.)