V. les notes sur ce conte, à l'appendice II
2. Dans son compte rendu de l'édition des Avadânas donnée par Stanislas Julien, Zur Volkskunde^ p. 109, ss.
Tonnerre, je vous dirai que mon père s'est révolté autrefois contre mon aïeul. Où donc étiez-vous dans ce temps-là^? »
Il est aisé de se convaincre, sans que j'aie besoin d'insister, que nous sommes en présence de deux contes distincts. La Housse partie est l'un de ces mille contes dont on ne peut citer aucune version orientale, fait qui semble d'ailleurs négligeable aux tenants de l'hypothèse indianiste.
Si j'ai rapporté ce récit, c'est simplement pour donner au lecteur la confiance que j'énumère ici, consciencieusement, tous les fabliaux dont je connais une forme orientale, même s'il ne s'agit, comme présentement, que d'un rapprochement arbitraire et faux.
Ecartons de même de notre enquête quelques fabliaux qui vivent aujourcriiui dans l'Inde, comme ils vivent en Petite- Russie, en Islande et ailleurs, mais dont nous ne connaissons aucune forme asiatique ancienne. M. Cosquin- est disposé à accorder à ces formes indiennes une valeur toute spéciale : (( Voici seulement quelques années, dit-il, qu'on a commencé à rassembler les contes populaires du Bengale, du Deccan ou du Pandjab. Combien de nos contes populaires européens doivent se rattacher non point à la forme conservée par la littérature indienne, — quand elle y est conservée, — mais à telle forme orale, encore vivante aujourd'hui dans l'Inde! »
Il est évident que ces formes indiennes n'ont a priori ni plus ni moins d'intérêt que toute autre forme recueillie en un autre point quelconque de la terre. A posteriori seulement, si, comparées aux autres versions, elles nous révèlent, en effet, un état logiquement plus ancien du conte, nous devrons les considérer plus spécialement. Mais les vénérer simplement parce qu'elles sont indiennes, c'est affaire aux seuls dévots de l'église orientaliste.
Deux de nos fabliaux, au moins, la Bourse pleine de sens et le Dit des perdrix vivent aujourd'hui dans l'Inde.
Dans le premier, une femme prie son mari, qui part pour
1. Fables et contes chinois, Avadânas, pp. Stanislas Julien, Paris, 1859, t. II, no CXXI, p. 144.
2, Cosquin, Contes de Lorraine, Introduction.
un voyage, de lui rapporter « une bourse pleine de sens », comme dans un vieux conte allemand elle lui demande pour (( un pfennig de sagesse j>, et dans un conte espagnol pour « un maravédis de prudence ». Pareillement, dans un conte kamaonien, elle demande, sous la même forme sibylline, que son mari lui procure le « bon du mauvais et le mauvais du bon' ».
De même Tamusante facétie des Perdrix est attestée comme actuellement vivante dans l'île de Geylan et dans le sud de l'Inde 2. Mais, le même jour peut-être où un folk-loriste la recueillait dans une paillotte cinghalaise, M. Sébillot la retrouvait dans une chaumière de la Haute-Bretagne, ou M. Braga dans les îles Açores, ou M. Bladé en Gascogne.
Il est bien évident que les formes kamaonienne ou cinghalaise de ces deux fabliaux n'avaient a priori aucun droit à réclamer notre attention plutôt que les versions bretonne, portugaise, balzatoise ou lorraine. Nous avons pourtant fait au préjugé orientaliste cette concession de rechercher, avec une naïve bonne foi, si quelque trait permettait de considérer les variantes indiennes comme les témoins d'un état primitif du conte. Notre enquête a été négative, et ce serait faire trop d'honneur à ces variantes que de le démontrer. S'y arrêter plus longtemps serait pure superstition.
Passons donc aux fabliaux dont la forme orientale peut, comme pour le conte des Tresses, prétendre à quelque antériorité logique ou historique.
MONOexRAPHIES DES FABLIAUX QUI SE RETROUVENT SOUS QUELQUE FORME ORIENTALE ANCIENNE
Ils sont dix, en tout.
Il serait fastidieux d'étudier chacun d'eux avec le même luxe de développements que le fabliau des Tresses. J'ai fait ce travail jDourtant, car il était '^nécessaire. Mais, pour éviter au lecteur d'insupportables redites, je rejette à l'appendice II mes
1. V. les notes sur ce conte et sur le dit des Perdrix à l'appendice II.