Quellen des Dekameron, pp
sa femme (soit qiiil la soupçonne de le tromper^ soit qiiil ait en effet surpris U amant ^ soit pour une autre raison quelconque). Comme elle craint sa colère, elle trouve moyen de s'échapper de la chambre conjugale pendant la nuit. Pour que le mari ne s'aperçoive point de son absence^ une amie complaisante a pris sa place dans la chambre^ à la faveur de V obscurité ^ le mari se réveille et sa rancune lui revient au cœur ^ il bat celle qu'il croit être sa femme ^ et la malheureuse se tait., de crainte d'être reconnue. Il lui fait^ de plus, subir une mutilation corporelle [il lui coupe les tresses, ou le nez). Sa vraie femme rentre inaperçue au logis^ tandis que son amie s'esquive et reprend paisiblement sa place. Au matin ^ comme elle peut montrer son corps intact et sain, sans traces de coups ni de mutilation, le bon mari est obligé de croire qu'il a rêvé [ou que les dieux ont réparé l'injure faite à une innocente).
Tel est, en deux mots, notre conte. Cette forme sèche et abrégée ne rend exactement aucune des versions conservées. Par la suite, au contraire, nous ne nous ferons pas faute de citer, même longuement, les détails de chaque récit. Quiconque a l'habitude de ces sortes de recherches nous saura gré de ces longueurs ; pour apprécier des résumés suffisamment explicites et fidèles, il faut avoir connu la fatigue des indications sommaires de versions, qu'on doit rechercher de livre rare en livre rare, pour aboutir souvent à reconnaître que ces références étaient inexactes. Et peut-être serait-ce de la difficulté de contrôler les assertions rapides de Benfey que provient, pour une certaine part, le succès de sa doctrine. Il fallait lire son livre comme un répertoire sommaire et merveilleux de sources; on l'a trop souvent lu comme un évangile.