Histoire littéraire, XXIII
d'Eules Rigaud, archevêque de Rouen ', en tout cas familièrement lié avec le chancelier de l'Eglise de Paris, Philippe de Grève -, il ne devait guère frayer avec le bas-clergé. C'est pour des prélats ou des chanoines très lettres qu'il a fait combattre Dialectique contre Grammaire ^\ Qui donc, mieux que des prélats, aurait pris plaisir à sa Bataille des vinsl Ce gai compagnon, à qui le vin de Saint- Jean-d'Angély avait crevé les yeux ^, était capable d'émotion et de haute poésie ^; capable aussi, dans ses contes, d'élégance et de bon ton. Il fut une manière de Gresset et, comme lui,
Fut dans TEglise un bel esprit mondain.
Combien de ces contes se sont perdus ! C'étaient des amusettes de société, qu'on n'estimait pas valoir le prix du parchemin ; une tablette de cire suffisait ^. Il est heureux pourtant qu'un bout de parchemin nous ait conservé, dessinée par Henri d'Andeli, comme une exquise figurine de miniature, la jeune Indienne du lai cVAristote, qui, dans un verger fleuri, par un matin d'été, se promène en son bliaiit violet, sa belle tresse blonde abandonnée sur le dos, et chante, en cueillant les fleurettes :
« Ci me tienent amoretes Ou je tieng ma main "... »
Quant au monde seigneurial, n'est-il pas curieux que le témoin de cette mode d'y raconter des fabliaux soit Philippe de Rémi, sire de Beaumanoir ^. L'admirable auteur du Coatumier de Beauvoisis, le plus grand jurisconsulte du moyen âge, fut (sans doute en sa jeunesse) un aimable poète. Son dit