‹ Les fables de La FontaineChapitre 48 sur 79 · V. 15. — Il lève un peu la tète, et puis siffle aussitôt · texte numérisé non relu

V. 15. — Il lève un peu la tète, et puis siffle aussitôt

Puis fait un long repli, puis tàelie à faire un saut Contre son bienfaiteur.

LE CHEVAL ET L'aNE(VI 16).

De cette fable si courte, si précise dans La Fontaine, Guill. Tardif en fait selon son habitude un long récit : nos vieux conteurs ne sont jamais pressés d'arriver au but.

« Ung homme négociateur, soy meslant du faict de marchandise, avoit entre autres choses ung cheval et ung asne, lesquels il chargeoit de plusieurs marchandises qu'il menoit par foires et marchés, et, ainsi qu'il s'en venoit ung jour du marché, il avoit excessivement chergié son dict asne. Lequel povre asne, ainsi fort chergié, dict au cheval, qui devant luy aloit : « Mon compagnon, si tu me veux jamès veoir en santé, ayde moy et me relieve et soulaige de aucune partie de ma charge, car je suis si excessivement chergié que mon esperit default; s'il ne te plaist me secourir, je suis demeuré et n'en puis plus. » Le cheval qui peu chargé estoit, fut lier et orgueilleux, et, ainsi comme se il fut sourt, n'en faisoit semblant et tiroit très diligemment pour gagner la maison, en laquelle il esperoit trouver viande et advene, et de son compaignon ne luy souvint. A ceste cause le povre asne tomba mort soulz le fardeau. Son maistre qui de ce fust fort marry, arresta ledict cheval et chergea sur luy tout ce que le dict asneportoit par avant sa mort, etd'abundantla peau du dict asne, lequel fut incontinent escorchié. Quant le cheval se sentit ainsi excessivement chargé, il fistde grosses lamentations en se repentant mer-

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veilloiiseinent et iimerement qu'il n'avoit aydé et supporté ledict asue do sou excessive charge, car il geuiissoit et crioit a haulte voix, eu disant : « Ha, povre malheureux cheval, le plus malheureux et fortuné de tous les autres chevaulx et Lestes, que m'est-il maintenant advenu ? Pourquoy ay-je refusé porter une partie de la charge de mon povre conipaignon, l'asne, qui est mort misérablement par mon default et meschanceté ? A ceste heure suis-je contraint a porter, non pas seulement partie du dict fardeau, mais toute la charge entière, etavecques ce la peau de mon povre et misérable compaignon, duquel je suis presque semblable ».

La morale de cette fable est que les riches et puissants « ne doivent pas laisser porter aux pauvres ruraulx champestres, toutes les charges des taillez et impots ».

(Guill. Tardif, Apol. de Laurent Valla, 197, Marchessou.)

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