Méon, lY
3. Voyez les pages intéressantes de Oscar Hubatsch, die Va gante nlieder, p. 12, ss. — Mes sources sont les trois principales collections des poésies de vagants : 1) Ed. du Méril, Poésies lat. inédites, Paris, 1847; 2) Wright, the latin poetries commonly attrihuted to Walter Mapes, Camden Society, Londres, 1841 (cf. Wright, Histoire de la caricature^ p. 143, ss.), et surtout, 3) les Carmina burana, p. p. Schrneller, dans la Bibliothek des litterarischen Vereins in Stuttgart, t. XVI, 18 i7. — Les deux principaux travaux que je connaisse (sans parler de ceux qui sont plus spécialement consaci'cs à Gautier de Lille) sont celui de Giesebrecht, Allgcni. Monatsclirift fiir U'iss. u. Lit., 1853, et celui d'O. Hubatsch, Die lateinischen Vagantenlieder des Mittelalters , G()rlitz, 1870. Cf. Kaufmann, Geschichte der deutsclien Uni\'ersitdten, t. I, 1888, p. 148. — Des chants choisis des vagants ont été publiés en de nombreuses petites éditions à l'usage du grand public allemand. Kaufmann, loc, cit., en cite quelques-unes.
sorte de franc-maçonnerie obscure et puissante ^ C'était une manière d'Internationale. Mais, comme le prouve excellemment Hubatsch -, c'est à Paris, la ville universitaire entre toutes, qu'ils avaient leur quartier g-énéral. C'est de France qu'ils se sont répandus vers l'Angleterre, l'Allemagne, le long de la vallée du Danube. Ils étaient surtout accueillis aux tables somptueuses' du haut clergé, où ils chantaient leurs remarquables poésies latines. Mais nos bourgeois, nos paysans connaissaient aussi fort bien ces hôtes errants, spirituels et misérables. Les blasons populaires disaient : « famine de povre clerc 3. » On les recevait avec indulgence et défiance, comme des enfants terribles. Un poète loue grandement les boulangers, dans un petit poème rimé en l'honneur de leur corporation ^, de donner volontiers « du pain aux pauvres clercs ». La charmante Nicolette aime mieux aller en enfer qu'au ciel, parce que c'est là qu'on rencontre les chevaliers « et les beaux clercs ». On leur demandait souvent, comme paiement de leur écot, des chansons ou des contes ; un clerc quitte l'Université de Paris, chassé par la faim :
Puis qu'il ne s'en sëust ou prendre, Miauz valt la laissier son aprendre.
Comme il n'a « goutte d'argent » pour rentrer dans son pays, il demande l'hospitalité chez un vilain, qui lui dit : « En attendant que le souper cuise.
Dan clerc, se Deus me benëie, — Mainte chose avez ja oïe, — Car nos dites une escriture Ou de chanson ou d'aventure -K
Un passage des Chroniques de Saint-Denis nous apprend qu'ils étaient souvent conteurs de fabliaux, par profession :
1. Voyez, par ex., Wright, op. laud., p. 69, Epistola cujusdam goliardi anglici.
2. Op. cit., p. 16, ss. Cette provenance, en majeure partie française, des Carmina burana. est généralement admise aujourd'hui. Y. Burckhard, La Cwilisation en Italie, appendice I à la 3^ partie de l'édition revue par Geiger.
3. Proverbes et dictons populaires, p. p. Crapelet, Paris, 1831, p. 41.