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Le dit du Plicon, MR, VI

8. Les Braies au prestre, MR, III, 88; VI, 155. — Comparez III, 79. Pourquoi celte femme rentre-t-elle si lard, à minuit? Le mari, inquiet, la tient déjà par ses tresses, sous le couteau. — « Sire, je suis grosse ; on m'a conseillé d'aller faire trois tours autour du moûlier, en disant des patenôtres, trois jours de suite, et d'y faire un trou avec mon talon. Si, au troisième jour, je le trouvais encore ouvert, j'aurais un fils ; s'il était clos, une fille. » Le mari, attendri, demande pardon : « Dame, que savais-je de votre pieux dessein ? »

sociale de ces gravelures. Il n'y faut point voir une marque — une tare — de l'esprit français, ni de l'esprit du moyen âge. Les contes gras ont dû fleurir dès l'époque patriarcale, aux temps de Setli et de Japhet. Les plus anciens vestiges de littérature qui nous soient parvenus des hommes quasi préhistoriques, les monuments exhumés des nécropoles memphitiques, sont précisément des contes licencieux ; les plus anciens papyrus d'Egypte nous révèlent les infortunes conjugales d'Anoupou. Hérodote nous parle d'un Pharaon que les dieux ont rendu aveugle et qui ne pourra guérir que si, par une rare bonne fortune, il rencontre une femme fidèle à son mari, et M. Maspéro dit, à propos de ce conte léger : « L'histoire débitée au coin d'un carrefour par un conteur des rues, ou lue à loisir après boire, devait avoir le succès qu'obtient toujours une histoire graveleuse auprès des hommes. Mais chaque Egyptien, tout en riant, pensait, à part soi, que, s'il lui fût arrivé même aventure qu'au Pharaon, sa ménagère aurait su le guérir, — et il ne pensait pas mal. Les contes grivois de Memphis ne disent rien de plus que les contes grivois des autres nations : ils procèdent de ce fond de rancune que l'homme a toujours eu contre sa femme. Les bourgeoises égrillardes des fabliaux du moyen âge et les Egyptiennes hardies des récits memphitiques n'ont rien à s'envier, mais ce que les conteurs nous disent d'elles ne prouve rien contre les mœurs féminines de leur temps ^ . »

Voilà qui est spirituellement et sagement dit. Non, les fabliaux ne sont point des documents qui puissent nous renseigner sur la moralité des femmes au moyen âge, et leurs données grivoises ne sont point spécialement caractéristiques du xiii*^ siècle.

Mais voici qui l'est davantage : à cette grivoiserie superficielle s'entremêle une sorte de colère contre les femmes, — haineuse, méprisante, qui dépasse singulièrement les données de nos contes. Il ne s'agit plus « de ce fond de rancune que l'homme a toujours contre la femme », — mais d'un dogme bien défini, profondément enraciné, que voici : les femmes sont des êtres inférieurs et malfaisants.

Voyons, en effet, comment nos conteurs se représentent les femmes, jeunes filles ou épouses.

1. Maspéro, Les Contes e^jjo^/ens, collection Maisonneuve, introduction. Bédier. — Les Fabliaux. 21

Dans cette famille singulièrement réduite où ils nous introduisent 1, à laquelle suffisent ces trois membres : le mari, la femme, l'amant, — les jeunes filles apparaissent peu. On les rencontre dans les fabliaux plus souvent que dans les chansons d'amour, rarement pourtant. Si les conteurs les ont exclues, ce n'est point par retenue, ni par respect, non certes. Mais, de même que les trouvères lyriques chantent leur passion pour leur dame plus volontiers que les amours virginales, de même les narrateurs de fabliaux n'aiment pas plus que Louis XIV « les os des Saints Innocents ». Les rares jeunes filles de nos poèmes sont des niaises ou des drôlesses. Des niaises, comme cette fille de châtelain — la seule véritable Agnès de cette galerie — que son père fait garder dans une tour par une duègne, et à qui son innocence porte malheur, car « maie garde paît le loup - » ; ou comme ces autres sottes, dont l'esprit s'éveille grâce aux leçons maternelles, autour desquelles rôdent des valets et des pautoniers ^, des prudes, qui ont des pudeurs pires que l'impudeur, des précieuses qui craignent le mot, et non la chose ^. — Les autres sont des drôlesses vicieuses : telles ces jeunes filles, hâtées de se marier, terriblement subtiles, à qui leur père propose de bizarres jeux-partis ^; telle l'étrange nouvelle-mariée de la Sorisete des Estopes ^. Celle-ci trahit sa bienfaitrice pour une cotele "^ ; cette autre cède aux prières d'un clerc pour l'anneau de fer du landier que, dans l'obscurité, elle a pris pour un anneau d'or ^.

1. Les mères y sont des matrones peu respectables [l' Ecureuil, V, 121, etc.). Les enfants y sont admis à d'étranges spectacles. Voyez V enfancon qui défend à son père de bouter la pierre (IV, 102; VI, 152); ou cette fillette, « qui moût bien parloit » et qui dit à son père :

« ...Ma mère a grant deuil quant restez ceanz.

Baillet respondi : Pour quoi, mon enfant ?

— Pour ce que le Prestre vous va trop doutant. »

(II, 32.) Ce sont des enfants terribles dont il faut se méfier, « car du petit ueil se fait bon garder. »

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