Poésies nouvelles, Sylvia
Et le vieux minnesanger ajoute ces vers très simples, que Mus^ set eût aimé connaître :
Da legte man sie beide
Mit jâmer und mit leide
In einem grap, die holden^...
C'est ainsi que le poète allemand a su donner un intérêt général et humain au vieux conte chevaleresque. Il n'en a gardé que cette donnée : un amant rebuté s'impose, pour frapper l'esprit de sa dame, de combattre sans armes défensives. Et il a soudé à ce récit, par contamination — à moins qu'il n'en soit le premier inventeur — la nouvelle de Girolamo et de Salvestra. Ce n'est plus un conte purement féodal ; l'épisode du tournoi peut tomber '2 ; nous sommes en présence d'une légende d'une émotion vraiment humaine — supérieur aux nouvelles de Boccace et de Musset, en ceci que Salvestra ou Sylvia ne sont que des malmariées qui, dans le mariage, regrettent leur ancien amant, Girolamo ou Jérôme. Chez le vieux conteur allemand, au contraire, c'est vraiment le dévouement du chevalier qui provoque l'amour de l'insensible. Depuis quand aimait-elle le chevalier sans l'avouer? Qui le sait? depuis très longtemps, peut-être. Cet amour qu'elle ne révèle qu'en mourant garde, chez le vieux poète allemand, quelque chose de mystérieusement tendre.
Mais voici le moyen âge fini ; nous sommes sous François P^ ; les joutes et les tournois, plus brillants que jamais, ne sont plus que de vains simulacres sans âme. Le conte du Chevalier au chainse, déjà si malaisément compris au xiv*^ siècle, devient tout à fait inintelligible. C'en est fait à jamais de cette conception que l'amante peut tout exiger de l'amant, parce que l'amour est la source des vertus chevaleresques. Lorsque les hommes du xvi^ siècle rencontrent, dans les vieux romans qui survivent, ces folles aventures où les dames lancent les chevaliers, ils n'y voient plus qu'une coupable coquetterie, qui mérite punition. Aussi le conte