‹ Les fabliauxChapitre 163 sur 257 · MR · texte numérisé non relu

MR

8. MR, I, 22; V, 119. Cf. encore la Damoisele qui sonjoit (V, 134) et la Damoiselle qui voloit wler (IV, 108).

Que deviennent ces jeunes filles, une fois mariées,

Quand les fruits ont tenu la promesse des fleurs ?

On s'en doute. C'est un axiome : les femmes sont des créatures inférieures.

Femme est de trop faible nature ; De noient rit, de noient pleure ; Femme aime et het en trop poi d'eure ; Tost est ses talenz remués ^.

Aussi peut-on les battre du matin au soir, et les laisser jeûner.

La Sainte-Ecriture elle-même nous l'enseigne : Dieu n'a-t-il pas tiré la femme d'une côte d'Adam ? Or, un os ne sent pas les coups et n'a pas besoin de manger -. — En vertu de ces préceptes, le vilain mire, sans colère, placidement, bat sa femme. (( Il faut bien, pense-t-il, qu'elle ait une occupation, pendant que je travaillerai aux champs ; désœuvrée, elle penserait à mal. Si je la battais? Elle pleurerait tout le long du jour, ce qui l'occuperait ; et le soir, à mon retour, elle n'en serait que plus tendre. » C'est donc pourquoi il la traîne par les cheveux et la frappe à coups redoublés, « de sa paume qu'ot large et lée ^. » Seul, un régime de terreur peut les mater : il faut que sire Hain conquière contre sa femme, à coups de poing, de haute lutte, ses braies ^. — Un comte chevauche avec sa jeune épousée, le jour de ses noces, pour gagner son manoir. Un lièvre passe devant ses chiens : « Rapportez! » leur crie-t-il. Ils le manquent et il leur tranche la tête. — Son cheval choppe : u Si tu butes une seconde fois, je t'ouvrirai la gorge ! » Le cheval ayant une seconde fois buté, il le tue en effet. Ils arrivent au château : la jeune femme, que ces épreuves n'ont pas encore terrifiée, veut l'éprouver à son tour et commande au cuisinier des mets qui, elle le sait, déplairont au comte ; le malheureux serviteur obéit. Son maître lui coupe une oreille et une main, lui crève les yeux et le chasse de. sa terre. Puis il s'élance vers sa femme,

Page 1