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coupées, les prend, y substitue la queue d'un cheval, et s'endort paisiblement jusqu'au jour.
Il faut lire dans le texte môme la scène très spirituellement menée du réveil; l'étonnement croissant du mari quand il trouve sa femme couchée auprès de lui, quand il découvre son corps tout sain et frais, sans même une (( bubete », quand il voit ses tresses intactes et, sous l'oreiller, une queue de cheval. 11 se persuade aisément qu'il a rêvé.
Ou ce est fantosme qui vient As genz por aus faire mvxser, Et por aus folement user Et por faire foler la gent...
Afin qu'à l'avenir il ne soit plus « enfantosmé » de la sorte, sa femme lui conseille d'aller en pèlerinage à la Sainte Larme de Vendôme, ce à quoi il se résout de grand cœur.
Notons d'abord qu'il est impossible d'admettre que l'auteur anonyme de ce fabliau ait eu directement connaissance du Pantchatantra. La traduction latine de Jean de Capoue (1278-1291), la première qui ait été faite dans l'Europe occidentale, est de cinquante ans environ postérieure au fabliau.
Comparons donc les traits correspondants et différents de la version sanscrite et du récit français. 11 se pourrait que telle donnée b du fabliau ne pût s'expliquer que comme une déformation d'une donnée a du Pantchatantra ; il se pourrait que le Pantchatantra présentât en somme un état plus archaïque du récit, où les incidents de l'intrigue seraient plus conformes qu'ailleurs à la signification intime du conte, plus logiques, plus satisfaisants, partant primitifs. Je crois que c'est précisément le contraire qui est le vrai.
Par exemple, dans le fabliau, la femme adultère perd les cheveux, \ et non plus le nez. On pourrait être tenté d'y voir un adoucissement du récit primitif : le trouvère aurait été choqué de cette horrible blessure et aurait assez heureusement modifié ce trait du conte sanscrit. — Faut-il vraiment discuter cette très grave question de savoir s'il est mieux que cette femme perde son nez, j^ ou bien ses tresses? Je laisse aux orientalistes à prouver par des textes de lois que cette perte du nez était le châtiment des adultères dans l'Inde, et que c'est là un trait bouddhique '.
J'y consens. Pourtant, si l'on en voulait tirer trop d'avantage,
1. Au contraire, voyez dans le lai de Bisclavret toute la postérité d'une femme adultère, qui naît esnasée.
je serais prêt à soutenir envers et contre tous que ce sont au contraire les tresses coupées qui sont le trait primitif, et que c'est là un détail de mœurs g-ermaniques. Ne se souvient-on pas en effet que Tacite, au chapitre XIX de sa Germanie, décrit ainsi le châtiment des adultères : « ahscisis crinihus nudatam uxorem (( coram propinquis expellit domo maritus »? Ne se souvient-on pas de même de cette belle légende de VHeptaméron ^ où un vieux chevalier d'Allemagne, pour punir sa femme d'un très ancien adultère, l'oblige à paraître chaque jour à sa table devant ses hôtes « la teste toute tondue, le demeurant du corps habillé de noir »? Von der Hagen a gravement réuni, à propos de notre conte, des témoignages de cette coutume germanique 2.
Mais laissons-là ces plaisanteries. 11 est facile de montrer comment c'est plutôt le fabliau qui présente ici un état antérieur du conte, dont le trait du Pantchatantra n'est qu'une malhabile déformation. Le conte est essentiellement imaginé pour nous faire rire d'un bon tour joué à un mari; et une ruse n'est drôle que si elle réussit. Or la ruse ne réussit nullement dans le Pantchatantra 3. Là, en effet, l'entremetteuse qui a perdu son nez va se plaindre, accuse son mari; c'est dans le bourg un beau