‹ Les fabliauxChapitre 178 sur 257 · LA VERSIFICATION, LA COMPOSITION ET LE STYLE · texte numérisé non relu

LA VERSIFICATION, LA COMPOSITION ET LE STYLE

Absence de toute prétention littéraire chez nos conteurs : leur effacement devant le sujet à traiter. — De là les divers défauts de la mise en œuvre des fabliaux : négligence de la versification ; platitude et grossièreté du style. — De là aussi ses diverses qualités : brièveté, vérité, naturel. — Comment l'esprit des fabliaux a trouvé dans nos poèmes son expression adéquate.

Si tel est l'esprit des fabliaux, les jongleurs ont-ils su lui trouver son expression accomplie? Les fabliaux ont-ils souffert, comme tant de genres littéraires du moyen âge, comme les chansons de geste, comme les mystères, de cette trop fréquente impuissance verbale des écrivains, qui met une si triste disproportion entre l'image conçue par le poète et sa notation, entre l'idée et le mot? Comme œuvres d'art, que valent les fabliaux?

Un fabelet vous vuel conter

D'une fable que jou oï,

Dont au dire moût m'esjoï ;

Or le vous ai torné en rime

Tout sans barat et tout sans lime^

Ces vers modestes, par lesquels débute un de nos fabliaux, pourraient servir d'épigraphe à presque tous. — Ce qui frappe d'abord, c'est en effet l'absence de toute prétention littéraire chez nos conteurs. Il est manifeste qu'ils n'apportent pas ici la même vanité que dans la chanson d'amour ou dans les romans d'aventure ; tous ils conviendraient, comme Henri d'Andeli, que ces amusettes veulent être rimées sur des tablettes de cire et valent à peine qu'on gâche pour elles de beaux feuillets de parchemin. Ils content pour le plaisir, soucieux simplement d'animer un instant les personnages fugitifs de leurs petites comédies.

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