LA CHATTE MÉTAMORPHOSÉE EN FEMME (II
Cet apologue est ainsi raconté par Guillaume Tardif, qui ne fait que traduire, librement, à sa manière, Laurent Valla.
« Ung jeune jouvenceau, de esquise forme et speciosité, avait en sa maison entre autres choses une très belle et plaisante chate. Iceluy jouvenceau, considérant la beauté de la dicte chate, disoit à soy mesmes : « Je vouldroyeque j'eusse une aussi belle femme que tu es belle chate, » et luy estant en ceste penser et ardeur de luxure, fist une prière a la déesse Venus, mère de Cupido. dieu d"Amors, qu'il lui pleust muer sa dicte chate en une belle jeune pucelle affin qu'il peust avoir sa compaignie et estai ndre l'ardeur dessus dicte. La déesse eut pitié de lui et exaulsa sa prière en muant la dicte chate en une très belle et bien formée pucelle, et ce fait, le dict jouvenceau, rempli du feu de charnelle concupiscence pour raison de la beaulté de la pucelle nouvellement transformée, print icelle pucelle, et la mena en sa chambre pour en faire son plaisir. La dessus dicte déesse Venus, voulant esprouver se la dicte chate avoit mué ses mœurs et conditions en la dessus dicte transformation et mutation corporelle, layssa aller une souris au milieu de la chambre en laquelle le dit jouvenceau et pucelle estoient couchées, et tantost la dicte pucelle, non recordant de sa mutation, de son amy et de ceux qu estoient presens se leva soudainement du lit et se prit a cliacer et pour-;
|)K LA FONTAINK 41
suivir la dicte souris, espérant la manger si par adventure elle l'eut pu prendre. Et ce voyant la dessus dicte déesse Venus et que la dicte pucelle n'avoit point changé ne perdu sa nature ferine, bestiale et ravissable, comme toute irritée la remist et restitua en sa première nature de chate, car elle n'avoit pas gardé les propriétés de nature humaine ne d'une femme raisonnable ».
{Apol. de Laurent Valla, 152, Marchessou.)
Il va sans dire que la morale est, en d'autres termes, celle de La Fontaine. Noël du Fail a traité le même sujet en quelques lignes :
« Quelques singes, par le commandement d'un roi egyptiac, ont été appris à voltiger, baller et à toutes façons de soubresauts instruits tellement qu'en rien ne ressemldaient l'idée de leur premier animant: toutefois leur étant jetées quelques noix par la salle tournant leur robe, coururent a ce que nature, n'avoit voulu qu'ils ouljiiassent. Même apologue d'une chatte, qui fut longuement chambrière de Venus ; mais ayant aperçu une souris, qui fretilloit je ne sais quoi, changeant son service a une prompte etallegre course, la grippa. Ceci nous admoneste qu'il ne se fault oublier d'estre homme, et cuider qu'en changeant notre façon de faire le plus souvent a une plus dépravée, nous devenions plus sages ». {Baiivernerics, 98, Guichard.)