Cosquin, II
remarques sur six de ces contes : Auberée, Berenr/ier, Constant du Hamel, le Pliçon, le Vilain asnier, le Vilain mire. Si sommaires et succinctes qu'elles soient, ces quelques observations suffisent à montrer, je pense, que les formes orientales n'olTrent en commun avec les fabliaux français que leur organisme nu, c'est-à-dire qu'on ne peut rien savoir de leurs rapports.
Je retiens seulement ici, pour une étude plus explicite, quatre fabliaux : le lai d'Aristote , les Quatre souhaits Saint- Martin, le lai de VEpervier, les Trois bossus ménestrels. Une certaine variété pourra différencier ces petites monographies, malgré leur analogie avec notre étude du précédent chapitre, car chacune d'elles permettra de mettre de préférence en relief quelque phénomène différent de la vie des contes.
Le Lai d'Aristote.
Le lai d'Aristote est l'un de ces contes qui, s'ils sont venus de l'Inde en Europe, n'ont pu y parvenir, au xin^ siècle, que par la seule tradition orale, car on ne le retrouve au moyen âge dans aucun recueil traduit d'une langue orientale : le Directorium humanae vitae l'a laissé tomber du cadre du Pantchatantra. Quand Henri d'Andeli nous affirme — comme tous les auteurs de fabliaux, ses confrères — qu'il a « ouï la nouvele » de son lai*, nous devons donc l'en croire; mais, qui plus est, ceux qui le lui ont rapporté ne dépendaient pas davantage, immédiatement ni indirectement, d'un livre oriental traduit dans une langue européenne.
Lors donc qu'on prétend que ce joli conte est d'origine indienne, on entend que, seule, la tradition parlée l'a porté du Kachemir ou du Népal au clerc Henri d'Andeli. Quelle raison a-t-on de croire à la réalité de cet exode? Il en faut une pour satisfaire, je ne dis pas seulement les sceptiques, mais, simplement, ceux qui, par probité intellectuelle, exigent que celui qui affirme se soit au moins préoccupé de savoir pourquoi il affirme. Pourtant, il est curieux que les nombreux illustrateurs du lai d'Aristote aient admis cette origine, sans plus ample dis-