V. 20. — Ou'iiii ami V('ritiililo est mil' douce clinsf
Vers charmant qui semble avoir été inspiré par cet antre :
Nil eoo contuleriin jncnndo sanus amico . (Horace, Snt., T, V.)
128 LKS FABLES
l'horoscope (VIII, 16).
Laurent Valla a traité ce sujet, gracieusement enjolivé par Guillaume Tardif. Certains passages semblent démontrer que La Fontaine connaissait cette naïve traduction.
* Apologue du père et du filz.
Ung ancien prince a voit un fdz de noble et magnanime courage, lequel prenoit tout son plaisir et félicité en la nourriture et déduit de chiens et oyseaux, mesmement a voler et a chasser. Le père du dict escuier songaet vit par vision de songe une nuit que unglyon devoroit son dict filz, de laquelle vision ilfust grandement espo venté et proposa en lui mesme, pour éviter que le dict songe ne advenist en vérité, qu'il feroit bastir et construire une maison de plaisance très sumptueuse en édifice de tourelles, galeries, fenestres. salles et chambresde plaisance, orneez et decoreez,depaintures, tapisseries, et autres choses qui peuvent recréer et rejouir le cueur de l'omme. Et spécialement, pour ce, comme dit est, que le dit escuier prenoit sa plaisance a la chasse et gibier de oyseaux et bestes sauvages, proposa le dict père qu'il ferait paindre en la dite maison toutes les sortes de bestes et oyseaux lesquelles il pourroit ymaginer.affm qu'en l'inspection et vision des dictes choses son dit filz print récréation et esbat, ce qu'il fist, et mesmement fit faire fontaines et jardin de plaisance ontour de la dicte maison. lesquels estoient
DK LA FONTAINE 1;>Î)
enclos iivecqucslo dit loj^is tout pour réjouir et esl)atre le dit jeune escuier, lequel devoitestre enclos etgardé dedans la dicte maison. Quant l'edilice fust entièrement parfait.le dessus dict père appellason fils etluy dist que puis naguère il avoit songé d'un merveilleux songe,ouquelluy estoitadvisque unglyonledevoroit etque,pour éviter au dessusdict inconvénient, attendu qu'il estoit jà ancien et qu'il n'avoit enfant que luy, avoit pourveu de remède convenable, car, disoit-il a son fils : « Je vous ay faict faire le plus beau logis qui soit en toute ma terre, duquel vous ne bougerés. Là pourrés vous veoir toutes sortes de bestes et d'oyseaux et prandre esjjat récréation a veoir les paintures et editices singulières, lesquels j'ay faict faire pour l'amoui" de vous. » Le fils, qui a son père fust obéissant, luy dist que de son plaisir faire estoit il prestet appareillé. Lors fust le dict jeune escuier clos et enfermé en la dicte maison et lui furent baillées gardes et gouverneurs pour empesclier que de la dicte maison ne peust aucunement sortir. Quand le dict jeune Escuier eust esté par plusieurs jours dedans la dicte maison, veu et regardé les singulières paintures d'icelle et autres choses délectables, plaisantes et récréatives, il tourna un jour sa vue sur la painture du lyon qui là estoit et le regardoit d'un mauvois œil, considérant en luy mesmes et disant : «~ Maistre lyon, se ne fussiés vous, je ne fusse pas prisonnier comme je suis. Car, ja soit cequej'aye ciens tout ce que je vueil demander pour ma plaisance, si je ii'ay pas mon franc et libéral arbitre, pour ce que je ne puis aller voiler et chasser aux champs comme je souloye, et
tout est par votre taulte, Maistre Lyon, car je suis ici comme prisonnier par vous. O cruelle et mauldicte beste, tant je te doy hayr et mauldire. Quelle vengeance pourray-je prendre de toy? Certes je te detruiray et aboli ray. » Et en disant les dictes paroles, voulant crever l'œil du dict lyon, leva sa main et donna un grand coup de poing contre la paroy en laquelle par cas de fortune, estoit demeurée la poincte d'un clou, laquelle estoit secrètement couverte de la painture du dict lyon. Et fut la main du dict escuier, qui estoit jeune et tendre, si très fort blessée que une apostume se nourrit et engendra en la main du dict escuier, et que au moyen de la dicte apostume, il entra en une fièvre chaulde, de laquelle il mourut inremediablement et par ces moyens fust le songe du père avéré, lequel père avoit songé que ung lyon occiroit son enfant, pour la quelle chose éviter Tavoit fait tenir comme prisonnier en la dicte maison, contre lequel songe ne proulita ne valut l'invention du dict père.
Sens moral.
Ce dessus dict apologue veultinnueret donner a entendre que nul ne peult éviter l'ordonnance divine, neempesclier par engin humain que ce que Dieu a ordonné et preveu ne aviegne, car contre Dieu sens de homme n'a vertu ne pouvoir.
r'Guill. Tardif, Ai)ol. de Laarent Valla, 223, Marchessou.)
X. 45. —Quelque devin le menaça (Ksdiy lu;, dit-on, De la chute d'une maison etc.
Montaigne cite la même anecdote, pour nous montrer « combien a la mort de façons de sur prinse ».
« PJschylus, ineuaçé de la chutt^ d'une maison, a beau se tenir a l'airte; le voyla assommé d'un toict de tortue, qui eschappa des pattes d'un aigle en l'air ». {Essais, I, 19.)
l' ANE ET LE CHIEN (VIII, 17),