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I. Littérature apparentée aux fabliaux

II. Littérature en contraste avec les fabliaux. III. Deux tendances contradictoires se disputent la poésie du xiii*^ siècle : Comment concilier ces contraires?

Mais n'aurions-nous pas fait œuvre factice? N'aurions-nous pas pris les fabliaux trop au sérieux?

On dira : les uns sont ingénieux, spirituels, agréablement machinés? N'était-il pas suffisant de marquer d'un mot ces qualités primesautières et médiocres, ce don de décrire avec gaieté le train courant des choses? Amusons-nous un instant de ces fugitives amusettes, — et passons.

Pour d'autres fabliaux, — les contes grivois, — qu'importent ces monotones escapades d'amants surpris, les aventures sans cesse renouvelées du prêtre et de la prêtresse? Ici encore, passons vite.

Enfin, pour les contes vraiment honteux, n'y a-t-il pas injustice à en rendre responsable une époque? Ne les retrouve-t-on pas — les mêmes — dans les bas-fonds de toutes les littératures? Pourquoi les arracher, comme des papillons nocturnes, des coins réservés et obscurs des bibliothèques? — Certes, nul n'a de meilleures raisons que nous de n'en point exagérer la portée. N'avons-nous pas dû, pour les besoins de ce travail, dépouiller des centaines de recueils analogues? Nous la connaissons, pour l'avoir retrouvée, identique à travers les civilisations, la même chez l'Anglais puritain, la même chez le Français léger et chez le pudique Allemand, la même chez les très érudits conteurs germaniques Bebel et Frischlin, la même sous le musc et la poudre des alcôves du xviii^ siècle, — nous la connaissons, l'incroyable monotonie de l'obscénité humaine.

Ces critiques porteraient juste, si nous nous confinions ici dans l'examen des fabliaux. Mais c'est artificiellement que Ton groupe ces œuvres de trente poètes divers. C'est arbitrairement que, les a3'ant groupées, on les isole de la littérature ambiante. Cessons de tenir nos yeux obstinément fixés sur les six volumes de MM. A. de Montaiglon et G. Raynaud. Réintégrons les fabliaux au milieu des œuvres contemporaines, comme on replace dans son contexte une phrase d'un écrivain. Soudain apparaît cette vérité : la moitié des œuvres littéraires du xiii^ siècle sont animées du même souffle que les fabliaux. Ils ne sont point des accidents singuliers, négligeables; mais il existe toute une littérature apparentée, où ils tiennent leur place déterminée, comme un anneau dans une chaîne, comme un nombre dans une série. Ces œuvres, satires, pièces dramatiques, romans, supposent ces mêmes tendances que nous avons appelées « l'esprit des fabliaux ». Cet esprit, c'est l'une des faces les plus significatives de l'esprit même du moyen âge.

La moitié des œuvres du xin^ siècle supposent le même état d'esprit général que les fabliaux, les mêmes sources d'amusement et de délectation.

Par exemple, le mépris brutal des femmes est-il le propre de nos conteurs joyeux? Est-ce pour les besoins de leurs contes gras, pour se conformer à leurs lestes données, qu'ils ont été forcés de peindre, sans y entendre malice, leurs vicieuses héroïnes ? Non ; mais, bien plutôt, s'ils ont extrait ces contes gras, et non d'autres, de la vaste mine des histoires populaires, c'est qu'ils y voyaient d'excellentes illustrations à leurs injurieuses théories, qui préexistaient. Le mépris des femmes est la cause, non l'elï'et. Cet article de foi : les femmes sont des créatures inférieures, dégradées, vicieuses, — voilà la semence, le ferment des fabliaux.

Ce dogme inspire et anime en effet, auprès des fabliaux, des centaines de petites pièces : le Blasicnge des femmes i, le Dit

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