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femmes, mais devant des hommes plus âgés ou plus jeunes que lui.
Nous ne saurions croire , pourtant, que ces auditrices de fabliaux fussent nécessairement des bourgeoises ou des vilaines. Nous savons que les sociétés les plus aristocratiques du temps admettaient d'étranges propos. Entre tant de témoignages qu'on pourrait alléguer, en voici un que j'emprunte à notre collection de fabliaux. Dans le Sentier battu i, Jean de Condé nous introduit dans un cercle de grands seigneurs et de grandes dames, réunis pour un tournoi près de Péronne. Ils s'amusent à des ()( « jeux innocents », au Jeu du Roi et de la Reine et ce divertissement novis est représenté, sans la moindre arrière-pensée ironique, comme l'un des passe-temps les plus délicats des cercles aristocratiques. Jean de Condé devait se connaître en matière d'élégance, puisqu'il fut le ménestrel attitré des comtes de Flandre, qu'il passa toute sa longue vie dans leurs châteaux, et ne rima jamais que pour le plaisir de leur cour. Or, il se trouve qu'il s'engage, entre une de ces nobles dames et un chevalier f( assez courtois et biau j^arlier », un duel d'équivoques si rebutantes que cet aristocratique fabliau est Fun des plus véritablement grossiers que nous possédions, et qu'il nous fait comprendre cet acte du concile de Worcester, en 1240 : « non sustineant fieri ludos de rege et regina, »
Nous ne pouvons plus maintenant nous étonner outre mesure, si nous trouvons ce beau nom de courtoisie appliqué à des poèmes que volontiers nous ajDpellerions des vilenies :
Or oies un fablel courtois 2.
Ainsi débute le fabliau du Porcelet, qui mérite son titre à
merveille !
D'une aventure moul courtoise Vous voil conter *^...
Cette aventure « moût courtoise » est celle de la « bourgeoise qui fist batre son mari, » et il n'est pas probable que le poète parle ironiquement.