MR, V, 132, Le povre clerc
(( Il avient aucunes fois que jug-leor, enchanteor, r/oliardois et autres manières de menesterieux s'assemblent aux corz des princes et des barons et des riches homes, et sert chascuns de" son mestier... pour avoir dons ou robes ou autres joiaus, et chantent et content noviaus motez et noviaus diz et risies de diverses 2'uises ^. »
On voit par ce texte que volontiers on confondait les goliards et les ménestrels, et je crois qu'en effet on jDCut leur attribuer un grand nombre de fabliaux. Bien plus, on pourrait discerner leur influence sur la plupart des g-enres littéraires du moyen âge. Je crois que les ménestrels et jongleurs se recrutaient très souvent parmi eux, et qu'ils ont marqué de leur empreinte notre vieille littérature. Ce n'est point là l'opinion commune. On oppose d'ordinaire, beaucoup jdIus qu'il ne me paraît convenir, la poésie latine développée par ces clercs à la poésie des jongleurs en langue vulgaire. M. Hubatsch j voit deux mondes distincts, opposés '-. Il dit textuellement : « Par le métier, jongleurs et goliards, c'est tout un ; ce que les uns étaient pour les laïques, les autres l'étaient pour le clergé. Mais le goliard, en retard du jongleur, a la conscience d'être une créature à part, essentiellement différente... A peu d'exceptions près, jongleurs et ménestrels errent dans la vie, dépouillés de tout droit. Au contraire, le clerc goliard jouit de véritables privilèges ecclésiastiques, et surtout il est conscient d'être un lettré, muni de culture savante, par opposition au jongleur ignorant. » C'est bien là, en effet, l'opinion généralement reçue, que M. Hubatsch résume ainsi : « Par son caractère savant, la poésie des clercs forme un contraste saisissant avec la poésie des laïques. »
Je crois aisé de démontrer, tout au rebours, que les goliards se confondent, à peu près, avec les jongleurs : que, d'une part, ils ont mené la môme vie et rencontré dans la société le même traitement; que, d'autre part, la poésie latine développée par eux explique bien des traits de notre vieille poésie française. — Bornons-nous ici, sur ces deux points, aux rapides indications qui conviennent à notre sujet.
D'abord, les A^agants ont mené la même vie que les jongleurs