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Gesammtahenteuer, III, LXIl

7. Keller, Erzàhlungen aus altdeutschen Hss., p. 347. Ain lied von ainer uischerin.

8. Sercambi, éd. Renier, Appendice 2, De vitio lussurie inpreiatis.

• — 9^) un des récits des Facétieuses Nuits de Straparole ^ ; — 10°) une farce française du théâtre de la foire-; — 11°) une farce italienne 3; — 12°) un conte français en vers, du xviii® siècle 4; — 13° et 14°) deux contes recueillis à Vais, par M. E. Rolland 5.

Gomment classer ces quatorze variantes?

Je prends l'un quelconque des récits de ma collection, pour en extraire, antérieurement à toute comparaison, la forme organique (oj). C'est le lied de la Femme du pêcheur que le hasard a amené sous ma main. En voici donc l'analyse.

Près de Vienne en Autriche, vivent un pêcheur et sa femme. Un soir que le mari est à la pêche aux carpes, sa femme, persuadée qu'il ne rentrera pas de la nuit, donne asile à trois clercs errants, avec qui elle fait bombance. A minuit, le pêcheur revient à l'improviste. Vite, la femme cache ses joyeux hôtes dans un bassin à mettre les poissons. Cette réserve est à sec, et n'a point reçu d'eau depuis six mois. Mais le mari a fait cette nuit-là une pêche miraculeuse et rapporte quatre vases remplis de carpes. Il veut en mettre une partie dans sa piscine, ouvre le canal qui l'alimente et voilà nos trois étudiants noyés.

La femme retire alors subrepticement du bassin l'un des clercs, le montre à un valet niais et lui offre dix gulden, s'il veut bien le charger sur ses épaules et l'aller jeter dans le Danube. Pendant que le bonhomme s'acquitte

1. Straparola, V, 3. Traduction de J. Louveau et de Pierre de Larivey, pp. Jannet, I, 339. V. l'étude de M. Giuseppe Rua, Intorno aile Piacevoli Notti dello Straparola, Turin, 1890, p. 69.

2. Il m'en a passé trois éditions parles mains : Les Facétieuses rencontres de Verhoquet, pour rejouir les mélancoliques... à Troyes, sans date, in-12; — Les rencontres , fantaisies et coqs à Vasne facétieux du baron Gratelard, tenant sa classe ordinaire au bout du Pont Neuf..., à Troyes, chez Pierre Garnier, 1736; — OEuvres complètes de Tabarin, pp. Gust. Aventin, 2 vol., Paris, Jannet, 1868, t. II, p. 193.

3. Vna covata di gobbi, ovvero i tre gobbi délia Gorgona con Stenterello, facchino itZ/x-mco, Florence, 1872. Je ne connais cette farce que par l'indication qu'en donne M. Rua, loc. cit. Mais ce titre, seul, permet, comme on le verra pkis loin, de classer cette farce en son lieu.

4. Contes nouveaux et plaisants, par une Société, Amsterdam, 1770, p. 44.

5. Romania, XIII, p. 428. — Je n'ai pas pu me procurer la version de Doni, éd. Gamba, Venise, 1815, n^ 1 (tiré à 80 exemplaires). — J'ai lu aussi dans les Kpu;iTaôia (t. I, 64 ; cf. t. IV, 248) un conte russe, le Pope qui hennit comme un étalon, qui reproduit notre fabliau ; mais je n'ai pas noté les traits de cette version, au moment où ce recueil rare m'était accessible. — Les autres rapprochements, indiqués par Von der Hagen {loc. cit.) et par M. Landau {Quellen des Dek., p. 50) ne doivent pas être considérés ici, car ils proviennent de confusions avec le conte de Constant du Hamel.

de sa commission, elle retire de la piscine un second noyé, le couche au même endroit que le premier. Voici le valet revenu pour chercher son salaire : « — Mais, lui dit-elle, tu ne l'as pas emporté d'ici ! vois-le donc encore étendu à la même place ! — C'est donc qu'il est revenu ! )> Etonné, mais résigné, il reprend le chemin du Danube, le second clerc sur son dos, et, le prenant par les cheveux, l'enfonce consciencieusement dans l'eau. Il retourne à la maison, où la femme lui montre le cadavre du troisième étudiant. « Quoi ! il est encore revenu! » La môme scène se reproduit et pour la troisième fois il jette dans le fleuve le mort récalcitrant. — En revenant, il rencontre sur le chemin un prêtre, bien vivant, qui s'en va confesser un malade. « Cette fois, lui dit-il, tu ne reviendras pas ! » Et, malgré ses raisonnements, il l'envoie dans le Danube rejoindre ses confrères.

