‹ Les fabliauxChapitre 102 sur 257 · Einleitung zu Kalilagy (3d. Bickell, p · texte numérisé non relu

Einleitung zu Kalilagy (3d. Bickell, p

et appela sa femme; mais la femme du barbier se garda bien de répondre, de peur que le son de sa voix ne la fit reconnaître; le mari, irrité de ce silence, se leva, lui coupa le nez et lui dit : « Va maintenant porter ce beau présent à ton amant » [LH ce dernier trait manque). L'autre femme revint, vit le malheur arrivé à son amie, la délia et reprit sa place au pilier, tandis que la femme du barbier s'en allait (//suit, dès maintenant, les destinées de la femme du barbier et ne raconte que plus tard comment la femme attachée au pilier a dupé son mari). Cependant le religieux observait toute la scène... La femme attachée se mit tout à coup à crier bien fort : « Seigneur, si tu daignes voir l'affliction de ta servante et considérer ma faiblesse et mon innocence, rends-moi mon nez et fais un miracle en ma faveur. » [AL le mari, se moque de cette prière). Au bout d'un instant, elle cria à son mari : « Lève-toi, méchant et impie, et admire quel miracle Dieu a accompli pour manifester mon innocence et ton impiété! Voici qu'il m'a rendu mon nez comme il était avant. » Le mari alluma une lumière, et quand il vit le nez intact, il la délivra de ses liens, la supplia de lui pardonner, et demanda à Dieu miséricorde et rémission.

Cependant la femme du barbier était rentrée chez elle, songeant au moyen d'échapper à son mari et de lui expliquer comment son nez avait été coupé. Au petit jour, son mari se réveilla et lui dit : ce Donne-moi mes instruments ; j'ai affaire dans la maison d'un seigneur [L je vais panser quelqu'un). Elle se leva (L la femme demeura longtemps à lui chercher ce qu'il demandait) et lui donna un seul rasoir. « — Je veux tous mes outils. >> De nouveau, elle lui tendit un seul rasoir. Furieux, il le lança dans sa direction, à l'aveuglette. Elle se mit aussitôt à crier : « Oh! mon nez! mon nez! » — Au jour, ses parents et ses frères se réunissent [ALT ce détail manque) ; on fait prendre le mari; interrogé par le juge, il ne sait que répondre ; il est condamné à être promené à travers la ville enchaîné et battu. Mais le religieux survient, qui explique toute la scène dont il a été témoin [H met tout le récit dans la bouche du religieux).

c) Le même récit plagié du Kalilah par différents conteurs modernes.

Le lecteur qui a eu la patience de lire ces deux formes de notre récit, donnée chacune presque in extenso^ pourra se demander s'il n'a point perdu sa peine. On lui a fait lire deux fois le même conte, avec un appareil compliqué de variantes qui ne variaient rien i. Il savait de reste que nous avions affaire à un seul et même ouvrage cent fois traduit. On lui a prouvé longuement que les remanieurs persans, arabes ou juifs, qui se sont succédé pendant quinze cents ans, ont été, sauf quelques menues trahisons, de consciencieux traducteurs; le fait est intéressant,

1. Quelques variantes plus intéressantes sont données dans le Bahar Danush^ mais, là encore, on n'a affaire qu'à une traduction [Bahar Danush, or garden of knowledge, an oriental romance, translated froni the persic by Jonathan Scott, Shrewsbury, 1799, 3 vol., t. II, p. 80, ss.)

peut-être; mais réclamait-il ce luxe de preuves? méritait-il seulement l'honneur d'une note?

Soit; mais je demande alors la même exclusion pour toute une classe de récits dont je vais parler, qui sont impitoyablement rapportés par Benfey, et dont la théorie orientaliste néglige sans cesse de remarquer le manque d'intérêt. Je voudrais montrer que ces formes se comportent à l'égard du Pantchatantra absolument comme la traduction ci-dessus donnée de Jean de Capoue ; .que, par conséquent, elles devraient être exclues du débat, sans autre forme de procès.

