‹ Les fabliauxChapitre 189 sur 257 · Renart, éd. Martin, br. XXIV, t. II, p · texte numérisé non relu

Renart, éd. Martin, br. XXIV, t. II, p

Enfin et surtout, — si l'on compare l'ensemble de nos contes à l'épopée animale de Renart, — n'y a-t-il pas identité intellectuelle entre les cinquante poètes qui ont rimé les fa]:)liaux et les cinquante poètes qui ont rimé les contes d'animaux ? Ici et là, éclate le même besoin de rire, aisément contenté; ici et là, on fait appel au même 23ublic gouailleur, étranger à de plus hautes inspirations :

Or me convient tel chose dire Dont je vos puisse faire rire :

Qar je sai bien, ce est la pure.

Que de sarmon n'avez vos cure.

Ne de cors saint oïr la vie '.

Existe-t-il une qualité des contes de Renart qui ne soit aussi un trait des fabliaux, si nous considérons soit ces dons de gaieté, de verve, de prodigieux amusement enfantin, soit l'absence de toute émotion générevise, soit la raillerie alerte, jamais lassée ni irritée, soit l'absence de toute prétention artistique, en ces narrations vives, hâtées, nues?

N'apparaît-il pas clairement que des tendances similaires animent toutes ces œuvres ? On peut concevoir un lecteur unique à qui elles s'adresseraient toutes ^ aux besoins artistiques duquel elles satisferaient, et dont il serait aisé de décrire l'âme. Son esprit parcourrait une sorte de cercle complet, qui le ramènerait des fabliaux au Roman de Renart, en passant par tous les poèmes que nous avons énumérés. Ce lecteur idéal des fabliaux, on pourrait presque dresser le catalogue de sa bibliothèque : dans un coin réservé, pour satisfaire ses goûts les plus bas, il dissimulerait les fabliaux ignominieux, le roman de Trubert, l'épopée scatologique à' Audigier dont le succès a duré plus d'un siècle -. Sur un autre rayon, — un peu plus en évidence, — les fabliaux lestes, les mille poèmes contre les femmes, la Vie de saint Oison, les miracles de saint Tortii et de saint Hareng^ le martyre de saint Bacchiis^ ce spirituel récit des tourments de Bacchus, fils de la vigne, sorte de mythe dionysiaque bourgeois. A la place d'honneur, les meilleures pièces de notre collection de fabliaux.

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