Le conte, sous sa forme nécessaire et substantielle, se réduit aux données que voici :

Par suite de circonstances variables, trois cadavres [plus ou moins, mais deux au minimum), se trouvent réunis dans une maison^ il s'agit de s'en débarrasser, La personne cjue leur présence compromet appelle un portefaix quelconque et lui montre Vun des trois cadavres, comme s'il était le seul. Qu'il l'emporte et le fasse disparaître! — Ainsi fait. — Quand il revient pour rendre compte de sa mission, on lui fait voir, à la même place, un second cadavre, semblable au précédent. « C'est donc qu'il est revenu! » Il emporte ce second corps et la même scène se reproduit pour le troisième cadavre. A la fin, le portefaix rencontre un homme qui ressemble à son revenant, mais bien vivant. Il le tue, pour qu'il ne revienne plus.

Cette forme est telle qu'il est hors du pouvoir de l'homme d'en supprimer un iota. Ce n'est donc pas la communauté de ces traits qui groupera les versions, puisqu'ils s'imposent à tous les conteurs, passés et futurs. Mais, comme le conte n'a jamais vécu réduit à sa forme substantielle, il arrive, comme toujours, que plusieurs versions reproduisent les mêmes traits accessoires ; s'il apparaît que tel de ces traits n'a pu être inventé qu'une seule fois, les versions qui le reproduiront seront associées en une même famille.

Chaque conteur devra en effet se préoccuper de répondre à une série de questions, dont voici les principales : Comment les cadavres peuvent-ils être pris les uns pour les autres et ressembler en même temps à l'homme bien vivant qui est, à la fin du conte, victime de cette fatale ressemblance? — Quel est l'homme qui se charge de la lugubre tâche de faire maison nette? — Où

et comment se débarrasse-t-il des cadavres? etc. La rencontre de deux conteurs sur l'un de ces épisodes pourrait entraîner le groupement de leur deux récits. En fait, ces questions se subordonnent toutes à celle-ci : comment les trois cadavres se trouvent-ils réunis dans la même maison? de quelle mort ont péri ces trois hommes ?

Ce sont les solutions diverses données à cette question qui groupent ou opposent les versions K

Le nombre des combinaisons possibles est indéfini ; les combinaisons réellement imaginées se réduisent à deux : ce qui sépare nos quatorze versions en deux familles.

Pour six de nos conteurs, ce sont trois amants qui, courtisant la même femme, ont été surpris ensemble chez elle et tués par le mari.

Pour les huit autres, ce sont trois bossus qui se réunissent dans la maison d'une femme; sans être ses amants, ils ont de bonnes raisons d'éviter le mari ; à son retour, ils se cachent et meurent dans leur cachette.

Considérons successivement et rapidement ces deux groupes.

A. Les amants tués par le mari.

Les narrateurs expliquent différemment ce meurtre : a) Celui qui se met le moins en frais d'imagination est l'un des conteurs de Vais ^ : « Un meunier avait une femme trop

1. En effet, l'on verra par la suite que la première de ces difficultés (comment les cadavres se ressemblent-ils ?) dépend de la manière dont on explique la rencontre des trois hommes dans la même maison. — La seconde question (quel est l'homme qui se charge de les emporter?) ne fournit pas de classement utile : ce sera nécessairement un homme un peu simple, soit un portefaix de profession, soit un serviteur très dévoué à ses maîtres, soit un homme prêt à tout [un Ethiopien [Sandabar), — un champion, frère de la dame [Historia Septem Sapientum), — un portefaix [Trois Bossus, Sercambi, Vais 2), un niais, neveu de la femme [Estornii], — un soldat [Vais, /), — nn porte-morts [Straparole), — un clerc errant ivre [Trois moines de Colmar), — le niais Gratelard [farce française), — un manant [Contes nouveaux) , — un valet niais [Keller], — un faquin ivre [farce italienne)]. — Quant à la troisième difficulté (comment l'homme se débarrasse-t-il des cadavres ?), il n'y a pas lieu d'en tenir compte. Douze conteurs les jettent à l'eau ; ce qui est en effet le procédé le plus naturel et dont s'accommode le mieux la rapidité du conte. Les deux autres moyens imaginables, — la mise en terre, la crémation, — plus bizarres, pourraient servir à classer des versions : mais ils ne sont employés qu'une fois chacun [Ilistoria Septem Sapientum, Estormi).

2. J'appelle cette version : Vais \. Il ne s'agit ici, comme dans Slraparola

aimable pour les moines. Il en tua un jour deux. » La femme ne joue ici aucun rôle actif.

a^) Tous les autres conteurs supposent, au contraire, que les amants ont été attirés et tués par deux époux complices.

a'^) Tantôt il s'agit d'un odieux guet-apens. Les deux époux, pauvres, complotent de s'enrichir à peu de frais. La femme, qui a une voix merveilleuse, se tient « sur les loges et galeries de la maison du chemin public » et, (( pour se monstrer et faire regarder, » chante. Trois chevaliers se prennent à ses appeaux; elle leur donne, pour le même soir, moyennant promesse de nombreux florins, trois rendez-vous successifs. Ils arrivent l'un après l'autre; le mari, caché derrière la porte, les occit. — Plus tard, à la suite d'une querelle avec son vieux mari, elle le dénonce à l'empereur, qui les fait traîner tous deux à la queue des chevaux et pendre.

