‹ Les fables de La FontaineChapitre 46 sur 79 · LE COCHET. LE CHAT ET LE SOURICEAU (VI · texte numérisé non relu

LE COCHET. LE CHAT ET LE SOURICEAU (VI

Oïl ne compai'ora pas sans plaisir à la f[il)le de La Fontaine V Apologue d\uie souris et de ses petits sourichons, édité dans le Recueil de poésies françaises des xy'^et xxi'' siècles, t . VII, 104. C'est une pièce qui fait partie du plaisant bnvtehors d'oijsiceté, dont Tauteur est inconnu.

Pendant le temps que les sourys avoyent

Entendement et que parler sçavoyent,

Il est escheu qu'aucune d'adventure

A ses petits sourichons leur pasture

Alla chercher ; mais, premier que partir^

Elle leur a dit qu'après son départir

(Ihacun d'iceulx eut bien a se garder

En son absence, aussi a regarder

Ceux notamment qui pouri-oyent survenir

Enimy la chambre, ou aller et venir,

A celle fin de tout entièrement

Luy racompter la ou premièrement

Elle serait de retour, ce que faire

Luy ont promis et d'entendre à l'affaire,

Et sur ce point elle s'est départie.

Mais pas si tost elle n'a esté partie

Qu'entrer ne soit aucun glorieux coq,

Qui, en entrant, chanta coquerycoq

A haute voix, espanissant ses ailes.

Semblant vouloir perdre tous ceux et celles

Qu'il trouveroiten savoye, par quoy

Ces sourichons ont eu, chacun en soy.

Très grand frayeur, pensant, a vray parler,

Que cestuy coq les deust tous avaller.

Or, ce pendant qu'ils craignoyent tellement

Voicy venir un chat tout l)ellement

Qui enti'e encor dedans ce mesme lieu

Voire a l'escart, enfaignant prier Dieu,

Ainsi comment un bon et sainct hermite

Tant scauroit l)ien faire la chattemite.

Les sourichons, voyans par un pertuis

Le chat ainsi debout derrière l'huys,

Furent quasi tous prests d'eux transporter

Par devers luy pour la reconforter

Et luy donner le bonjour ; mais, par crainte

Qu'avoyent iceulx que le coqn'eust attainte

Dessus leur corps pour les ravir et prendre,

Hz n'ont osé cestuy cas entreprendre ;

Par quoy se sont en leur nid tenus clos

Jusques a tant que fussent hors l'enclos

De ceste chambre et coq et chat tous deux

A donc yssus et loing séparez d'eux.

Ce temps pendant la mère est revenue,

Dont fort joyeux furent de sa venue

Ses sourichons, lesquels lui ont compté

Qu'ils avoyent veu ung grand oyseau monté

Sur ses ergots, jettant cry si horrible

Qu'ils pensoyent tous, tant estoyent esperdus

Et eflfroyez, à l'heure estre perdus ;

Mais luy ont dit aussi, touchant le reste

Qu'ils avoyent veu une autre simple beste

Derrière l'huys, laquelle sembloit estre

Douce etdevote, et en rien s'entremettre

De vouloir mal a personne, par quoy,

Si n'eust esté la grande crainte et eifroy

Oui les tenoit, eussent esté vers elle

Tant leur sembloit amyable et belle.

Quand ceste mère eust ouy référer

Iceulx propos, adonc, sans différer,

Elle a inquis ses petits seuUement

De quelle sorte estoit l'habillement

De ceste beste ; a quoy les sourichons

Ont respondu que c'estoient gris plichons.

Ce qu'entendant la souris peust redire :

« 0 mes enfans, pour au vray vous le dire

« Et vous narrer le sujet et le point,

« Croyez d'un cas qu'au monde n'avez point

« Pire ennemy que ceste fausse beste ;

« Combien qu'el semble estre simple et modeste,

« Douce et dévote et en nul mal incline,

« Ce néant moins icelle est très maligne

« Et ne prétend qu'a vous perdre et destruire,

« Dont en tout lieu il vous laconvieût fuyre ».

LE VIEILLARD ET l'aNE (VI, 8).

V. 15. — Notre ennemi, c'est nostre maître : Je vous le dis en bon français.

Joubert a fait sur ces deux vers des réflexions très fines et très judicieuses. C'est une réfutation anticipée de la conférence de M. Grouslé, citée par les éditeurs.

« — Il n'est pas bon, dit-il, de donner à certains mots une valeur qu'ils n'ont pas, et un sens qu'ils ne sauraient avoir, comme on l'a fait récemment du vers de La Fontaine :

Notre ennemi, c'est notre maître,

En disant de Louis XIV :

Il craint même, étrange faiblesse !

L'Homère du peuple bêlant, Et mon La Fontaine le blesse D'un mot de son âne parlant.

La fable de l'âne et du vieillard est plus ancienne que l'histoire Il ne nous parait pas

probable que Louis XIV en ait eu peur, et que le naïf La Fontaine ait fait trembler ce monarque pour un vers mal interprété, lui qui ne put fâcher personne lorsqu'il le voulut faire, et qui, malgré les trois querelles célèbres dans sa vie, n'eut jamais un seul ennemi qui ne

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l'appelât le bonhomme, même après qu'il s'était vengé.... On dénigre l'enfant des Muses.

Un enfant des neuf sœurs à la barbe grise.

Quand pour lui faire honneur, sans doute mais à tort et à contre-temps, on l'érigé ainsi tout à coup en épouvantait politique. On dégrade un monarque illustre en le frappant d'un tel effroi. On déguise l'esprit du temps, et on le fait méconnaître, lorsqu'on place sous un tel règne de pareils effarouchements. Le mot de l'âne n'attaque pas les empereurs plus que les pâtres, et les roisplusque les meuniers. En se l'appliquant à lui seul, Louis XIV eut commis une usurpation dont son grand sens le rendit toujours incapable. Tous les âniers de son royaume y avaient autant de droit que lui; il tombe sur tout ce qui est maître, et qui ne l'est pas en ce monde? La Fontaine fut, de tous les hommes de son temps, le moins enclin à tout attentat, même indirect contre la majesté royale

Une songeait qu'à exprimer l'utile et l'agréable, sans aucune application directe.Lefablier se couvrit de ses fleurs, exhala ses parfums, et porta ses fruits, sans blesser jamais d'aucune épine les mains qui s'empressaient à les cueillir ». rJoubert, Pensées II, .379, Didier.)

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