MR, IV
Ainsi ces publics, bourgeois et chevaleresque, si opposés tout à l'heure, se rajDprochent étrangement.
D'ailleurs, s'il est vrai de dire que les fabliaux sont l'œuvre de l'esprit bourgeois, les textes ne nous montrent pas qu'ils fussent considérés comme un genre méprisable, bon pour le seul popelliis^ pour la seule cjent menue. Ils n'étaient point, comme des serfs, proscrits des nobles cours ; mais, indistinctement, ils prenaient rang auprès des poèmes les plus aristocratiques. Nulle hiérarchie, aucune règle de préséance. Le roi Dolapathos tient une grande cour :
Chevalier, dames et danzeles, Esciiier, valet et piiceles Toute lor volonté fesoient :
Ça X, ça XX se desduisoient. Li uns chante, li autres conte, El chansons et fahliaus reconte ^.
Le poète d'une des branches de Renart rappelle à ses auditeurs qu'ils ont entendu, indilféremment, les nobles romans de Troie, de Tristan, des chansons de geste et des fabliaux :
Seigneur, oï avez maint conte Que maint conterre vous raconte, Comment Paris ravit Elaine, Le mal qu'il en ot et la paine; De Tristan, que la Chievre fist, Et fahliaus et chansons de geste '-.
La promiscuité de ces genres nous est matériellement attestée par les manuscrits. Prenons-en un au hasard, non parmi ceux que les jongleurs portaient dans leur escarcelle, et où il ne faut point s'étonner de trouver représentés les genres les plus divers ; car le répertoire d'un jongleur devait satisfaire, selon les hasards de la vie errante, aux goûts des auditoires les plus contrastés. Non :