LE GEA.I PARÉ DES PLUMES DU PAON (IV
On peut comparer à cette fable le Dit de la Corneille :
Voulez oïr merveille Que fist une corneille ?
Qui de chascun oisel Qu'ele vit gent et bel La plume concueilli Dont ele se vesti.
Quant el fu conreee Vestue et atournee Si commença ainsi A mener grant nobli.
Li oisel, quant le sorent Consentir ne le porent.
Lor consille assemblèrent, Et entr'eus porparlerent Que chascuns li todroit Les plumes qu'ele avoit.
Si com l'ont dit l'ont fait :
Chascuns sa plume en trait.
Quant toutes ot perdues Les plumes qu'ot eues Et nue s'esgarda.
Triste fu, si penssa Que le pris qu'ele avoit N'iert mie siens par droit.
Geste fable est petite :
Por cest exemple est dite Que pour nul vestement
Ne se devroieiitgent L'uns vers l'autre orgueillir Ne pour dras ennoblir.
(P. Meyer, Recueil, 355.)
Vous ressemblez au gay qu'Esope le bossu Produit estant d'un pan des plumes revestu ; Mais ce fut bien le pis., car, estant recogneu, 11 fut crié, mocqué et d'un chacun battu.
{Discours de deux fripiers, Var. hist. et litt., V, 195.)
Dans Jehan de Brie c'est le corbean qui est le héros de l'aventure:
Telle gens ainsi fourrez et emplumez, pour monstrer leur renardie, peult-on figurer au corbeau qui emprunte estranges plumes pour aller a une assemblée, et pour ce n'en fut-il oncques meilleur ni plus saige. Et quand il eut rendu ses plumes, comme dit Ovide, il demourra noir et sale, selon sa première nature.
(Le boa berger j li, Liseux.)
Un jour je leu dans un livre estimé Qu'un asne fut autrefois diffamé Et d'un baston eut l'echine battue, Pour du lion avoir la peau vêtue :
Et qu'un oiseau, dont je ne sçay le nom, Perdit aussi son honneur, son renom.
Pour avoir pris des autres le plumage, Qui, se trouvaut vestu do leur pauage.
Eu uu banquet de mille oiseaux divers, Le pelaudantz a tort et a travers, Tous d'un accort bien tost le déplumèrent, Et chacun d'eux leurs plumes remportèrent : Ce que pensant en moy, j'ay fait serment De ne changer jamais mon vestement.
(Vauq. de La Fresnaye, Sat. Françaises, l, 216, Travers.)
« Parmy les fables des anciens poètes j'ay leu qu'une corneille se voyant esclose toute nue et sortie de la cocque sans plumes, eut tant de honte qu'elle s'en alla emprunter les plus belles plumes de chaque oyseau qu'elle peut rencontrer en particulier ; mais la malheureuse oubliant sa naturelle nudité, se mira dans toutes ces despouilles estrangeres avec tant de complaisance et de vanité, que l'orgueil luy enflant le courage, mesprisa tost après les parures naturelles des autres oyseaux du ciel. Et ceux-cy la voyant glorieusement piaffer, résolurent de punir sa témérité, et un chacun reprenant ses plumes, elle demeura toute nue, et avec la même laideur et turpitude qu'elle avoit en sa naissance »,
L'auteur de cette fable ainsi arrangée à sa mode tire cette moralité ; « Une femme mondaine est proprement une corneille, qui s'en va piaffant, entretenant ses vanités avec des plumes
empruntées et prises dans le large sein de la nature ».( Jacques Olivier, Alphabet de l'imperfection et malice des femmes, 246, édit. 1876. — La l""-^ édition de ce singulier ouvrage est de 1617J
Baïf a traité longuement le même sujet. Au lieu du Geai c'est le choucas qui se pare des plumes d'autrui.
Au temps jadis les oy seaux demandèrent,
D'avoir un roy, puis entr'eux accordèrent
Pour commander d'eslire cet oyseau
Que Jupiter jugeroit le plus beau.
Ains que venir au lieu de l'assemblée
Tous les oyseaux vont a l'eau non troublée
Des ruisselets se mirer et baigner,
Et leur pennage agenser et pignier.
Le noirchucas, qui n'a point d'espérance.
Va cauteleux loing aval des ruisseaux,
Sur qui flotoyent les pennes des oyseaux,
Qui au dessus s'eplumoyent. Par malice
Va s'embellir d'un nouvel artifice.
En lieu secret, en un vallon ombreux,
Dans le courant, qui n'était guère creux,
Sur un caillou s'assiet et au passage
Gruette et retient le plus beau du pennage
De tous oyseaux^ qui plus haut se lavoyent.
Près des surgeons d'où les eaux derivoyent :
Prend le plus beau, plume a plume le trie
Avec le bec ouvrier s'en approprie.
Le joint, l'ordonne, et l'accoustre si bien
Que d'arrivée il semble du tout sien.
DK LA FONTAINE 07
Le clioncas « ainsi vestii de plumes ompruntées » paraît devant Jnpiter et toute la raee des oiseaux. Le Dieu allait le déclarer roi de la gent ailée « sans la clievêclie » :
Elle qui ne se fie En ses bons yeux et ne se glorifie En sa beauté, s'approche du chucas.
L'éplucha bien : 0 le merveilleux cas ! Elle aperçoit la plume qui est sienne, Crie et la prend :« chacun de vous s'en vienne A ce larron, chacun recognoistra Ce qui est sien, le beau roy devestra De sa beauté». La chevêche escoutee A grand risée a ce peuple aprestee.
Chacun y vient, sa plume reconoest, Du bec la tire, et le chucas devest.
Le fin larron, despouillé du panage Qu'il ha d'autruy par la chevêche sage, De tout honneur demeura dénué, Et son orgueil en mépris fut mué.
(Baïf, Pocs. choisies, 286, Becq de Feuquières.)
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