‹ Les fabliauxChapitre 154 sur 257 · La Plenté, MR, III · texte numérisé non relu

La Plenté, MR, III

2. MR, V, 103. — Un chapelain dit au prône : « Donnez à Dieu, il vous le rendra au double. » Un vilain se propose de profiter d'un marché si avantatageux, et comme sa vache Blérain fournit peu de lait, il la donne au prêtre pour l'amour de Dieu. Le bon doyen l'accepte fort bien, et la fait lier avec sa propre vache, Brunain, pour qu'elles s'accoutument l'une à l'autre. Mais Blérain, qui regrette son étable, entraîne après elle, à travers prés et chenevières, la vache du prêtre, et retourne chez le vilain, qui en conclut qu'en effet Dieu se montre « bon doubleur » (I, 10).

Il se révèle d'abord par la bonne humeur. Comme dans les contes précédemment analysés, mais plus affinée, c'CvSt la belle humeur qui fait seule les frais de maintes de ces menues et plaisantes drôleries. — Un prêtre chevauche son bidet, lisant ses heures, matines et vigiles. Par delà le fossé profond, une haie de mûres grosses, noires, succulentes, tente le bonhomme. Il y pousse son roussin, monte debout sur sa selle pour atteindre jusqu'aux fruits et s'en donne à cœur joie. « Dieu ! songe-t-il, si quelqu'un disait : hue ! » Il le pense et le dit en même temps ; le coursier prend le galop, laissant le provoire dans les ronces du fossé ^ — Cet autre chante l'office du vendredi-saint : mais il a beau feuilleter son livre, il a perdu ses signets. Il s'embrouille, ne peut retrouver l'évangile de la Passion. Que faire? les vilains ont faim; le prêtre veut-il à plaisir prolonger leur jeûne? Ils s'impatientent. Bravement, à tout hasard, il bredouille les vêpres du dimanche : Dixit Dominus domino meo..., se démenant de son mieux, pour que l'offrande soit fructueuse. De loin en loin, des bribes de l'évangile cherché lui reviennent à la mémoire ; alors, il les lance à tue-tête : Barrahas ! clame-t-il, aussi fort qu'un crieur qui crie un ban... et les vilains, émus, battent leur coulpe. Puis, Crucifige euml et ses paroissiens sont inondés de componction. Cependant son clerc trouve l'évangile trop long et lui sert cet étrange répons :

« Fac finis ! — Non fac, amis, Usqiie ad mirahilia...

ais

Si tost com ot reçu l'argent, Si fist la Passion fmer 2.

C'est, comme on voit, une raillerie bien innocente et inofîensive. Qu'on range encore dans ce même groupe le très amusant conte des Perdrix ^ ou celui du Convoiteux et de F Envieux ^. Un convoiteux et un envieux chevauchent en compagnie de saint Martin. « — Que l'un de vous, leur dit le saint, me demande un

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