MR, V
Voici pourtant une série de textes explicites, où les jongleurs s'adressent à des femmes, qui sont là, devant eux, tandis qu'ils récitent des fabliaux non point légers, grivois, — mais ignominieux.
L'un termine, en ces termes, le récit d'un songe odieusement déshonnête :
Ainsi tourna le songe à bien.
Autressi face a moi le mien, El a ces dames qui ci sont K
L'autre s'adresse à son auditoire, au début du fabliau de la Maie dame, dont je ne puis citer le titre in extenso :
...Seigneur, Oez une essample petite.
Et les dames, tout ensement, I rcpreguent chastiè'ment...
Est-il possible d'imaginer un conte j^lus réj^ugnant que le Pêcheur de Pont-sur-Seine'! En voici les derniers A^ers :
Se dames dient que je ment, Soufrir le vueil, atant m'en tais.
De m'aventure n'i a mais 2.
Trois meschines — et ce fabliau est une triste vilenie — se prennent de querelle au sujet d'une poudre de beauté qu'elles ont achetée en commun et que l'une d'elles a renversée. Le trouvère demande aux seigneurs et aux dames qui l'écoutent de se faire les arbitres de leur différend :
Seignor et dames qui savez.
De droit jugiez, sans délaier.
Qui ceste poudre doit paiier -K
Ainsi ferait Martial d'Auvergne, en un jugement de cour d'amour, pour résoudre quelque subtile difficulté de procédure sentimentale !
Notez qu'il n'y a pas un seul de ces contes que, de nos jours, un homme d'éducation moyenne et de médiocre élévation morale oserait raconter sans répugnance, je ne dis pas devant des