‹ Les fabliauxChapitre 20 sur 257 · Revue des patois gailo-romans, 1888. t. II, p · texte numérisé non relu

Revue des patois gailo-romans, 1888. t. II, p

3. Contes populaires de la Gascogne, p. p. J. F. Bladé, t. III, p. 284.

4. Contes populaires recueillis en Agenais, par J. F. Bladé, 1874, p. 42.

5. P. llebel, Schatzko stlein des rheinlàndischen Hausfreundes. Das letzte IVort. Cf. Simrock, Deutsche Miirchen, Stuttgart, 1861, u^ 61. A ce propos, Liebrecht, dans le compte-rendu qu'il fait du livre de Simrock [Orient und Occident, III, 376), rapproche indûment ce conte de la 7<= uouv. de la IX« journée du Décaméron : il n'y a aucun rapport entre ces deux contes, sinon qu'il s'agit, dans l'un comme dans l'autre, d'une femme obstinée.

6. Fables turques, traduites par J. A. Decourdemanche, Paris, 1882, p. 13. C'est, suivant l'éditeur, un recueil savant du commencement du xvi*' siècle, pillé en partie des Facéties de Pogge. Poggo nous transmet, en effet, lui aussi, le conte du Pouilleux (éd. Ristelhuber, XXXIII.)

Sa surprise s'accroîtrait encore d'apprendre qu'il y a cinq siècles, on la contait déjà : on la rencontre, en effet, vers 1260, dans les œuvres du dominicain Etienne de Bourbon^, et elle dut, à l'époque, entrer comme exemple dans plus d'un sermon de moine mendiant. Etienne de Bourbon l'empruntait luimême à maître Jacques de Vitrv, qui fut archevêque d'Acre, et nous en donne, d'après lui, deux versions : celle du Pouilleux, d'abord, telle que la raconte le paysan de Mistral, puis celle du Pré tondu : un mari, se promenant avec sa femme le long- d'un pré, lui dit : « Vois comme ce pré a été bien fauché ! — Il n'a pas été fauché, réplique-t-elle, mais tondu! » Comme elle ne veut point céder, et que, malgré les coujds, elle maintient son dire, son mari lui coupe la langue; elle, ne pouvant plus parler, imite encore avec ses doigts le mouvement de ciseaux qui s'ouvrent et se ferment : Ideo dicitiir^ Eccl. XXV, d., commorari leoni vel draconi magis placet qiiarn eu m niuliere venenosa. » Sous cette double forme, Jacques de Vitry avait peut-être rapporté cette historiette d'Orient, d'un de ses voyages en Terre Sainte. Pourtant, au moins sous la forme du Pré tondu, elle vivait bien avant lui en France, en An^^leterre : vers 1180, Marie de France la contait en vers ; elle prenait aussi place dans TAj « ^4.^ l'un des recueils de fables connus sous le nom de Romulus : le '"'•*. *^.- ^ conte y reste le même, sauf ce naïf détail à ajouter à l'histoire des résistances de la femme : comme son mari lui tient la langue avant de la couj^er et la serre fortement, « plena verba formare non poterat, sed orhipe pro forcipe dixit-. » Or, la version de Marie de France et celle du Romulus remontent toutes deux à un texte anglo-saxon vraisemblablement antérieur à la première croisade. — C'est aussi la forme du pré tondu que connaît l'auteur anonyme d'un fabliau du xiii^ siècle 3. — Voici encore notre facétie au moyen âge, sous l'une ou l'autre de ses formes, en vers allemands^, en prose allemande^.

1. Etienne de Bourbon, p. p. Lecoy de la Marche, Paris, 1877. n^s '2\2, 243. Cf. Wright, A sélection of latin stories, t. II, p. h\S, p. 12 (le pouilleux) et p. 13 (\e pré tondu).

Page 1