‹ Les fables de La FontaineChapitre 47 sur 79 · LE VILLAGEOIS ET LE SERPENT (YI · texte numérisé non relu

LE VILLAGEOIS ET LE SERPENT (YI

J'ay leu et veu une moralité Ou cliascuns puet assez avoir advis, G'uns paisans qui, par nécessité Cavoit terre, trouva un serpent bis Ainsis que mort, et adonques l'a pris Et l'apporta, en son celier Testent ; La fut de lui peus, chaufez, nourris ; Mais on rent mal en lieu de bien souvent.

Car li serpens plein de desloyauté,

Roussiaulx et fel, quant il se voit garis,

Au pàisant a son venin getté.

Par lui li fut mal pour bien remeris.

Par bien faire est li povres homs péris

Qui par pitié ot nourri le serpent ;

Moult de gens sont, pour bien faire, honnis

Mais on rent mal en lieu de bien souvent .

(Eust. Deschamps, I, 120, A. T.)

Fr. Perrin fait suivre cette fable d^une moralité assez originale :

Un villageois trouvant sur le chemin Une couleuvre à grands coups abatue, Va recueillir ceste beste tortue Et doucement la reschauffe en son sein.

Puis il au feu la frotte de sa main, Tant que bien tost elle fust revenue.

L'ingrate après en sifflant s'esvertue Pour au bon homme élancer son venin.

L'enfant ainsi va recueillir le vice Demy estaint dans l'impure matrice, Et dans son sein l'aporte envelopé :

Qui se voyant en sa plus grande, force Contre l'enfant aussi tôt il s"etïor(;e Que du maillot il est developé.

(François Perrin, Ap. Charmasse, François Per~ rin et sa vie, 60. )

Au lien des vers latins de Le Noble (note 6), n'eût-il pas mieux valu citer ceux-ci de Virgile, auxquels pensait sans doute La Fontaine :

Longos fngiens dat corpore tortus,

Parte ferox, ardensque oculis et sibila colla

Arduus attollens (Éneide, V, 276.)

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