Le Pauvre Mercier, MR, II
Ce sont risées pour esbatre
Les rois, les princes et les contes ^.
Le poète narre son « fabelet pour déliter ~ »... « afin qu'on s'en rie ^ »... « par joie et par envoisëure ^. »
Mais ces poètes se flattent-ils, de plus, que nous en retirerons quelque profit? Oui, certes, ils croient à la vertu saine d'un éclat de rire :
Fablel sont bon a escouter;
Maint duel, maint mal font mesconter,
Et maint anui et maint mesfet ^.
Les fabliaux recèlent une propriété calmante et consolatrice : oisifs et gens occupés, et vous-mêmes, « cœurs pleins d'ire, » écoutez un bon fabliau : vous en rapporterez « confortement et allégeance » ; vous oublierez
duel et pesance Et mauvaistié et pensement ^.
Le poète qui rima le Pauvre Mercier nous dit en vers gracieux :
Se je di chose qui soit belle, Elle doit bien estre escoutée, Et par biaus diz est obliée Maintes fois ire et cuisançons.... ; Car, quant aucuns dit les risées, Les forts tançons sont obliées..
Riez donc, pour le plus grand bien de votre rate. — Mais, les
trouvères n'ont-ils point encore d'autres ambitions? quelques
prétentions morales ? Assurément , car cela ne saurait rien
gâter :
L'en devroit moût bien escouter Contëor, quant il vuet trouver.
Pour coi ? — Pour ce qu'on i aprent Aucun bien, qui garde s'en prent '^...
1. Les trois Chanoinesses, MR, III, 72, fin; comparez M R, VL i't2 : De trois prestres, voire de quatre — Nous dit Haiseaus, por nous esbatre...