‹ Les fabliauxChapitre 109 sur 257 · Benfey, Mém. de VAc. de St-Péiersb,, loc. cit · texte numérisé non relu

Benfey, Mém. de VAc. de St-Péiersb,, loc. cit

2. Ce qui ne signifie pas que ce conte soit davantage d'origine orientale.

3. On peut rapprocher du récit du Cukasaptati la ôl^* des Cent Nouvelles nouvelles. Par contre, je ne vois aucun rapport entre ce récit et la malpropre et insignifiante histoire qu'indique Benfey : Morlini, éd. elzévirienne, Paris, 1885, nov. LXVIII, p. 122, De rustico qui reperit adulterum cum uxore. — Quant à la lettre d'Aristénète que cite aussi Benfey, elle est incomplète et nous ne pouvons savoir si elle avait quelque rapport avec notre conte (éd. Boissonade, 1822, p. 194, dernière lettre, r^z^X xfjç sùp-sOdôw; 'ôv [jlq'./Ôv a;:oXuouarj;) : Une femme, surprise par le retour du mari, attache son amant avec des cordes, et dit au mari qui entre : « C'est un voleur qui était en train de piller la maison; nous ne le livrerons que demain à la police. Si tu as

peur, je veillerai seule sur lui toute la nuit » Le ms. s'arrête là. Par quel

ingénieux procédé (£Ù[x£Ooôw;) la femme délivrait-elle son amant? Nous l'ignorons. Le recueil qui porte le nom d'Arislénète a été écrit entre le iv^ et le ve siècle après J.-C. Voilà un des mille contes grecs qui gênent Benfey; ce récit d'Aristénète, dit-il, dérive peut-être d'originaux indiens; oui, sans doute, mais peut-être aussi d'originaux siciliens, ou ibériques, ou gaulois, etc..

\. Décamé von, VI I^ 8.

Ce conte est sans doute aussi une contamination et a dû vivre d'une vie indépendante. Mais le narrateur qui le premier l'a lié au conte des Tresses a été obligé de lui enlever son dénouement primitif. Comment, dans la version originaire, la femme se tiraitelle de ce mauvais pas? Nous ne connaissons pas de forme indépendante de ce conte, sinon dans La Fontaine ^.

Mais le moment le plus curieux dans l'histoire de ces contaminations est celui que nous saisissons dans le poème allemand de Herrand de Wildonie : il participe à la fois du récit des deux fabliaux et du récit de Boccace, en sorte qu'il associe trois contes : 1^) la ficelle ; 2^) l'âne; 3^) les tresses. En effet, le conte commence comme la nouvelle de Boccace : le mari voit une ficelle; sa femme en tient l'un des bouts; à l'autre, il découvre un galant. Il le saisit par les cheveux et ne le laisse point s'échapper comme dans Boccace; mais, comme dans les fabliaux, il le fait maintenir par sa femme pendant qu'il va chercher de la lumière, avec menace de la tuer si elle le laisse échapper; quand il revient, c'est un âne que sa femme tient par les oreilles. Suit le conte des Tresses. — Ici, notre récit est arrivé à son plus haut degré de complexité : les deux versions qui couraient le monde, depuis des siècles peut-être, Vâne + les tresses — et, d'autre part, la ficelle + les tresses sont un jour parvenues, par un grand hasard, aux oreilles d'un même homme, qui a répété le conte à son tour ; mais ne voulant pas sacrifier l'une de ces histoires qu'il trouvait si jolies toutes deux, il les a combinées, non sans

1. Dans la Gageure des trois commères, une femme qui veut duper son mari dispose une ficelle de la même façon que Monna Sismonda, avec cette différence que personne ne doit venir la tirer. Ce n'est qu'un stratagème pour provoquer la jalousie du mari. Le bonhomme, eu effet, voit la ficelle, croit qu'un amant est au bout, s'arme jusqu'aux dents et va faire le guet dans la cour, tandis que le galant s'introduit dans sa chambre. Trois nuits de suite, le jaloux fait ainsi sentinelle devant la ficelle que personne ne vient tirer. La quatrième nuit, un homme vient, qui la tire. Le mari s'élance sur lui et reconnaît son valet. Celui-ci expose qu'il veut épouser la chambrière et que c'est pour lui un moyen de se faire ouvrir que de venir tirer cette ficelle, qui s'attache au pied de sa belle. La femme explique à son tour, qu'ayant vu, quelques jours auparavant, un fil au pied de sa chambrière, elle en avait aussi disposé un semblable et l'avait attaché à son pied, pour surprendre les relations légères de cette fille, — Je ne sais pas décider si La Fontaine a reçu le conte tel quel, d'une source que j'ignore, ou si, contrairement à son habitude, il a habilement remanié et rendu à sa vie indépendante le conte de Boccace.

adresse, et a conté la ficelle + râne + les tresses. Et c'est la source du récit' de Herrand de Wildonie.

c) Le héron. — Une troisième et dernière série de narrateurs ont différemment profité de la liberté de répondre à leur guise à cette question : « Quels motifs de colère le mari avait-il contre sa femme? » A la fin du conte des Tresses^ le mari est persuadé qu'il a rêvé, qu'il a été en fantasmé; et ce motif secondaire a évoqué dans la mémoire de certains conteurs le souvenir d'autres récits analogues où un mari était pareillement convaincu de folie passagère. Ce sont ces récits qui se sont liés alors au conte des Tresses; de la sorte, le mari se persuade que deux fois, dans la même nuit, il a été enfantosnié.

Voici l'une de ces histoires, telle que nous la donne un poème allemand, der Reiher ^ : un homme, riche en biens et en terres, se plaisait à élever un coq, qui, à son appel, volait sur son poing et se laissait ainsi porter en tous lieux. Un jour que l'homme le portait le long d'un étang, il rencontra un héron qui prit le coq pour un épervier, et qui, fasciné, se laissa prendre à la main. L'homme revint chez lui, tout heureux d'avoir pris un héron grâce à son coq et s'en fut inviter son seigneur à le manger avec lui, tandis que sa femme apprêtait le héron. Mais voici que, pendant son absence, une commère vient causer avec sa femme ; toutes deux sont alléchées par la bonne odeur du gibier qui cuit; elles se laissent tenter, cèdent et mangent le héron à elles deux ~. Le seigneur est reçu avec honneur, et le dîner est fort beau ; mais de héron, point. « Où donc , demande le mari , est notre héron ? — Quel héron? — Mais celui que j'ai pris avec mon coq? — Où :as-tu jamais vu que l'on pût prendre un héron avec un coq? » Et tous les convives, pris à témoin, conviennent que pareille chasse ne s'est en effet jamais vue, et que le mari doit avoir rêvé. Le mari n'insiste pas, mais se promet bonne vengeance pour la nuit. Suit le conte des Tresses, et le lendemain, quand le bonhomme prétend avoir coupé les chcA'eux de sa femme, celle-ci s'écrie victorieusement : « Gela est aussi vrai que ton

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