Statu quo ante
C'est la forme que nous livre un conte allemand du moyen âge 2.
prend ce méchant vêtement pour lui seul, tandis que les deux autres cachent leur nudité dans le sable. Moïse promet de les tirer d'embarras, expose le cas à Allah, qui leur accorde trois souhaits à tous trois. La femme, avec l'approbation de son mari, souhaite de redevenir jeune et très belle. Mais, comme la vieille n'a plus que quinze ans, le gouverneur de la province, qui chasse par là et la trouve belle à souhait, la fait mettre dans un palanquin et emporter vers sa résidence. — « Souhaite qu'elle soit transformée en pourceau! » dit le vieillard à son fils. Ainsi fait. — Eu voyant cette métamorphose, les porteurs croient porter le diable, laissent tomber le palanquin et le pourceau revient, très humilié, à la jungle, où le troisième souhait est employé par le mari à lui rendre sa forme primitive de vieille femme. — Quelques jours après, à l'heure de la prière. Moïse retrouve ses trois protégés dans la même posture qu'auparavant, l'un priant enveloppé du même haillon, les deux autres enfouis jusqu'à la ceinture. Il va se plaindre à Allah qui lui dit : « J'ai rempli les désirs de ces trois personnes. » Moïse se fait raconter la suite des aventures, et, l'ayant apprise, il met la main devant sa bouche, devient pensif, et dit : « Allah est grand! Allah est tout puissant! Qui peut dire son éloge? » — On ne voit pas, dans ce très joli conte, à quoi sert l'intervention du fils. Il ne gêne pas, il est vrai, puisqu'il ne s'agit plus, dans cette version, d'une opposition entre le mari et la femme; malgré sa coquetterie sénile, le vœu que forme la vieille est, après tout, fort raisonnable, comme les deux autres. — L'esprit du conte est tout changé et peutêtre faudrait-il considérer le récit de Châhdjihânpour comme une sixième forme irréductible du conte.
1. Je ne connais cette forme que par l'analyse incomplète qu'en donne Grimm, loc. cit. Il la rapporte en abrégé, d'après Lehmann, im erneuerten poet. Blumengarten, Francfort, 1640, p. 371, ouvrage que je n'ai pu me procurer. Voici le texte peu clair donné par Grimm : « Il arrive souvent que « l'homme a beaucoup de bonheur, sans que ce bonheur soit béni, ainsi « qu'il advint de cette femme, à qui S. Pierre avait accordé trois souhaits « pour son plus grand bien. Car elle souhaita d'abord une chevelure blonde, a puis une brosse. » Grimm ajoute : « mais son mari fit, à propos de sa « brosse, un vœu mauvais qu'il fut obligé d'annuler par son troisième sou- « hait. » — J'ai complété ce récit par conjecture, et par analogie avec les formes d, f.
2. Gesammtabenteuer, drl wunsche, II, XXXVII. Un couple très pauvre
III. Dans un troisième et dernier groupe^ les souhaits sont perdus par la sensualité de la femme.
Il ne nous convient pas d'anah^ser cette forme ; disons seulement qu'elle appartient bien au type que nous considérons, c'està-dire que :
g) 1 . La femme forme un vœu grossier ;
2. Le mari en forme un second qui rend la situation plus pénible encore;