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Gesammtabenteuer, II, p. XLV

3. M. des Granges, à une conférence de M. G. Paris, m'a objecté que telle n'était point nécessairement l'intention primitive du conte et que le but des conteurs indiens n'était pas, comme il arrive dans les fabliaux, de nous faire rire aux dépens du mari. — Soit; mais leur but était, en tout cas, de nous mettre en garde contre la méchanceté rusée des femmes. C'est la morale que tire expressément le bon Dévasarman, témoin invisible des ruses de notre entremetteuse, en ces slokas attristés : « Ce que Vrihaspati sait de science ne l'emporterait pas sur l'intelligence d'une femme; comment donc se défendre contre elles? Elles qui appellent le mensonge vérité et la vérité mensonge, comment les hommes sages peuvent-ils se défendre contre elles ici-bas ?

« Les lions à la gueule redoutable et à la crinière éparse, les éléphants sur qui brillent les raies tracées par la chaleur du rut, les hommes intelligents et les héros dans les batailles, deviennent auprès des femmes de bien misérables créatures.

« Elles sont tout poison à l'intérieur, et à l'extérieur elles sont charmantes; les femmes ressemblent, dit-on, au fruit du goundjà. »

Le conteur était donc singulièrement malavisé qui, voulant manifester l'habileté féminine, met en scène un couple de commères qui réussissent, en effet, à duper deux heures un mari, mais deux heures seulement, et qui, l'une et l'autre, expieront cruellement ce succès éphémère.

tapage. Que fait, en l'apprenant, l'autre mari, celui qui se rappelle avoir coupé le nez de quelqu'un dans l'obscurité? Le Pantchatantra se tait prudemment là-dessus. Il est évident que, dupé une heure, il a reconnu dès le matin la fraude et l'erreur : la ruse de sa femme se retourne contre elle. Dans le fabliau, tout au contraire, l'entremetteuse n'est jamais gênante; elle a perdu ses cheveux? elle en sera quitte pour porter de fausses nattes sous son couvre-chef ^ ; nul ne se doutera de son malheur ; le mari pourra faire en toute conscience son pèlerinage à la Sainte Larme de Vendôme, et nous pourrons rire du bon tour qu'on lui a joué. Il est bien probable que, dans la forme primitive 4^ conte, l'entremetteuse en était quitte pour une mutilation légère, et le fabliau est plus voisin que le Pantchatantra de cette forme primitive.

Mais la rédaction sanscrite souffre d'une infériorité plus caractéristique. La femme adultère n'y est, à aucun moment, une rusée qui combine un plan ; c'est le hasard qui mène tous les événements. C'est par hasard que l'entremetteuse vient lui porter un message. C'est cette entremetteuse qui lui propose de prendre sa place au pilier; quant à elle, elle reste constamment passive; et, lorsque le mari se réveille, elle n'a vraiment pas grand mérite à s'écrier : « Que les dieux me rendent mon nez! » car la première sotte venue l'aurait dit à sa place. Dans le fabliau, au contraire, le trait de génie de la femme consiste précisément à préparer toute cette scène. Comme elle prévoit qu'elle sera battue dans la nuit, elle préfère aller rejoindre son amant et qu'une amie supporte la volée ; et dès qu'elle sait le succès de sa ruse, quelle active habileté! Vite, elle elface de sa chambre toute trace de désordre, enlève les tresses révélatrices, les cache, met à leur place une queue de cheval et attend le réveil du mari pour lui persuader lentement, par une série de preuves savamment combinées, qu'il a été hanté par quelque cauchemar. Laquelle de ces deux formes est primitive? N'est-il pas vrai que ce n'est

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