C'est la version de VHistoria septem Sapientum i, et, sans doute, du roman arménien des Sept Sages ^.

bP) Tantôt, au contraire, ce sont les amants qui sont odieux et non leurs meurtriers. C'est, en effet, une femme pauvre et sage que trois moines ont persécutée de leurs vaines obsessions. De guerre lasse, elle s'en plaint à son mari qui en tire vengeance et

et les Contes nouveaux, que de deux cadavres. — Le mari confie les corps des aimables moines à un soldai, qu'on appelle le diable. Il passe deux fois, avec son précieux fardeau, devant un couvent. Le veilleur l'interroge : « C'est le Diable, répond-il les deux fois, qui emporte le moine du couvent. » Le veilleur donne l'alarme dans le cloître, où l'on s'aperçoit qu'il manque, en effet, deux moines. Les autres s'enfuient, épouvantés. Le Diable rencontre l'un d'eux, monté sur un âne : « Je ne m'étonne pas, lui dit-il, que tu arrives toujours avant moi, puisque tu as quatre pattes et moi deux; » et il le jette à l'eau avec son âne.

1. Tandis que le champion, gardien de la cité et frère de la dame, est en train de brûler dans un bois le corps du dernier chevalier, il en survient un quatrième, qui venait à la ville pour jouter le jour suivant, et qui s'approche du feu pour se chauffer. Le champion l'y jette, avec son cheval. — Je ne crois pas qu'il faille associer plus intimement cette version et celle de Vais 1, en raison de ce détail minuscule : un cheval et un âne y périssent avec leurs maître§. — C'est un trait réinvente par deux conteurs indépendants.

2. Je ne connais cette version que par l'insuffisante analyse donnée par Lerch, Orient und Occident, loc, cit., et que je traduis in extenso : « Le sixième sage raconte l'histoire de la jeune femme qui, aidée de son vieux mari et par cupidité, fait tomber dans un piège trois braves chevaliers, attirés par ses charmes. Les deux époux sont pendus. »

Bédier. — Les Fabliaux. 16

profit à la fois, leur fait assigner par sa femme trois rendez-vous successifs et les assomme, dès qu'ils ont payé. — On le reconnaît, c'est le début du fabliau de Constant du Hamel.

Cette version est représentée par le fabliau d'Estormi^ par le conte allemand des Trois moines de Colmar et par la nouvelle de Sercambi i.

B. Les bossus.

Les versions de ce second groupe se diversifient de deux manières :

c) Les bossus sont frères du mari. Un bossu a épousé une femme riche, jeune et belle, qu'il surveille jalousement et durement. Il a trois frères, bossus comme lui, qui sont gueux, et qu'il défend à. sa femme de recevoir jamais. Un jour, par pitié, en l'absence de son mari, elle les reçoit et les héberge. Au retour du jaloux, elle les cache. Quand elle veut les délivrer, ils sont morts, soit de peur, soit par asphyxie, soit parce qu'ils étaient ivres. Elle s'en débarrasse comme dans les autres versions. Après avoir expédié le troisième magot, le portefaix rencontre le mari, bossu comme ses frères : c'est lui qu'il tue.

Cette famille est représentée par cinq versions : le second conte de Vais, Straparole, les Contes nouveaux et plaisants, les farces française et italienne '-\

1. Je note, par scrupule d'exactitude, plutôt que par utilité, les quelques divergences de ces trois contes allemand, français, italien. Dans tous les trois, la victime innocente tuée à la fin du conte est un moine (ou un prêtre) qui passe par hasard. — Dans le conte allemand, la scène de séduction a lieu au confessionnal, successivement dans trois couvents de Frères prêcheurs, de Carmes déchaussés et d'Augustins. — Chez Sercambi, ce sont trois moines de l'Eglise Saint-Nicolas à Pise, qui importunent l'innocente Madonna Nece, l'un sous le porche, le second au bénitier, le troisième près de l'autel. — Dans Estormi, le lieu de la scène reste indéterminé. — Dans le fabliau, le mari assomme les trois amants dès leur arrivée. — Dans les Gesammtabenteuer, les amants, effrayés successivement par le bruit que mène le mari caché, le précipitent dans une cuve d'eau bouillante. — Dans Sercambi, les trois amants, sans qu'on s'explique poarquoi, sont arrivés à la même heure, et, après avoir dîné ensemble, se sont mis au bain; au retour du mari, ils se réfugient dans un réduit, où l'homme, qui est tanneur, renferme ses peaux. Il les tue en versant sur eux un chaudron plein d'eau bouillante et de chaux.

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