LE CHIEN QUI LACHE SA PROIE POUR L'OMBRE (VI
Mondes faus, plains de mescheance, Cil qui l'aiment ont la semblance Du chien qui toli le gastel A l'enfançoiinet sanz puissance :
Pour soûler la faim de sa pance, Courut li chiens vers .i. ruissel, La vit l'ombre de son tourtel; Pour tout mettre desous sa pel, Mist lui et sa proie en balance Et happa l'ombre du musel ; Par convoitier double morsel Perdi la tout sans recouvrance.
(Watriquet de Gouvin. Li Dcspls clou monde, V. 33, Scheler.)
Cette fable se trouve encore dans le Passetemps d'oysireté de maître Robert Gaguin :
Ung chien passoit sur une planche, Portant en sa gueulle du lart :
Il en vit l'umbre et eut créance Que ce fust beaucoup meilleur part ; A luy en vint mauvais hasart, Car en laschant l'une il n'eut rien ; Tel quiert l'autruy qui pert le sien.
(Rec. de Poës. fr. des xv" et xvi^ siècles, t. VII, 276.)
l)l< LA lOiNTAlNK 109