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LES FORMES ORIENTALES SONT-ELLES LES FORMES-MÈRES

Le fabliau des Tresses.

I. Les versions orientales, a) Le récit du Pantchatanfra', b) le même récit dans divers remaniements du Calila ; c) le même récit plagié par divers conteurs modernes. — Dans toutes ces versions, le conte, copié de livre à livre, reste immuable, d) Que le germe du conte n'est point dans le Vetâlapantchavinçâti. II. Les versions occidentales, a) Le fabliau comparé aux formes orientales. Supériorité logique de la forme française. — b) Qu'il nous est impossible, en fait, de décider laquelle est la primitive, de la version sanscrite ou de la version française. — Discussion de la méthode qu'il convient d'employer pour ces comparaisons de versions. — c) Les différentes versions européennes, toutes indépendantes des formes indiennes. — Mobilité, variété des éléments du récit sous ses formes européennes, en contraste avec l'immobilité des formes orientales.

Il semble donc bien qu'il ne reste plus à la théorie orientaliste qu'un seul argument, suffisant, il est vrai, s'il est justifié.

Il s'agit pour elle de prouver — et c'est là sa dernière ressource — que, si l'on compare les traits correspondants et différents des versions orientales et occidentales d'un même conte, ce sont les traits des versions orientales qui sont les plus intelligents, les plus logiques, les plus conformes à l'esprit du conte; que, tout au contraire, les traits occidentaux sont maladroits, se trahissent comme des adaptations nécessitées par la différence des mœurs, l'oubli de la signification première du conte, l'inintelligence des narrateurs intermédiaires.

Ici, les discussions générales ne suffisent plus. Il s'agit d'étudier de près chacun des fabliaux qui sont conservés sous des formes orientales. L'école indianiste a pris cette devise : « la question de l'origine des contes est une question de fait. » Il n'est pas d'objection qui doive tenir devant cette parole brutale, triomphale. « — C'est une question de fait, » répète, après Ben-

fey, Reinhold Kœhler dans les quelques pages précieuses qu'il nous a données, les seules où il ait daigné dégager quelques idées générales de l'extraordinaire appareil de notes qu'il a accumulées durant toute une vie de travailleur. « — C'est une question de fait, » redisent les plus récents adeptes du système.

Soit; mais ne s'est-il donc jamais vu, dans l'histoire du pauvre esprit humain, que les mêmes faits prissent une figure différente, selon qu'on les interprétait différemment? La question de l'origine des contes est, comme toute question historique, non pas précisément « une question de fait », mais « une question d'interprétation des faits ». Ce n'est qu'une nuance, mais, seule, la seconde de ces formules admet que l'homme soit faillible.

Considérons donc successivement ceux de nos fabliaux dont on connaît des formes orientales. Etudions-les patiemment, en toute conscience, avec la précision qu'on apporte à des recherches du même ordre, à un classement de manuscrits, par exemple.

Commençons par le fabliau des Tresses.

Le fabliau des Tresses.

C'est l'un de ces contes dont on a souvent affirmé, dont on n'a jamais contesté l'origine orientale. Benfey lui a consacré une longue étude \ et, de Loiseleur-Deslongchamps ^ à von der Hagen ^^ à M. Lancereau ^ ou à M. Landau ^, il n'est personne qui n'ait considéré comme un fait hors de discussion la provenance indienne de ce récit. Que l'on ouvre une édition de VHitopadésa ou des fabliaux, ou de Boccace, partout on verra s'aligner la liste des formes diverses du conte en une longue série où l'on admet, sans l'ombre d'un doute, qu'une tradition unilinéaire a porté le conte du Pantchatantra au Décaméron. Voyons si ce « fait » de l'origine orientale est aussi bien démontré, pour ce récit, que l'ont cru tant de critiques.

Voici le sujet du conte : Un mari a des raisons d'en vouloir à

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