C'est qu'en effet le conte des Tresses est souvent tombé du cadre du Kalilah et Dimnah. Dans diverses littératures il a rompu ses liens factices avec les mille histoires artistement imbriquées que se racontent les ing-énieux chacals du Pantchatantra. Voici qu'il vit de sa vie propre, indépendant. Schéhérazade le raconte dans les Mille et une Nuits * ; au xvii^ siècle, il se présente sous un costume nouveau au public de France, d'Italie, d'Angleterre, et cela presque simultanément, presque la même année dans ces trois pays : Annibale Campeggi ~ (1630) et Verboquet le Généreux ^ (1630) le reproduisent sous forme de nouvelle ; Massinger lui donne la forme dramatique dans l'une de ses cent comédies aux intrigues touffues (1633). Et dans ces quatre versions, le conte répète, trait pour trait, les données du Pantchatantra.

Mais il est trop facile de montrer que le livre de Kalilah et Dimnah est la source immédiate et unique de ces quatre récits et que ces quatre versions sont purement et simplement des traductions.

Dans les Mille et une Nuits, l'auteur s'écarte seulement de son original en ce qu'il a négligé de nous dire ce que devient la femme sans nez : il a supprimé l'histoire du rasoir, sans doute comme trop sotte, en quoi il n'avait pas tort; mais pour

1. Tausend und eine Nacht, texte de Breslau, 554^ et 555^ Nuits, t. XIII, p. 57, ss.

2. A. Campeggi, 7Vb^'e//e due esposte nello stile di G. Boccacio, Venise, 1630; réimprimées dans le Novelliero italiano, Venise, 1754, t. IV, p. 275, ss.

3. Les délicea ou discours joyeux et récréatifs..., par Verboquet le Généreux, Paris, 1630, p. 19.

qu'on voie bien qu'il se borne à traduire le Kalilah, il fait, lui aussi, de l'entremetteuse, la femme d'un barbier : ce qui, dans son récit, n'a plus aucun sens.

Annibale Campeggi prétend écrire sa nouvelle « nello stile ')^" dit M. Giovanni Boccacio », A cette intention, il parsème son

récit de fleurs classiques et de réminiscences mythologiques : le mari attache sa femme au pilier « avec des liens trop différents de ceux dont elle espérait que son cher amant la lierait » ; et, quand elle prie les dieux de faire briller son innocence, elle invoque dans une longue prière, qui ferait mieux en vers latins, Jupiter et ses foudres, Lucine, déesse des saints mariages, et Vénus très splendide. Mais supprimez simplement du récit les adjectifs, il vous restera mot pour mot le texte du Kalilah.

Quant au bon Verboquet le Généreux, on le croirait moins érudit : il promet, au frontispice de son livre, de nous répéter les « discours joyeux et récréatifs tenus par les bons cabarets de France » . On croirait donc volontiers qu'il a en effet entendu conter les Tresses par quelque buveur de la Pomme de Pin : mais l'examen du texte prouve que Verboquet est, lui aussi, un plagiaire savant. Une seule preuve, décisive : le conte des Tj^esses vient immédiatement dans son texte après certaine histoire de « la vieille qui voulait empoisonner un jeune homme et par la mesme invention fut empoisonnée ». Or, cette histoire, nous la connaissons : elle précède aussi le conte des Tresses dans plusieurs versions du Kalilah ^. Verboquet s'est donc borné à copier à la file plusieurs feuillets de ce roman, et les buveurs des « bons cabarets de France » n'y sont pour rien.

Enfin, pour ce qui est de Massinger 2, on croirait d'abord que, s'il a suivi un modèle écrit, les nécessités de la mise en scène et sa très libre imagination eussent dû l'entraîner à modifier son modèle de cent façons. Il n'en est rien pourtant; l'imitation reste flagrante, et c'est à peine si l'on peut remarquer, comme variantes aux données du Kalilah, que l'entremetteuse est ici une suivante, Galypso, et que le mari, Severino,

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